Ukraine : la victoire des chefs actuels cimente l'emprise russe dans l'Est séparatiste

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Dépouillement des voix dans un bureau de vote à Donetsk, le 11 novembre 2018
Dépouillement des voix dans un bureau de vote à Donetsk, le 11 novembre 2018
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© AFP, ALEKSEY FILIPPOV

AFP, publié le lundi 12 novembre 2018 à 16h43

Les élections locales organisées dans l'Est séparatiste de l'Ukraine, dénoncées par les Occidentaux, ont conforté le pouvoir de leurs nouveaux chefs, selon les résultats proclamés lundi, cimentant l'emprise de Moscou sur ces territoires qui échappent au contrôle de Kiev.

Se joignant à Paris et Berlin, Washington a dénoncé "une parodie d'élections" au lendemain de ces scrutins ayant visé à élire des "présidents" et des "députés" pour les deux "républiques populaires" mises en place par les rebelles dans les régions de Donetsk (DNR) et à Lougansk (LNR), en guerre depuis plus de quatre ans.

Selon des analystes, les élections permettent à Moscou de présenter les leaders séparatistes comme étant des hommes politiques démocratiquement élus plus fréquentables que leurs prédécesseurs qui étaient des chefs de guerre.

Les dirigeants actuels par intérim Denis Pouchiline, nommé à Donetsk après l'assassinat de son prédécesseur cet été, et Léonid Pasetchnik à Lougansk, où le dirigeant précédent a été destitué l'an dernier, ont largement remporté dimanche les votes avec respectivement 60,9% et 68% des suffrages, d'après les résultats définitifs.

Le Kremlin a réagi à ces élections "avec compréhension". "Les accords de Minsk ne sont pas respectés par Kiev. Dans ces conditions, ces républiques n'ont pas d'autre choix que de s'organiser pour assurer leurs obligations sociales envers les gens abandonnés par leur pays", l'Ukraine, a expliqué son porte-parole Dmitri Peskov à la presse lundi.

Un analyste proche du Kremlin cité par l'agence de presse officielle TASS affirme que le conseiller de Vladimir Poutine chargé du dossier ukrainien, Vladislav Sourkov, a cependant envoyé un message de félicitations aux chefs élus.

Selon Alexeï Tchesnakov, généralement bien informé du dossier, ce message souligne la forte participation officiellement annoncée, signe que les habitants de la région "peuvent se défendre et rejettent résolument la politique stupide de Kiev".

Le Kremlin n'a pas confirmé ses propos.

Pour attirer les électeurs, des tickets de loterie ou du crédit pour leurs téléphones portables leur étaient distribués, tandis que la sécurité était assurée par des hommes armés de kalachnikovs.

"C'est la Fédération de Russie qui organise ses élections truquées dans le Donbass", surnom de cette région, a déclaré dimanche soir à Paris le président ukrainien Petro Porochenko qui a abordé le sujet avec son homologue français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel en marge des commémorations de l'Armistice de 1918.

"Ces soi-disant élections nuisent à l'intégrité territoriale et à la souveraineté de l'Ukraine", ont déclaré dans un communiqué commun Mme Merkel et M. Macron, les qualifiant d'"illégales et illégitimes". 

"Les Etats-Unis rejoignent leurs partenaires et alliés européens dans la condamnation de cette parodie d'+élections+ du 11 novembre dans l'Est de l'Ukraine sous contrôle russe", a commenté la porte-parole du département d'Etat américain Heather Nauert.

La Russie et l'Ukraine sont à couteaux tirés depuis l'arrivée au pouvoir à Kiev en 2014 de pro-occidentaux dans la foulée du soulèvement du Maïdan, suivie de l'annexion par Moscou de la péninsule ukrainienne de Crimée et du conflit avec les séparatistes dans l'est, qui a fait plus de 10.000 morts.

Kiev et l'Occident accusent la Russie de soutenir militairement les séparatistes, ce qu'elle dément malgré les nombreuses preuves apportées.

Les accords de paix de Minsk signés en février 2015 avec la médiation franco-allemande ont permis de considérablement réduire les affrontements, mais des flambées de violences continuent de se produire périodiquement le long de la ligne de front.

- "Exécutants dociles" -

A Donetsk, M. Pouchiline, 37 ans, qui était devenu un négociateur politique avec Kiev, a pris la main après l'assassinat de l'ex-combattant Alexandre Zakhartchenko, tué en août dans un attentat.

A Lougansk, M. Pasetchnik, 48 ans, un ex-responsable régional des services de sécurité ukrainiens, a remplacé Igor Plotnitski, lui aussi un ancien combattant destitué en novembre 2017.

"Les gens ayant trempé leurs mains dans le sang ont été remplacés par ceux qui ont gardé profil bas (...) comme si c'étaient des figures politiques et non de simple bandits", a commenté à l'AFP un haut responsable ukrainien dans le domaine de la sécurité sous le couvert de l'anonymat. 

Contrairement à leurs prédécesseurs qui "se prenaient pour de petits rois", les nouveaux chefs "totalement contrôlés" sont "des exécutants dociles", ajoute-il.

Pour l'expert ukrainien, Anatoli Oktysiuk, du centre Democracy House, ce "renouvellement des élites" séparatistes a lieu dans l'attente des élections présidentielle et législatives de 2019 en Ukraine pour éventuellement "entamer de nouvelles négociations" avec Kiev.

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