USA: une loi historique sur la dépénalisation du cannabis avance au Congrès

USA: une loi historique sur la dépénalisation du cannabis avance au Congrès
La chambre basse du Congrès américain a fait un pas historique vers la dépénalisation de la marijuana aux Etats-Unis, mais le texte a peu de chance d'être approuvé au Sénat

, publié le vendredi 04 décembre 2020 à 23h14

La chambre basse du Congrès américain a approuvé vendredi un projet de loi visant à rayer le cannabis de la liste fédérale des drogues dangereuses, un pas historique vers sa dépénalisation aux Etats-Unis.

Le texte a été approuvé (228 pour, 164 contre) par la Chambre des représentants, où il était défendu par les démocrates majoritaires. Mais il a toutefois de fortes chances d'être bloqué au Sénat, actuellement contrôlé par les républicains.

Il décriminaliserait au niveau fédéral la possession de cannabis, actuellement considéré par l'agence de lutte antidrogue (DEA) comme équivalent au LSD, à la cocaïne ou à l'héroïne, même si sa consommation est légale à des degrés divers dans de nombreux Etats américains.

Il annulerait également les condamnations fédérales pour les infractions mineures à la législation sur les stupéfiants, qui entraîne selon les défenseurs du texte des incarcérations de masse touchant surtout les minorités. 

Selon ses auteurs, une personne de couleur a quatre fois plus de risque qu'une personne blanche d'être arrêtée pour possession de cannabis.

Selon l'organisation pro-cannabis NORML, c'est la première fois depuis 50 ans qu'une chambre du Congrès réexamine la classification du cannabis.

"C'est un moment historique", a salué avant le vote l'élue démocrate de Hawaï Tulsi Gabbard. C'est "un pas vers la fin de la coûteuse et destructrice guerre américaine contre la drogue, qui a fait d'Américains ordinaires des criminels, déchiré des familles et ruiné tant de vies".

"Pendant trop longtemps, nous avons traité la marijuana comme un problème judiciaire et non comme une question de choix individuel ou de santé publique", a réagi le démocrate Jerry Nadler, à l'origine du texte.

- Les Etats décident -

Le texte instaurerait aussi une taxe de 5% sur la vente de cannabis et ses dérivés, pour financer la réinsertion des détenus condamnés et l'aide aux officines légales de vente de cannabis, une industrie en pleine expansion qui pèse plusieurs milliards de dollars.

Tom McClintock, un des rares républicains à avoir voté en faveur de la loi, a estimé que la prohibition avait engendré "une économie parallèle violente".

"Les producteurs de radis ne se tuent pas pour avoir un territoire", a expliqué l'élu californien, dont la circonscription compte plusieurs champs illégaux de cannabis protégés par des gangs armés.

La loi permettrait en outre de débloquer les recherches sur les effets médicaux du cannabis, qui serait autorisé pour traiter les anciens combattants souffrants de troubles post-traumatiques.

Selon des sondages récents, plus de deux tiers des Américains sont en faveur d'une légalisation du cannabis. 

Sa consommation pour raison médicale est légale dans 33 des 50 Etats, ainsi qu'à Washington, et dans 11 Etats et la capitale fédérale pour un usage récréationnel.

Mais en pratique, si la loi devait être adoptée, le cannabis ne serait pas pour autant légal dans tous le pays, les différents Etats américains restant maîtres de leur législation antidrogue.

"La plupart des arrestations concernant le cannabis sont pour simple possession, et elles sont faites sous la loi des Etats américains par la police de ces Etats", a souligné l'avocat spécialisé Vince Sliwoski, du cabinet Harris-Bricken. 

Les opposants au texte ont quant à eux insisté sur les dangers d'addiction, notamment chez les jeunes, et fustigé le priorité donnée à ce vote aux dépens des négociations sur un large plan de soutien à l'économie américaine, affectée par la pandémie de coronavirus.

Ce vote intervient deux jours après une autre décision historique à l'ONU. La Commission des stupéfiants de l'organisation a retiré mercredi le cannabis de sa liste des drogues les plus dangereuses, sur laquelle il figurait depuis 59 ans et qui décourageait son utilisation à des fins médicales.  

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