Venezuela: Carmona, qui a ébranlé le chavisme, condamne la "tyrannie" de Maduro

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Le Vénézuélien Pedro Carmona, qui a brièvement occupé la présidence lors du coup d'Etat manqué contre Hugo Chavez en 2002, estime que son pays subit une "tyrannie" et juge légitime l'opposant Juan Guaido, dans un entretien avec l'AFP à Bogota le 8 février 2019
Le Vénézuélien Pedro Carmona, qui a brièvement occupé la présidence lors du coup d'Etat manqué contre Hugo Chavez en 2002, estime que son pays subit une "tyrannie" et juge légitime l'opposant Juan Guaido, dans un ...
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© AFP, Diana Sanchez

AFP, publié le dimanche 10 février 2019 à 17h47

Le Vénézuélien Pedro Carmona, qui a brièvement occupé la présidence lors du coup d'Etat manqué contre Hugo Chavez en 2002, estime que son pays subit une "tyrannie", juge légitime l'opposant Juan Guaido, mais recommande des élections et rejette toute intervention militaire.

"Je considère le régime chaviste-maduriste comme une tyrannie absolutiste", a déclaré Pedro Carmona lors d'une interview exclusive à l'AFP à Bogota, où il vit depuis 17 ans, la Colombie lui ayant accordé l'asile politique, puis la nationalité l'an dernier.

Saluant la "légitimité totale" de l'équipe de Juan Guaido, reconnu comme président intérimaire par plus d'une quarantaine de pays, l'ex-patron des patrons vénézuéliens estime cependant que l'opposant au président Nicolas Maduro "n'a qu'un rôle temporaire" et doit "appeler à des élections".

Refusant une intervention militaire, Pedro Carmona, 77 ans, pense que le Venezuela est devenu une "menace" pour la communauté internationale et que "tout changerait" si les forces armées demandaient à M. Maduro de respecter la Constitution.

Directeur de l'Institut des hydrocarbures, des mines et de l'énergie à l'université privée Sergio Arboleda de Bogota, il estime que l'économie de l'ancienne puissance pétrolière pourrait se récupérer assez vite si le régime change. 

Voici les principaux points de cet entretien:

- Certains qualifient le régime de Nicolas Maduro de "dictature", qu'en pensez-vous?

Ce n'est pas une dictature, c'est une tyrannie (...) On parle de tyrannie ou d'absolutisme quand tous les secteurs de la société sont contrôlés (...) qu'un peuple est dominé, qu'on veut lui imposer une idéologie (...) Rien ne bouge dans le pays sans l'intervention de l'Etat (...) Je considère le régime chaviste-maduriste comme une tyrannie absolutiste.

- Quel rôle Juan Guaido a-t-il à jouer?

Je vois la légitimité totale de ce gouvernement (...) avec un objectif: convoquer des élections (...) amener le pays vers le rétablissement de la démocratie, de la liberté (...) C'est la responsabilité qu'a Juan Guaido. Ce n'est pas simple, mais il semble que ce soit une voie sans retour (...) Guaido n'a qu'un rôle temporaire (...) Il faut chercher la transition vers un processus électoral.

Une fois qu'il y aura eu des élections au Venezuela, il faudra une grande concertation ou une alliance nationale pour garantir la gouvernance (...) Un parti seul ne pourrait gouverner le pays (...) Il pourrait même y avoir des personnalités de la gauche démocratique, pas de la gauche totalitaire.

- Etes-vous favorable à une intervention militaire?

Non aux interventions militaires (...) il faut essayer de faire entrer de l'aide humanitaire pour un peuple dans le besoin, affamé, qui meurt à cause du manque de médicaments et la faillite du système de santé; ça c'est différent. Mais je ne serais pas d'accord avec une intervention unilatérale des Etats-Unis.

Le pays doit passer par une étape de réconciliation, sans que cela implique l'impunité pour tous (...) Promouvoir une loi d'amnistie pour ceux qui n'ont pas commis de crimes contre l'Humanité, c'est leur donner des garanties qu'il n'y aura pas de persécutions, ni de chasse aux sorcières. 

Ce qui me préoccupe le plus, c'est la cicatrisation des blessures au sein de la population, à cause de la fracture et de la lutte des classes qui ont été semées (...) il faut démonter les haines.

- Pourquoi le Venezuela importe au reste du monde?

Le Venezuela, devenu un Etat en faillite, un Etat proscrit, un narco-Etat (...) s'est transformé en une menace pour la communauté internationale.

Il ne fait aucun doute qu'au sein de l'administration (du président américain Donald) Trump, il y a une position très ferme de contribuer à la récupération de la démocratie (...) Penser que les Etats-Unis ne voient dans le Venezuela que le pétrole, nous pourrions dire de même de la Russie et de la Chine.  

A l'heure de vérité, la Russie et la Chine seront pragmatiques. La Chine ne peut se compromettre avec un régime dont les jours sont probablement comptés (...) La Russie, si les choses changent politiquement au Venezuela, devra avoir une bonne relation avec le gouvernement. 

- Nicolas Maduro pourrait-il bientôt quitter le pouvoir?

J'en ai l'espoir, et un espoir fondé car je vois la souffrance.

Le Venezuela est une scène géopolitique compliquée aujourd'hui car y confluent Cuba (...) la Chine, la Russie, la Turquie, l'Iran, le monde islamique, le crime organisé et la guérilla colombienne (l'Armée de libération nationale, ELN). Dans un sens, cela lui donne un soutien, mais ce n'est pas un soutien permanent.

Les militaires vénézuéliens n'ont pas besoin de faire un putsch pour que Maduro parte. Il suffirait qu'ils disent "Respectez la Constitution" ou "Nous ne réprimerons pas les manifestations" et tout changerait.

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