Vaccins anti-Covid : l'UE renforce le contrôle des exportations pour faire pression sur le Royaume-Uni et AstraZeneca

Vaccins anti-Covid : l'UE renforce le contrôle des exportations pour faire pression sur le Royaume-Uni et AstraZeneca
(Photo d'illustration)

publié le mercredi 24 mars 2021 à 17h02

La Commission européenne durcit son mécanisme de contrôle des exportations de vaccins anti-Covid produits dans l'Union européenne, afin de "garantir" les approvisionnements des Vingt-Sept face à la troisième vague de la pandémie.

Après les menaces, le passage à l'acte. Alors que l'Europe affronte une troisième vague de Covid-19, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen avait menacé samedi de bloquer les exportations du vaccin AstraZeneca si l'Union européenne ne recevait pas d'abord les doses promis.

Le laboratoire suédo-britannique prévoit en effet de livrer au deuxième trimestre 70 millions de doses aux Européens, contre 180 millions prévues dans le contrat signé. Mercredi 24 mars, la Commission européenne a donc décidé de durcir son mécanisme de contrôle des exportations de vaccins anti-Covid fabriqués sur son sol.




Malgré "une très grave situation épidémiologique", l'UE "continue d'exporter des volumes importants vers des pays" produisant leurs propres vaccins ou ayant déjà largement vacciné leur population, a déclaré le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis. L'exécutif européen "a donc adopté deux ajustements au mécanisme actuel" de contrôle des exportations pour "résoudre ces déséquilibres" et pour "garantir" les approvisionnements des Vingt-Sept, a-t-il annoncé lors d'une conférence de presse.

Bruxelles avait déjà mis en place fin janvier un dispositif prévoyant, avant toute exportation de vaccins, le feu vert de l'Etat membre d'où partent les doses et de la Commission. Depuis, 380 autorisations ont été délivrées pour 43 millions de doses vers 33 pays, avec un seul refus, une livraison d'AstraZeneca à destination de l'Australie, depuis l'Italie, selon un nouveau bilan mercredi.

Le Royaume-Uni et AstraZeneca dans le viseur

L'UE "exporte à grande échelle" mais "les routes doivent être empruntées dans les deux sens", a averti Ursula von der Leyen. Alors que certains pays tiers bloquent les exportations de doses vers l'UE "soit par la loi, soit par des arrangements contractuels avec des fabricants", le règlement révisé impose un principe de "réciprocité". Une mesure qui vise particulièrement le Royaume-Uni. 

L'UE a exporté quelque 10 millions de doses, tous vaccins confondus, vers le Royaume-Uni mais n'a reçu en retour aucune dose produite outre-Manche, alors que le contrat signé par AstraZeneca prévoyait la livraison de doses provenant de deux usines britanniques. L'entreprise avait expliqué que son contrat avec Londres l'obligeait à honorer en priorité les commandes britanniques.

D'intenses discussions sont en cours entre Bruxelles et Londres pour trouver un compromis, notamment sur les débouchés d'une usine produisant le vaccin AstraZeneca aux Pays-Bas."Nous continuerons de travailler avec nos partenaires européens pour poursuivre la vaccination", a assuré mercredi le gouvernement britannique. "Dans ce pays, nous ne croyons pas aux blocages de vaccins ou composants de vaccins", avait critiqué la veille le Premier ministre Boris Johnson. 

La "proportionnalité" sera désormais le deuxième critère pris en compte pour autoriser des exportations, en "examinant la situation épidémiologique du pays de destination, son taux de vaccination ou la disponibilité sur place de vaccins anti-Covid", a expliqué M. Dombrovskis. Les Etats sont donc appelés à "refuser en conséquence" les exportations vers des pays où les campagnes de vaccination sont déjà très avancées.

Enfin, alors que des dizaines de destinations (pays à bas revenus, certains Etats voisins de l'UE) étaient jusqu'alors exemptées de contrôle, toutes ces exceptions sont suspendues, y compris pour les envois vers les Balkans ou la Suisse - en dehors d'une poignée de micro-Etats comme Saint-Marin, Andorre et les Îles Féroé. Cela vise à éviter qu'une entreprise "contourne" une interdiction en faisant transiter par un autre pays les doses bloquées par l'UE, précise une source européenne.

Le respect des engagements des laboratoires sera aussi pris "en considération" dans le mécanisme révisé, mais une différence sera faite entre ceux "en bonne voie" d'honorer les contrats et ceux dont les résultats sont "médiocres", a souligné M. Dombrovskis. Une disposition qui vise implicitement AstraZeneca.

Les 27 divisés 

Le durcissement du contrôle des exportations divise les Vingt-Sept : Dublin s'est dit farouchement opposé à tout "blocage", et Belgique comme Pays-Bas s'alarment de possibles mesures de rétorsion entravant l'approvisionnement des chaînes de production de vaccins très internationalisées. Une inquiétude partagée par Berlin: "Il faut faire très attention si vous ne voulez pas créer un problème encore plus important", observait un diplomate allemand.

"L'Union européenne ne sera pas le dindon de la farce de la vaccination", a de son côté mis en garde mercredi après-midi le porte-parole du gouvernement français Gabriel Attal, estimant qu'AstraZeneca n'avait pas tenu ses engagements envers l'UE.
 

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