Pologne: manifestantions contre l'interdiction quasi totale de l'avortement

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Manifestation contre l'interdiction quasi totale de l'avortement, le 23 octobre 2020 à Varsovie, en Pologne
Manifestation contre l'interdiction quasi totale de l'avortement, le 23 octobre 2020 à Varsovie, en Pologne
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© AFP, Wojtek RADWANSKI

, publié le vendredi 23 octobre 2020 à 20h15

Des milliers de Polonaises et Polonais sont sortis vendredi soir dans les rues de différentes villes à travers le pays pour, bravant la pandémie, protester contre une quasi totale interdiction de l'avortement, déjà parmi les plus restrictives de l'UE.

La veille, le Tribunal constitutionnel a proscrit l'IVG en cas de malformation grave du fœtus, une décision a priori définitive, pourtant contestée par l'opposition libérale et des organisations de défense des droits des femmes dans ce pays considéré comme profondément ancré dans la tradition catholique.

"C'est la guerre", "Sadiques, on vient vous chercher", proclamaient les appels à manifester, zébrés d'un éclair rouge symbolique, et les pancartes brandies par les manifestants. 

"La décision d'hier c'est l'interdiction totale de l'avortement en Pologne car 98% des IVG légales en Pologne concernent les malformations du fœtus", a indiqué à l'AFP Krystyna Kacpura, directrice de la Fédération pour les femmes et le planning familial. 

"C'est l'infamie de l'Etat polonais envers la moitié de sa population, les femmes. Nous ne l'oublierons jamais", a-t-elle insisté.

Désormais, le sort des femmes de modeste condition devient particulièrement "préoccupant", s'inquiète Mme Kacpura. 

"Il ne leur restera que des diverses méthodes dangereuses comme un avortement réalisé par des personnes non qualifiées avec des méthodes que je ne veux même pas évoquer. On nous a tout simplement instauré l'époque de Ceausescu!", le dernier dictateur communiste de Roumanie, a-t-elle déclaré.  


La décision du Tribunal constitutionnel a provoqué jeudi une réaction immédiate de la Commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, Dunja Mijatovic qui, dans un communiqué, a dénoncé une "violation des Droits de l'Homme".

Le chef du Parti populaire européen (PPL) et ex-président du Conseil européen Donald Tusk a, lui, parlé de "crapulerie politique".

Conforme aux souhaits du parti ultra-catholique nationaliste au pouvoir, le jugement restreint le droit à l'avortement uniquement aux cas de danger de mort pour la femme enceinte et de grossesse résultant d'un viol ou d'un inceste.

La présidence polonaise et l'épiscopat de Pologne ont exprimé leur "satisfaction" après le jugement prononcé par ce Tribunal réformé par le gouvernement du PiS, et accusé depuis de compter dans ses rangs nombre de juges loyaux à ce parti.

Selon les données officielles, la Pologne, pays de 38 millions d'habitants, a enregistré en 2019 seulement environ 1.100 cas d'IVG, dont l'écrasante majorité était autorisée à cause d'une malformation irréversible du foetus.

Selon des ONG, le nombre d'IVG pratiquées clandestinement en Pologne ou dans des cliniques étrangères pourrait atteindre près de 200.000 par an.

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