Turquie: libérée, une députée kurde veut continuer sa grève de la faim

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Leyla Güven (en rouge) au côté de Pervin Buldan, dirigeante du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde) après sa libération le 25 janvier 2019 à Diyarbakir
Leyla Güven (en rouge) au côté de Pervin Buldan, dirigeante du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde) après sa libération le 25 janvier 2019 à Diyarbakir
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© AFP, ILYAS AKENGIN

AFP, publié le jeudi 31 janvier 2019 à 08h52

La députée prokurde de Turquie Leyla Güven, en grève de la faim depuis plus de deux mois dans son pays pour protester contre les conditions d'emprisonnement du chef d'une guérilla kurde, est déterminée à poursuivre coûte que coûte son action. Jusqu'à faire plier les autorités.

Mme Güven, qui observe une grève de la faim partielle depuis 85 jours, a été remise en liberté conditionnelle vendredi après un an de détention pour avoir qualifié d'"invasion" une offensive militaire turque contre une milice kurde dans le nord de la Syrie.

Dans un entretien avec l'AFP mercredi chez elle à Diyarbakir, grande ville du sud-est majoritairement kurde de la Turquie, la députée âgée de 55 ans, très affaiblie, affirme qu'elle poursuivra son combat malgré sa libération.

"J'ai entamé (la grève de la faim) en envisageant de mourir", dit-elle entourée de sa fille Sabiha Temizkan, qui ne la quitte jamais depuis a sortie de prison, et d'une infirmière qui prend régulièrement sa tension.

Les visiteurs sont tenus de chausser des galoches et de recouvrir leur visage avec un masque, mais la députée du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde) tente de rassurer sur son état de santé.

"Je ne vais pas trop mal", dit-elle. "Vu mon âge et l'action que je mène, je ne m'attendais pas à livrer une telle performance".

L'objectif de Mme Güven est de dénoncer les conditions de détention d'Abdullah Ocalan, le chef historique du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation qualifiée de "terroriste" par Ankara, l'Union européenne et les Etats-Unis.

M. Ocalan purge une peine de prison à vie sur une île proche d'Istanbul depuis son arrestation il y a vingt presque jour pour jour.

"Je n'ai qu'une seule et unique demande : la levée de l'isolement" d'Abdullah Ocalan qui n'est pas autorisé à recevoir ses proches et ses avocats, dit Mme Güven. "M. Ocalan est un détenu et, selon la loi, un détenu jouit de certains droits. Je ne demande rien d'autre".

- "Un cri dans la nuit" -

L'initiative de Mme Güven, commencée le 8 novembre, est à l'origine d'un mouvement plus large. Selon le HDP, plus de 250 autres détenus sont aujourd'hui en grève de la faim. 

En Turquie, les prisonniers, en particulier les militants de gauche ou de la cause kurde, ont fréquemment recours à ce procédé pour se faire entendre. Traditionnellement, ils refusent tout aliment solide, mais absorbent des solutions sucrées, salées ou vitaminées.

Dans un geste d'apaisement, les autorités turques ont permis au frère d'Abdullah Ocalan, Mehmet, de lui rendre visite mi-janvier pour la première fois depuis 2016.

Mais Mme Güven juge ce geste insuffisant et estime que sa propre remise en liberté, assortie d'une interdiction de quitter le territoire, ainsi que la visite du frère de M. Ocalan n'avaient qu'un but : mettre un terme au mouvement des grévistes de la faim.

Elle indique aussi que pendant son incarcération, le procureur général de Diyarbakir et un autre magistrat ont tenté de la convaincre de stopper sa grève de la faim.

Et selon Mme Güven, qui a reçu lundi une visite de Mehmet Ocalan, Abdullah Ocalan s'oppose lui aussi au mouvement des grévistes de la faim.

Selon les propos rapportés par son frère à la députée, Abdullah Ocalan a dit : "Je ne veux pas que des gens meurent pour moi en s'immolant par le feu ou en faisant grève de la faim".

Mme Güven insiste sur le caractère "personnel" de son initiative et souligne que celle-ci a en tout cas eu le mérite de faire entendre sa demande.

"J'ai poussé un cri dans la nuit", dit-elle, admettant avoir redouté que son action passe inaperçue en raison du contrôle quasi-total du gouvernement turc sur les médias.

Avec le recul, elle juge que sa voix et celle des autres grévistes de la faim "a porté". Et d'ajouter : "Au fond, que veut-on ? On veut la démocratie, les droits de l'homme, une justice équitable".

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