Turquie : l'opposition dénonce des tentatives de fraude électorale

Turquie : l'opposition dénonce des tentatives de fraude électorale
Plus de 56 millions d'électeurs étaient appelés à voter pour leur président et leurs députés. (Ici Recep Tayyip Erdogan)

Orange avec AFP, publié le dimanche 24 juin 2018 à 16h46

Craignant des fraudes, en particulier dans le sud-est à majorité kurde, opposants et ONG ont mobilisé plusieurs centaines de milliers d'observateurs pour surveiller les urnes.

La Turquie votait dimanche 24 juin lors d'élections présidentielle et législatives à hauts risques pour le chef de l'Etat Recep Tayyip Erdogan qui fait face à des vents économiques contraires et une opposition déterminée à stopper sa course vers davantage de pouvoirs. Le principal parti d'opposition turc a dénoncé des tentatives de fraude.



"De nombreuses plaintes nous sont parvenues", surtout de la province de Sanliurfa (sud-est), a déclaré le porte-parole du CHP (social-démocrate), Bülent Tezcan, lors d'une conférence de presse au siège de son parti à Ankara.

"Nos amis sont intervenus au moment où c'est arrivé", a-t-il ajouté.

Des tentatives de bourrage d'urnes

Il a énuméré plusieurs exemples de tentatives de bourrage d'urnes, avec notamment une urne comptant déjà une centaine de bulletins de vote, tous pour l'alliance dominée par le parti au pouvoir AKP (islamo-conservateur), avant même l'ouverture des bureaux.

Il a également diffusé une vidéo, qu'il affirme avoir authentifiée, d'un homme affirmant qu'il y avait plus de bulletins que d'électeurs déjà passés dans un bureau de vote à Suruç.

Ouverture d'une enquête

Le procureur public de Sanliurfa, dont dépend Suruç, a affirmé avoir ouvert une enquête sur ces allégations et quatre personnes ont d'ores et déjà été arrêtées, selon l'agence de presse étatique Anadolu.

Craignant des fraudes, en particulier dans le sud-est à majorité kurde, opposants et ONG ont mobilisé plusieurs centaines de milliers d'observateurs pour surveiller les urnes. "Dans la région, il y a eu des assauts, des menaces pour arrêter nos observateurs", a affirmé M. Tezcan.

Il a aussi déploré la présence de "personnes armées dans les rues", qui essayent de créer selon lui "une atmosphère de terreur pour les électeurs".

Le principal parti prokurde HDP a également dénoncé sur les réseaux sociaux des tentatives de fraude et d'intimidation similaires dans le sud-est.

Un régime hyper-présidentiel

Mais le président Recep Tayyip Erdogan a affirmé après avoir voté à Istanbul "qu'il n'y avait pas de problème sérieux à travers la Turquie" dans le déroulement du double scrutin.

Plus de 56 millions d'électeurs étaient appelés à voter pour leur président et leurs députés, dans un scrutin qui marquera le passage du système parlementaire en vigueur à un régime hyper-présidentiel, voulu par M. Erdogan, mais décrié par ses opposants.

Le chef du CHP, Kemal Kiliçdaroglu, a lancé, peu après avoir voté à Ankara, un appel à "tous les fonctionnaires" à déjouer les tentatives de fraude: "S'il vous plaît, n'oubliez pas que vous êtes fonctionnaires de l'Etat. Vous n'êtes pas fonctionnaires d'un parti politique."

Le candidat du CHP, Muharrem Ince, s'est imposé comme le principal rival du président sortant et a réitéré dimanche sa volonté d'attendre les résultats des scrutins devant le siège de la haute autorité électorale.

Par ailleurs, Anadolu a rapporté que des procédures judiciaires avaient été engagées contre 10 étrangers accusés, selon l'agence, d'avoir tenté de se faire passer pour des observateurs internationaux. D'après l'agence, trois Français, trois Allemands et trois Italiens figurent parmi les personnes interpellées.

Thomas Rymer, porte-parole de la mission de l'OSCE déployée en Turquie, a déclaré "n'avoir aucune information" selon laquelle il s'agit de membres de sa mission.

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