Venezuela: Maduro accuse Guaido d'ourdir un complot pour l'assassiner

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Le président vénézuélien Nicolas Maduro prend la parole devant ses partisans au cours d'un rassemblement à Caracas, le 23 mars 2019
Le président vénézuélien Nicolas Maduro prend la parole devant ses partisans au cours d'un rassemblement à Caracas, le 23 mars 2019
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© AFP, Juan BARRETO
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AFP, publié le dimanche 24 mars 2019 à 04h18

Le président du Venezuela Nicolas Maduro a accusé samedi l'opposant Juan Guaido de préparer un complot pour l'assassiner, et a menacé de l'envoyer en prison.

"Nous venons de déjouer un plan de la marionette diabolique, qu'il dirigeait personnellement, pour me tuer", a affirmé M. Maduro devant plusieurs milliers de ses partisans rassemblés à Caracas.

"Nous n'aurons pas peur d'envoyer ces délinquants en prison", a-t-il ajouté, en qualifiant de "groupe terroriste" le parti Voluntad Popular de M. Guaido.

Juan Guaido s'est autoproclamé président par intérim du pays le 23 janvier et a été reconnu comme tel par une cinquantaine de pays, dont les Etats-Unis. Deux mois plus tard, le Venezuela reste confronté à la plus grave crise de son histoire avec une économie au ralenti, une monnaie naufragée et des pénuries de tout.

Les deux "présidents" rivaux avaient convoqué samedi des rassemblements de leurs partisans, à Caracas "contre le terrorisme" pour M. Maduro, à Barcelona (nord-est) pour Juan Guaido, qui a entamé une tournée du pays destinée, compte-t-il, à le mener "jusqu'à Miraflores" le palais présidentiel.

M. Maduro et son gouvernement ont accusé Juan Guaido et son bras droit, le député Roberto Marrero arrêté jeudi par les services de renseignements, de fomenter des opérations terroristes avec l'argent de l'Etat bloqué par les sanctions américaines.

Selon Caracas, les Etats-Unis ont bloqué environ 30 milliards de dollars lui revenant.

- "Enormes sommes" -

Le ministre de l'Information Jorge Rodriguez a affirmé à la télévision détenir des preuves selon lesquelles des "tueurs" recrutés au Salvador, au Guatemala et au Honduras "grâce à d'énormes sommes d'argent" ont été envoyés en Colombie voisine pour conduire des "assassinats sélectifs" et des "sabotages" des services publics vénézuéliens. 

"Les conversations entre Guaido et Marrero prouvent qu'un milliard (de dollars) ont été alloués" au paiement de "criminels", a-t-il martelé.

"A ceux qui aident à sortir la richesse du peuple du Venezuela hors du pays au bénéfice de Maduro et de ses amis, sachez aujourd'hui que les Etats-Unis vous regardent", a répliqué sur Twitter le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, John Bolton.

Début mars, M. Guaido bénéficiait de 61% d'avis favorables contre 14% pour M. Maduro, selon une enquête de l'institut Datanalisis.

"Un tel scénario était inimaginable en 2018", reconnaît l'analyste Mariano de Alba. Mais, même "affaibli", M. Maduro "a réussi à maintenir une cohésion étonnante dans l'adversité".

Surtout la forte mobilisation populaire et le soutien affirmé de Washington et de l'Union européenne à M. Guaido, notamment, n'ont pas entamé la loyauté de l'armée envers le pouvoir.

Juan Guaido, un ingénieur de 35 ans qui qualifie M. Maduro d'"usurpateur" et juge sa réélection frauduleuse, reste le président de l'Assemblée nationale, seul organe dominé par l'opposition.

Depuis le 23 janvier, plus que jamais, Nicolas Maduro s'est accroché à l'armée, son principal soutien, agitant la menace d'une intervention militaire "impérialiste" de la part des Etats-Unis - menace entretenue par le président Donald Trump réaffirmant à plusieurs reprises que "toutes les options sont sur la table".

- Etat d'alerte -

Cependant, ni l'UE ni le Groupe de Lima (13 pays latino-américains et le Canada), qui appuient Guaido, ne veulent d'une opération militaire.

Pour sa part, Juan Guaido s'est aussi dit prêt à demander au parlement d'autoriser une intervention militaire. Il lui a fait approuver "l'état d'alerte" qui, théoriquement, ouvre la voie à une intervention extérieure au titre de l'aide humanitaire.

Des dizaines de tonnes de vivres et de médicaments offertes par les Etats-Unis sont stockées aux portes du pays et bloquées par les autorités.

Les forces armées, auxquelles le pouvoir politique a conféré des vastes compétences politiques et économiques, dont le contrôle de l'industrie pétrolière - le Venezuela détient les plus grandes réserves mondiales - a réaffirmé sa "loyauté absolue" au gouvernement et ignoré les appels de Washington et M. Guaido promettant amnistie et levée des sanctions en cas de ralliement.

Nicolas Maduro, ex-chauffeur de bus et syndicaliste de 56 ans, formé à Cuba, a systématiquement mis en avant le soutien de la Russie et de la Chine, les principaux créanciers du pays qui prennent systématiquement son parti dans les instances internationales comme au Conseil de sécurité des Nations unies. 

La rupture entre l'armée et le pouvoir n'a pas eu lieu "parce qu'aucune offre crédible n'a permis à l'élite militaire de croire en la possibilité d'un changement" de régime sans risque, estime le président de Datanalisis, Luis Vicente Leon. 

Pour cet expert, penser que M. Maduro ne partira que par la force encourage l'opposition à refuser toute forme de négociations pour "provoquer une fracture": un scénario impopulaire selon lui, mais "toujours d'actualité" pour sortir de la crise.

- Dégradation majeure -

En attendant le Venezuela s'enfonce un peu plus. Le 28 avril entrera en vigueur l'embargo sur les exportations de pétrole qui assurent 96% du budget de l'Etat. 

"La situation économique va terriblement s'aggraver et la population subir une nouvelle dégradation de son niveau de vie", prévient Mario De Alba, qui annonce simultanément une "répression" accrue.

Pour Vicente Leon, le temps joue contre M. Maduro avec le risque d'une "explosion sociale". 

Mais le temps qui passe est aussi risqué pour M. Guaido, car "plus le pays se détériorera, plus la patience de la population va s'émousser".

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