Une ex-championne de natation, au secours des sportifs bélarusses dissidents

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La Bélarusse Aliaksandra Herasimenia, ex-championne internationale de natation, lors d'un entretien avec l'AFP le 17 octobre 2020 à Vilnius
La Bélarusse Aliaksandra Herasimenia, ex-championne internationale de natation, lors d'un entretien avec l'AFP le 17 octobre 2020 à Vilnius
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© AFP, PETRAS MALUKAS

, publié le mercredi 21 octobre 2020 à 15h08

Il y a quelques semaines à peine, Aliaksandra Herasimenia vivait au Bélarus, dans la gloire de son passé d'ex-championne internationale de natation, avec une carrière brillante d'or et d'argent derrière elle. 

Désormais, depuis son exil volontaire en Lituanie voisine, elle dirige une nouvelle fondation montée pour aider une liste croissante d'athlètes bélarusses victimes du régime autoritaire du pays. 

"Nous leur apportons du soutien financier et recherchons des centres d'entrainement" disponibles, indique Mme Herasimenia lors d'une interview accordée à l'AFP dans un bureau ouvert aux militants bélarusses dans la capitale lituanienne. 

Sur les murs, des images des manifestations de rue qui secouent l'ancienne république soviétique depuis une élection présidentielle contestée en août. 

À moins d'un an des Jeux olympiques de Tokyo, les athlètes critiques du pouvoir d'Alexandre Loukachenko ont été expulsés de la sélection nationale. Certains ont été arrêtés pour avoir rejoint les manifestations. 

Selon Aliaksandra Herasimenia, dix sportifs ont été arrêtés et plus de vingt ne sont plus autorisés à s'entraîner sur le territoire bélarusse. C'est à eux que s'adresse son fonds d'aide, en premier lieu.

- "Tes résultats ou ta voix?" -

L'ex-athlète de 34 ans, qui a décroché notamment des médailles aux Jeux olympiques de Londres et de Rio, est bien consciente que ces collègues bélarusses sont confrontés à un difficile dilemme: se taire ou dénoncer la répression au risque de devoir abandonner le rêve olympique. 

Certains ont soutenu le régime, provoquant des divisions au sein d'une communauté autrefois bien soudée. 

"C'est très difficile car les Jeux Olympiques sont la principale compétition pour un sportif, et il faut faire un choix. Qu'est-ce qui est le plus important? Tes résultats ou ta voix?", explique Mme Herasimenia. 

Selon elle, le Comité international olympique (CIO) devrait suspendre le Bélarus dont le comité national est dirigé par le président Loukachenko en personne, et permettre aux athlètes biélorusses concourir sous le drapeau du CIO. 

La grande nageuse a pris sa retraite l'année dernière après avoir donné naissance à une fille et dirigeait depuis un club de natation pour enfants au Bélarus. 

Mme Herasimenia, dont le mari Yauhen Tsurkin est aussi champion de la nage, est partie en Lituanie ce mois-ci après des arrestations de plusieurs personnalités sportives bélarusses qui ont participé à des manifestations. 

"Nous avons compris qu'on a besoin d'un représentant de niveau international (...) Ici, à Vilnius, je peux faire plus que de rester à la maison", estime-t-elle.

La Lituanie avait ouvert ses sites sportifs aux athlètes bélarusses. Selon Mme Herasimenia, d'autres pays pourraient faire preuve pareille de solidarité.

- Stratégie décisive -

La Lituanie est devenue un pays de refuge pour les partisans de l'opposition bélarusse. 

Selon une porte-parole du ministère de l'Intérieur, ce membre de l'UE et de l'Otan a jusqu'à présent accueilli 119 militants bélarusses, pour des "raisons humanitaires". 

Parmi eux, Svetlana Tikhanovskaïa, la contre-candidate de M. Loukachenko lors de l'élection, qui revendique la victoire à ce scrutin et accuse le dirigeant autoritaire d'avoir truqué les résultats. 

Joignant leurs forces à Vilnius, Aliaksandra Herasimenia et Svetlana Tikhanovskaïa font ensemble campagne pour priver Minsk du droit d'organiser le Championnat du monde de hockey sur glace en 2021, afin de punir M. Loukachenko, un joueur de hockey passionné, s'il continue à s'accrocher au pouvoir. 

La Fédération internationale de hockey sur glace a jusqu'à présent indiqué qu'elle ne cherchait pas de nouvel hôte pour ce tournoi prévu en mai et juin au Bélarus et en Lettonie voisine. 

Selon Mme Herasimenia, l'avenir du Bélarus dépend en grande partie de Loukachenko "et de la stratégie qu'il adoptera". 

"J'ai toujours confiance que la vérité et l'honnêteté l'emporteront", déclare-t-elle.

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