Turquie: la campagne qui détonne du candidat Imamoglu pour la mairie d'Istanbul

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Le candidat de l'opposition Ekrem Imamoglu en campagne à Istanbul, le 21 mai 2019 en Turquie
Le candidat de l'opposition Ekrem Imamoglu en campagne à Istanbul, le 21 mai 2019 en Turquie
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© AFP, BULENT KILIC

AFP, publié le mercredi 19 juin 2019 à 07h22

Il goûte peu à la bagarre, prêche la réconciliation et préfère les réseaux sociaux aux écrans de télévision pour faire campagne. Avec une approche qui détonne dans le paysage politique turc, Ekrem Imamoglu espère rééditer l'exploit de remporter l'élection pour la mairie d'Istanbul.

Le candidat de l'opposition avait battu Binali Yildirim, poulain du président Recep Tayyip Erdogan, le 31 mars, mais le scrutin a été annulé pour des "irrégularités" sous la pression du pouvoir. Les Stambouliotes retournent aux urnes dimanche pour choisir leur maire.

Déchu de son mandat, M. Imamoglu, 49 ans, a encaissé le coup sans se départir de son calme ou se faire embarquer dans les violentes joutes verbales qui infestent d'habitude les campagnes électorales dans un pays polarisé.

Candidat du CHP, le principal parti d'opposition, il avait devancé M. Yildirim avec moins de 13.000 voix. Une marge minime à l'échelle d'une ville de plus de 15 millions d'habitants, contrôlée par les islamo-conservateurs depuis 25 ans.

Le parti au pouvoir, l'AKP, s'accroche à Istanbul car la ville fournit à son maire des ressources très importantes et une plateforme politique de premier plan.

Ses appels à l'unité, son ton posé et son optimisme à toute épreuve avaient permis à M. Imamoglu de séduire les électeurs en mars. Et en vue du nouveau scrutin, il a décidé de s'en tenir à une formule qui gagne.

"Je ne vais pas changer de personnalité", dit-il. "Le 23 juin, nous montrerons à la Turquie entière qu'il n'y a pas d'autre issue que la démocratie et les urnes".

Le discours se voulant consensuel et unificateur de M. Imamoglu lui a valu des comparaisons flatteuses avec des hommes politiques célèbres comme l'ancien président américain Barack Obama.

"Quand je regarde les gens d'Istanbul, je vois de l'espoir. Savez-vous ce qu'est l'espoir ? C'est d'apercevoir la lumière même dans les ténèbres", a-t-il déclaré en lançant sa deuxième campagne électorale en mai.

- Réseaux sociaux -

Selon Anthony Skinner, du cabinet de consultants en risques Verisk Maplecroft, le discours apaisé de M. Imamoglu et son passé de gestionnaire compétent ont largement contribué à sa popularité.

"Imamoglu est passé d'un obscur outsider avant l'élection annulée de mars au principal porte-étendard pour les électeurs à travers la Turquie qui ne soutiennent pas l'AKP", estime-t-il.

Devant l'impossibilité de faire passer son message dans les principaux médias, acquis au pouvoir, M. Imamoglu a mis l'accent sur les réseaux sociaux, se constituant une vaste audience en ligne.

"Mes partisans me suivent sur l'écran qu'il tiennent en main", dit-il pour minimiser la rareté de ses apparitions dans les grands médias.

Zilan Karakurt est l'un des community managers de l'équipe d'Imamoglu. Il le suit de meeting en meeting pour les filmer en direct et les partager.

"Les réseaux sociaux sont notre principale force et nous nous en servons d'une manière efficace depuis le début", explique-t-il.

Selon lui, la popularité de M. Imamoglu sur les réseaux sociaux a considérablement crû après l'annulation de l'élection de mars, le nombre de ses abonnés sur Twitter par exemple passant de 350.000 à 2,6 millions aujourd'hui.

Entre la première et la seconde campagne, "c'est le jour et la nuit", se félicite-t-il.

L'image de M. Imamoglu a aussi bénéficié du sang-froid et de la retenue dont il a fait preuve face aux tentatives de ses adversaires et de certains médias de salir son nom en affirmant par exemple qu'il était soutenu par la Grèce, ennemie historique de la Turquie, ou qu'il était lui-même grec car originaire de la région de mer Noire.

"Le fait qu'Imamoglu ait évité de se faire embarquer dans une sale campagne de dénigrement lui sert d'atout et le différencie des autres hommes politiques en Turquie", note M. Skinner.

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