USA: manifestations attendues dans l'Alabama contre l'offensive anti-avortement

USA: manifestations attendues dans l'Alabama contre l'offensive anti-avortement
Environ deux tiers des Américains pensent que l'avortement devrait être légal.

AFP, publié le dimanche 19 mai 2019 à 17h06

L'Alabama, qui vient d'adopter la loi la plus restrictive des Etats-Unis en matière d'avortement, devient dimanche le théâtre de manifestations en défense de l'IVG, au début d'un bras de fer qui s'annonce long devant la justice et au coeur de la présidentielle de 2020.

"Nous devons rester unis et gagner pour la Vie en 2020", a lancé samedi soir sur Twitter Donald Trump, qui brigue un nouveau mandat.

Celui qui avait conquis le vote de la droite religieuse en 2016 en promettant de nommer des juges conservateurs à tous les échelons fédéraux -- un engagement largement tenu depuis -- s'est déclaré dans le même élan "profondément pro-vie". Il n'a évoqué que "trois exceptions": "le viol, l'inceste et la protection de la vie de la mère".

De leur côté, les candidats démocrates à la Maison Blanche ont dénoncé d'une voix quasi unanime l'offensive anti-avortement en cours.

Des marches sont prévues dans l'après-midi à Montgomery, la capitale de cet Etat du Sud américain, et dans les villes de Birmingham, Anniston et Huntsville.

"Les gens devraient avoir le droit de prendre les décisions les meilleures concernant leur corps sans ingérence de l'Etat", ont écrit les organisateurs sur Facebook.

L'Alabama a interdit cette semaine toutes les interruptions volontaires de grossesse sauf si la mère court un danger mortel, sans exception pour les cas d'inceste ou de viol. Cette loi assimile l'avortement à un homicide et prévoit des peines pouvant aller jusqu'à 99 ans de prison pour les médecins.

- "Cintres" et "clandestinité" -

"Cela va nous ramener à la clandestinité, à l'époque où les femmes pratiquaient l'avortement elles-mêmes", a dit Maralyn Mosley au journal Montgomery Advertiser. Cette femme de 81 ans a dû avorter lorsqu'elle en avait 13, après avoir été violée par un oncle. "Cela va nous ramener aux cintres et aux utérus perforés, quand les femmes mouraient vidées de leur sang", a-t-elle prévenu.

Durant la semaine, des manifestantes ont déjà clamé leur opposition à cette loi en portant la robe rouge pourpre et le bonnet blanc emblématiques de l'oppression des femmes dans la série télévisée "La Servante écarlate".

La gouverneure de l'Alabama, Kay Ivey, a reconnu en promulguant mercredi la mesure qu'il s'agissait d'une offensive plus large menée par le camp républicain pour remettre en cause l'avortement au niveau fédéral, alors que les deux tiers des Américains pensent qu'il doit être légal, selon une étude de l'institut Pew Center réalisée l'an dernier.

L'espoir de la droite religieuse et d'une partie des conservateurs est de pousser la Cour suprême à revenir, au moins par petites touches, sur son arrêt historique de 1973, "Roe V. Wade", qui garantit le droit des Américaines à avorter tant que le foetus n'est pas viable (vers la 24e semaine de grossesse) et qui rend donc anticonstitutionnelles les lois de l'Alabama et d'autres Etats.

Ils comptent sur le nouveau rapport de forces au sein de la plus haute juridiction du pays depuis que le président Trump a donné une majorité au camp conservateur en nommant deux juges.

Au moins 28 Etats américains ont introduit des mesures pour limiter l'IVG depuis le début de l'année, selon des militants. Le Kentucky et le Mississippi, parmi d'autres, ont interdit l'avortement dès que les battements du coeur du foetus peuvent être détectés, tandis que le Missouri a interdit cette semaine l'IVG à partir de huit semaines de grossesse.

Un juge a bloqué la mise en oeuvre de la loi du Kentucky et ce sort devrait dans un premier temps être réservé à la quasi-totalité des mesures restrictives.

La puissante organisation de défense des droits civiques ACLU a déjà prévenu qu'elle contesterait en justice la constitutionnalité du texte de l'Alabama, qui entre en vigueur en novembre mais suscite des oppositions au sein même du camp républicain pour son jusqu'au-boutisme.

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