Virus: violences lors d'une manifestation devant le Parlement à Belgrade

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Incidents près du parlement à Belgrade, le 10 juillet 2020
Incidents près du parlement à Belgrade, le 10 juillet 2020
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© AFP, ANDREJ ISAKOVIC
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, publié le samedi 11 juillet 2020 à 00h29

Des violences ont émaillé vendredi à Belgrade la quatrième soirée de manifestations contre la gestion de la pandémie par les autorités serbes, des manifestants jetant pierres, pétards et fumigènes vers les forces de l'ordre devant le parlement.

La majorité des quelques milliers de manifestants étaient pacifiques, mais des groupes, composés de jeunes le visage souvent masqué, ont jeté des pétards, parfois entonné des slogans nationalistes ou des chants proclamant la tutelle serbe sur le Kosovo, avant de franchir les barrières de sécurité et de monter les marches menant au parlement, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Les forces anti-émeutes se sont alors interposées et ont été immédiatement la cible de jets de pierres et autres projectiles, de pétards assourdissants et de fumigènes. La police à cheval, stationnée à l'arrière du parlement, n'est pas intervenue.  

La plupart des manifestants sont restés en retrait de ces incidents et certains ont contribué à y mettre un terme en s'interposant et en réinstallant les barrières de sécurité. 

Accusées de violences lors des deux premiers jours de manifestations, les forces de l'ordre n'ont pas répliqué aux jets de projectiles, avant de dégager les alentours du Parlement vers 21H30 GMT (23H30), usant notamment de gaz lacrymogènes.

Les manifestations à Belgrade ont commencé mardi soir, après l'annonce par le président Aleksandar Vucic de sa volonté d'imposer ce week-end un confinement total de la population, au moment où les chiffres de contagion repartent à la hausse dans ce pays des Balkans qui déplore officiellement 370 morts. 

Une partie de la population accuse le pouvoir de minimiser à dessein ce bilan, d'abandonner la population, et lui reproche une gestion incohérente. 

Les autorités serbes ont imposé en mars un des confinements les plus stricts en Europe, avant que le président Aleksandar Vucic ne proclame sa "victoire sur le virus" et ne déconfine largement le pays.   

Apparemment spontanées, les manifestations se tiennent sans qu'apparaissent de leaders et en marge des partis d'opposition traditionnels. Et les protestataires sont surtout unis par leur rejet d'Aleksandar Vucic, avec un spectre politique très large, de la gauche à l'extrême droite.

Seule la manifestation de jeudi soir s'est déroulée sans violence, les manifestants ayant décidé à Belgrade, mais aussi dans d'autres villes du pays, de répondre par des sit-in à toute montée de tension, jets de fumigène ou pétards. 

- "Irresponsabilité" des manifestants -

"Je reste pour des manifestations pacifiques parce que la violence naît de la violence", mais "je pense que les circonstances ont changé et que les gens sont désormais plus résolus à faire en sorte que ce pouvoir s'en aille", dit Tijana Milojevic, 30 ans, venue manifester vendredi.

A Novi Sad (nord), deuxième ville du pays, des manifestants ont coupé l'autoroute, un acte qu'Aleksandar Vucic a qualifié de "terrorisme pur" sur la chaîne Pink TV. 

Le gouvernement a renoncé au confinement mais interdit les rassemblements de plus de 10 personnes - ce qui revient théoriquement à interdire les manifestations -, réduit les horaires des bars, magasins et autres commerces.

Au cours des dernières 24 heures, le pays des Balkans a recensé 18 décès et 386 nouvelles contaminations, a déclaré la Première ministre Ana Brnabic à la presse, déplorant une "augmentation dramatique".

Aleksandar Vucic en a imputé la responsabilité aux manifestants: "Nous sommes arrivés (à cette situation) à cause de l'irresponsabilité de ceux qui appellent à descendre dans les rues", a-t-il dénoncé. "Je prie les gens de ne pas sortir manifester car ils finiront par demander l'aide des médecins", a-t-il dit.

Dans ces manifestations, "rien n'est en accord avec la loi", a insisté le chef de l'Etat. 

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