Un sifflet contre le harcèlement sexuel lors d'un festival en Tunisie

Un sifflet contre le harcèlement sexuel lors d'un festival en Tunisie
Des festivaliers dansent lors de la troisième édition des "Dunes électroniques" dans le Sahara tunisien près de Nefta (sud), le 16 novembre 2019

, publié le dimanche 17 novembre 2019 à 16h43

Patrouilles et distribution de sifflets: une association tunisienne de défense des droits des femmes a mené une campagne de prévention inédite sur les risques de harcèlement sexuel lors d'un festival ayant draîné samedi et dimanche quelque 5.000 personnes dans le désert du Sahara.

"C'est la première fois qu'on monte un stand sur un festival. Ce sont des évènements où l'on peut se sentir plus facilement en danger", a expliqué dimanche Nawrez Ellafi, de l'association Aswat Nissa ("Voix des Femmes"), lors de la troisième édition des "Dunes électroniques".

"Il y a des facteurs de risques accentués: l'alcool, la nuit, le bruit, le fait qu'on est au milieu de nulle part", a-t-elle ajouté.

Face à ces risques, certains festivals installent des "zones sûres" pour les femmes se sentant en danger. Le festival de musique électronique, organisé au coeur des dunes qui servirent de décor à Star Wars, près de Nefta (sud), a lui installé un lieu d'écoute et d'information dans une des tentes entourant la piste de danse.

Mais des militantes d'Aswat Nissa ont voulu aller plus loin. Elles ont organisé des patrouilles pour arpenter la fête et distribué des sifflets, "à la fois symboliquement pour continuer à faire du bruit sur ce sujet, et pour protester en cas d'agression", a dit Mme Ellafi.

Selon Nadia, 21 ans, "c'était une super fête, la musique était fantastique, mais je me suis pas mal fait importuner. Heureusement que la sécurité et mes amis sont intervenus".

Une festivalière trentenaire, Ameni Osma, a de son côté apprécié la "sensibilisation" d'Aswat Nissa et souhaité "voir ce type d'action dans les boîtes de nuit, au collège ou au lycée".

La question du harcèlement et des agressions sexuelles est revenue au coeur des débats en Tunisie. Mi-octobre, la diffusion d'images montrant un député qui semblait se masturber devant un lycée a déclenché une vague de témoignages sur les réseaux sociaux, sous le hashtag #EnaZeda, le #MeToo tunisien.

Dans un pays considéré comme pionnier sur les droits des femmes dans le monde arabe et musulman, la loi punit les agressions et, depuis juillet 2017, le harcèlement sexuel dans les lieux publics. Mais le tabou reste assez fort et rares sont les femmes à porter plainte.

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