Trump retrouve ses «amis» du lobby pro-armes

Trump retrouve ses «amis» du lobby pro-armes
Le président des États-Unis se rend ce vendredi à la convention annuelle de la NRA.

leparisien.fr, publié le vendredi 04 mai 2018 à 10h43

Un mois et demi après la fusillade de Parkland, Donald Trump a remisé ses propositions pour réguler davantage les armes à feu. Des propositions inconcevables pour le lobby des armes, face auquel il s'exprime ce vendredi.

C'est l'heure des retrouvailles. Six semaines après la fusillade au lycée de Parkland qui avait causé la mort de 17 personnes, Donald Trump se rend ce vendredi à la convention annuelle de la National Rifle Association (NRA), le très puissant lobby des armes aux États-Unis. Face à l'onde de choc qui avait suivi le drame, le président américain, éternel défenseur du port d'armes, avait surpris tout le monde le 28 février dernier en déclarant face aux parlementaires : « La NRA a un grand pouvoir sur vous. Elle a moins de pouvoir sur moi. Je n'ai pas besoin d'elle ! » Donald Trump avait aussi annoncé des mesures fortes pour durcir le port des armes : relèvement de l'âge légal pour l'achat, contrôle renforcé des antécédents judiciaires...

« Il n'a rien annoncé, il a juste redit tout haut les propositions que les lycéens de Parkland avaient formulées quand il les avait reçus », tempère Jean-Eric Branaa, spécialiste des États-Unis et maître de conférences à l'université Assas. De fait, dès le 12 mars, la Maison Blanche a révélé une série de mesures timides et bien en deçà des annonces du 28 février, comme l'autorisation pour des professeurs d'être armés au sein des écoles. Une mesure critiquée par les lobbys enseignants mais qui au contraire est soutenue par... la NRA.

Échéances électorales

Un revirement total donc et qui peut s'expliquer par les échéances à venir. « Trump a besoin de la NRA pour les élections de mi-mandat de novembre prochain et aussi pour sa propre réélection de 2020 », indique Marie-Cécile Naves, docteure en science politique et spécialiste des États-Unis. Soutien financier, lobbying politique... Les adhérents de la NRA peuvent faire basculer une élection lorsqu'ils choisissent de faire campagne pour tel ou tel candidat.

Le soutien du lobby des armes a d'ailleurs été décisif pour l'élection de Trump. « S'il n'allait pas à la convention cette année, ce serait considéré comme un recul sur ses prises de position de campagne », précise Jean-Eric Branaa. Le président Trump devrait donc réitérer son soutien à la NRA pour remobiliser l'électorat conservateur qui a peur qu'on le prive de son droit à porter une arme, en théorie protégé par le deuxième amendement de la Constitution.

Le poids de l'opinion publique

Reste que compter sur le lobby des armes ne suffira peut-être pas pour remporter les prochaines élections. Depuis la fusillade de Parkland, des lycéens se sont mobilisés en masse. Après les rassemblements de centaines de milliers de jeunes, le mouvement tente d'autres formes pour continuer à exister : lobbying auprès des candidats démocrates, prises de position sur les réseaux sociaux ou dans les médias... « Ça ne jouera peut-être pas directement pour les élections de mi-mandat car ces jeunes n'ont pas encore le droit de vote, mais il y a des gens majeurs qui les soutiennent et cet élan trouvera forcément une traduction dans les urnes, surtout en 2020 », estime Marie-Cécile Naves.

Si le Congrès ne bascule pas du côté démocrate à l'automne prochain, il paraît inenvisageable qu'une loi fédérale vienne assouplir le droit au port d'armes. Mais plusieurs États pourraient renforcer leur propre législation locale sous le poids de l'opinion publique, comme la Floride qui a voté le 6 mars dernier un relèvement de l'âge légal. Le Texas, où se tient la convention de la NRA, est à l'inverse l'un des pays les plus laxistes -les habitants peuvent notamment se balader en montrant leur arme. Les participants vont donc savourer le discours de Trump, même s'ils devront momentanément se priver de leurs armes dans la salle, sur ordre des services de sécurité du président américain.

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