Les missionnaires, auxiliaires parfois encombrants de la diplomatie américaine

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Les rues quasiment désertées de Port-au-Prince le 18 octobre 2021 en raison d'une grève générale pour protester contre l'enlèvement de 17 missionnaires en Haïti
Les rues quasiment désertées de Port-au-Prince le 18 octobre 2021 en raison d'une grève générale pour protester contre l'enlèvement de 17 missionnaires en Haïti
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© AFP, Richard PIERRIN

publié le mardi 19 octobre 2021 à 19h10

Des dizaines de milliers de missionnaires américains comme ceux qui se sont fait enlever samedi en Haïti se consacrent chaque année à des oeuvres humanitaires dans le monde, jouant un rôle d'auxiliaire utile mais parfois encombrant de la diplomatie américaine.

Un gang armé haïtien a kidnappé samedi 17 missionnaires et membres de leurs familles, dont 16 Américains et un Canadien, membre de l'association protestante Christian Aid Ministries, d'origine mennonite. Le groupe venait de visiter un orphelinat près de Port-au-Prince alors que le département d'Etat déconseille fortement aux ressortissants américains de se rendre en Haïti, où se multiplient les enlèvements crapuleux.

Ce rapt a mis en relief les relations parfois tendues entre le département d'Etat, appelé à intervenir chaque fois qu'un Américain est en difficulté, et les organisations religieuses qui jouent un rôle humanitaire crucial en allant là où d'autres n'osent pas se rendre, mais prennent parfois des risques excessifs, se considérant sous la protection de Dieu.

"Les ambassades des Etats-Unis à l'étranger considèrent souvent les missionnaires comme un problème", indique Knox Thames, un ancien responsable du département d'Etat chargé des questions de libertés religieuses. "Il arrive qu'ils heurtent les sensibilités locales, qu'ils violent les lois anti-prosélytisme, ou qu'ils se fassent kidnapper comme en Haïti".

Les exemples de missionnaires américains en difficulté à l'étranger ne manquent pas. En novembre 2018, un jeune catholique de 27 ans, John Chau, avait succombé sur une île de l'archipel indien d'Andaman-et-Nicobar sous les flèches d'une tribu autochtone qui refusait les contacts avec le monde extérieur, mais qu'il souhaitait convertir.

En mai de la même année, un missionnaire mormon américain de 26 ans, Joshua Holt, et son épouse Thamara avaient été libérés par le gouvernement vénézuélien après deux ans de prison, ce que Caracas avait présenté comme un "geste" d'ouverture en direction des Etats-Unis.

En 2010, un jeune Américain d'origine coréenne, Robert Park, avait franchi la frontière entre la Chine et la Corée du Nord le jour de Noël pour tenter d'attirer, selon lui, l'attention sur la situation des droits humains dans le pays. Il avait été libéré deux mois plus tard par le régime de Pyongyang.

- "Élément majeur" des ONG américaines -

Pourtant, le gouvernement américain utilise de plus en plus les groupes religieux pour acheminer l'aide humanitaire américaine dans les pays à risque, une pratique un temps controversée mais qui s'est généralisée depuis l'administration de George W. Bush.

"Si vous voulez aider à créer une clinique au Sud-Soudan ou en Haïti, vous ne passez pas par le gouvernement, vous passez par une ONG", note Melani McAlister, professeure d'histoire américaine à la George Washington University. "Et les groupes religieux américains sont indubitablement un élément majeur du réseau d'ONG américaines".

Pour Todd Johnson, du centre d'études sur le christianisme mondial au Gordon-Conwell Theological Seminary, les missionnaires qui passent plusieurs années dans un pays acquièrent les capacités linguistiques et culturelles qui leur permettent d'être efficaces.

"Le gouvernement américain a tout intérêt à ce qu'ils réussissent", souligne-t-il, notant que la réponse de l'administration devrait être la même en cas d'enlèvement, qu'il s'agisse d'un missionnaire ou d'un homme d'affaires.

Les missionnaires kidnappés à Port-au-Prince ne cherchaient apparemment pas à convertir des non-croyants, dans un pays largement catholique, mais le prosélytisme est une part essentielle de la vie des missionnaires chrétiens, notamment les congrégations protestantes conservatrices comme les Évangélistes, les Baptistes, les Mormons ou encore les Mennonites.

Avec 54.000 missionnaires dans le monde en 2020, ce sont les Mormons qui sont les plus nombreux, suivis par les Baptistes, avec 3.550 missionnaires, selon les derniers chiffres publiés par ces congrégations.

L'association Christian Aid Ministries est "une organisation humanitaire très active mais un tout petit sous-ensemble des chrétiens américains", souligne Mme McAlister.

Le gouvernement américain finance les activités humanitaires des groupes religieux, mais pas leur prosélytisme, ce que la grande majorité des missionnaires accepte volontiers, selon Todd Johnson. "D'un point de vue chrétien, aider les autres fait partie de la foi chrétienne", explique-t-il. "Si les gens veulent davantage que ça, c'est bien, mais s'ils ne veulent que de l'aide, c'est très bien aussi".

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