Turquie: levée de l'interdiction imposée au chef kurde Öcalan de voir ses avocats

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Les avocats d'Abdullah Öcalan, Faik Ozgur Erol (g), Newroz Uysal (c) et Rezan Sarica, s'apprêtent à lire un message du chef kurde, le 6 mai 2019 à Istanbul
Les avocats d'Abdullah Öcalan, Faik Ozgur Erol (g), Newroz Uysal (c) et Rezan Sarica, s'apprêtent à lire un message du chef kurde, le 6 mai 2019 à Istanbul
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© AFP, BULENT KILIC

AFP, publié le jeudi 16 mai 2019 à 17h47

L'interdiction de rencontrer ses avocats imposée depuis huit ans au chef historique détenu de la rébellion kurde Abdullah Öcalan, détenu en Turquie, a été levée jeudi, deux semaines après l'autorisation d'une première visite.

Malgré un isolement quasi total depuis sa capture et son incarcération sur l'île-prison d'Imrali près d'Istanbul en 1999, M. Öcalan reste une figure de référence pour la rébellion kurde en Turquie, où le conflit entre l'Etat et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK),dont il fut l'un des fondateurs, a fait plus de 40.000 morts depuis 1984.

"Les décisions interdisant des rencontres ont été levées et il est désormais possible pour lui d'en avoir", a déclaré le ministre turc de la Justice Abdülhamit Gül à la presse à Ankara.

Il a toutefois souligné que les rencontres d'un détenu avec ses avocats étaient un droit qui peut être limité pour des questions de sécurité.

Cette décision survient après l'autorisation le 2 mai d'une première visite en prison de deux des avocats du chef historique du PKK, un groupe classé "terroriste" par Ankara et ses alliés occidentaux.

Ils avaient relayé, la semaine dernière, un message dans lequel M. Öcalan appelait les centaines de personnes actuellement en grève de la faim dans les prisons turques pour protester contre ses conditions de détention à ne pas mettre leur vie en danger.

Il avait également appelé à "prendre en considération" les "sensibilités" de la Turquie en Syrie, où une milice kurde syrienne liée au PKK contrôle de vastes territoires dans le nord du pays, au grand dam d'Ankara qui craint la création d'une entité kurde à ses frontières. 

Un de ses avocats, Ibrahim Bilmez, a déclaré jeudi à l'AFP que "le plus important est d'obtenir une réponse positive à nos demandes d'entretien", après l'annonce de la levée de l'interdiction. 

"Nous avons fait une demande pour un entretien demain (vendredi) et nous attendons" une réponse, a-t-il ajouté. 

Dans un communiqué, le cabinet d'avocats Asrin Hukuk Bürosu, qui représente le détenu, souligne que depuis la visite du 2 mai, aucune autre n'a été autorisée malgré des demandes répétées.

Le texte insiste également sur l'importance d'autoriser les visites régulières des avocats à leur client, mais aussi les lettres et échanges téléphoniques de M. Öcalan avec eux et sa famille.

- Peine de mort commuée -

Le frère de M. Öcalan, Mehmet, a pu lui rendre visite à la mi-janvier pour la première fois depuis 2016, à la faveur d'un geste d'apaisement consenti par les autorités après le lancement du mouvement de grève de la faim.

Le leader kurde avait été condamné à mort le 29 juin 1999 pour trahison et tentative de diviser la Turquie mais sa peine a été commuée en 2002 en réclusion à perpétuité, après l'abolition de la peine de mort en Turquie.

Selon le parti prokurde HDP, quelque 3.000 prisonniers sont actuellement en grève de la faim pour réclamer l'assouplissement des conditions de sa détention, la plupart ayant rejoint le mouvement par solidarité avec la députée prokurde Leyla Güven, qui refuse de s'alimenter depuis novembre dernier.

Huit personnes se sont par ailleurs suicidées en prison depuis le début du mouvement, selon le HDP.

Depuis la rupture en 2015 d'un fragile cessez-le-feu dans le sud-est de la Turquie, le discours du président Recep Tayyip Erdogan au sujet des rebelles kurdes s'est nettement durci, faisant s'éloigner la perspective d'une solution politique négociée au conflit.

La décision annoncée jeudi survient également au moment où le parti au pouvoir, l'AKP, s'efforce de séduire les électeurs à Istanbul en vue de l'élection municipale prévue le 23 juin, après l'annulation du scrutin remporté par l'opposition fin mars.

Or de nombreux observateurs avaient estimé que le vote des Kurdes y avait été déterminant, le parti HDP ayant préféré soutenir le principal candidat de l'opposition, Ekrem Imamoglu, plutôt que de présenter son propre candidat.

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