Un tribunal israélien ouvre la voie aux prières juives sur l'esplanade des Mosquées

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Une fidèle musulmane descend les marches face à un groupe de juifs religieux en visite sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est, le 7 octobre 2021
Une fidèle musulmane descend les marches face à un groupe de juifs religieux en visite sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est, le 7 octobre 2021
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© AFP, AHMAD GHARABLI

publié le jeudi 07 octobre 2021 à 21h39

Les juifs peuvent-ils prier sur l'esplanade des Mosquées? Oui mais en "silence", a décrété cette semaine un tribunal israélien, remettant en cause des décennies de statu quo sur ce lieu emblématique de Jérusalem, au coeur du conflit israélo-palestinien.

Cette décision a provoqué un tollé parmi les Palestiniens et les pays musulmans, pour qui il s'agit d'une "violation" du troisième lieu saint de l'islam abritant le Dôme du Rocher et la mosquée al-Aqsa.

Les juifs appellent le site Mont du Temple, considéré comme le lieu le plus sacré du judaïsme ayant accueilli les deux temples construits jadis par les Hébreux.

Le 29 septembre, le rabbin Arié Lippo a été interpellé par la police israélienne car il priait silencieusement sur l'esplanade à Jérusalem-Est et interdit de visite pour deux semaines. Outré, il a interjeté appel après avoir reconnu y prier en silence quotidiennement. 

Mardi, la juge Bilha Yaalom de la Cour des magistrats de Jérusalem a révoqué la décision de la police.

"Le plaignant prie en silence dans un coin, sans public autour. Je ne vois pas en quoi il représente un danger pour l'ordre public comme l'affirme la police", a-t-elle déclaré après avoir vu des vidéos de la police.

La police israélienne contrôle les entrées de ce lieu saint administré par le Waqf, l'organisme chargé des biens musulmans à Jérusalem dépendant de la Jordanie voisine. 

- "Provocations" -

Depuis la prise en 1967 puis l'annexion de Jérusalem-Est par Israël --non reconnue par la communauté internationale--, un accord permet aux juifs d'accéder à certaines heures à l'esplanade, mais pas d'y prier. La prière a lieu normalement au Mur des Lamentations, en contrebas, même si depuis des années des juifs religieux vont prier en cachette sur l'esplanade.

Ces juifs religieux provoquent, à l'occasion, des incidents en entreprenant de prier subrepticement sur l'esplanade après y être montés en simples visiteurs. Cela crée des tensions avec les fidèles palestiniens musulmans qui craignent qu'Israël ne tente de modifier les règles d'accès au site.

"Il n'y a pas de raison que les juifs ne soient pas autorisés à prier même en silence comme s'ils étaient étrangers à ce lieu saint", a déclaré l'avocat du rabbin, Me Moché Polsky. Il a salué une décision de justice "qui autorise de facto ce qui se passe depuis un an sur le Mont du Temple", à savoir des juifs qui s'y rendent pour prier en silence.

Le directeur de la mosquée al-Aqsa, cheikh Omar al-Kiswani, a fustigé la décision de justice israélienne.

"Ces prières sont des provocations et une violation du caractère sacré d'Al-Aqsa", a-t-il dit à l'AFP. "La décision n'a aucune légitimité, car nous ne reconnaissons pas les lois israéliennes sur Al-Aqsa."

Le Premier ministre palestinien Mohammed Shtayyeh a appelé Israël à ne pas imposer un "nouveau fait accompli" sur l'esplanade et exhorté les Etats-Unis, pays allié d'Israël, à "respecter son engagement à maintenir le statu quo" sur les lieux saints de Jérusalem.

- Appel de la police -

L'Organisation de la coopération islamique (OCI), basée en Arabie saoudite et qui représente plus de 1,5 milliard de musulmans dans le monde, a elle dénoncé un "assaut sans précédent sur les droits inaliénables des musulmans".

L'Egypte y a vu une "violation" qui aurait des répercussions sur "la sécurité et la stabilité de la région". Et la Jordanie s'est engagée à s'opposer "fermement" à tout jugement israélien visant les "lieux sacrés" à Jérusalem.

La police israélienne a, elle-même, fait appel de la décision de justice, estimant que M. Lippo avait eu "une conduite impropre dans un lieu public". 

L'esplanade a été au coeur du déclenchement de la guerre de 10 jours en mai entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas au pouvoir à Gaza.

Après des heurts entre Palestiniens et policiers israéliens ayant fait des centaines de blessés sur l'esplanade, le Hamas avait lancé des salves de roquettes vers Israël et l'armée israélienne avait riposté, donnant lieu à un nouveau conflit meurtrier.

Pour le journaliste et militant nationaliste israélien Arnon Segal, la décision de justice "va déclencher une violente réaction côté palestinien et dissuader le système judiciaire et l'Etat d'Israël d'autoriser des prières, même silencieuses".

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