Thaïlande: les amulettes bouddhistes, objets porte-bonheur face au coronavirus

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Le chauffeur de taxi Wasan Sukjit prie dans sa voiture, le 3 mars 2021 à Bangkok
Le chauffeur de taxi Wasan Sukjit prie dans sa voiture, le 3 mars 2021 à Bangkok
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© AFP, Lillian SUWANRUMPHA

publié le samedi 15 mai 2021 à 09h06

Pour Sopee Silpakit, le rituel est immuable: amulettes et chaîne serrées dans la main, il récite une prière avant de mettre les médaillons autour du cou et de prendre le volant de son taxi à Bangkok.

C'est ce qui lui procure la tranquillité d'esprit nécessaire pour exercer son métier par temps de Covid-19.

A 65 ans, transporter client après client dans la promiscuité d'un véhicule l'expose plus que d'autres à la maladie, et l'inquiétude a grandi récemment alors que la capitale thaïlandaise est l'épicentre d'une troisième vague de l'épidémie dans le royaume.

"Je prie tous les jours ces amulettes: +Ne laissez pas le virus m'approcher+", raconte-t-il à l'AFP. "Je crois qu'elles ont le don de me protéger du virus et de me garder en bonne santé".

A majorité bouddhiste, la Thaïlande a une culture profondément superstitieuse, une grande partie de la population étant ancrée dans la conviction que la chance et la bonne fortune viennent grâce à ces objets bénis.

- Protection spirituelle -

Certaines modes spirituelles sont alimentées par les médias, comme les figurines hyperréalistes appelées "enfant ange". 

Mais les plus populaires sont les amulettes, adoptées par différentes couches de la société, du chauffeur de taxi à l'homme d'affaires.

Elles peuvent être simples, comme une petite statue de Bouddha, ou plus élaborées, avec des motifs sculptés recouverts d'un revêtement en plastique pour les protéger. 

Alignées sur son tableau de bord, accrochées au rétroviseur ou posées dans l'habitacle, Sopee a accumulé plus d'une centaine de ces objets sacrés. Une protection spirituelle extrême qui le rend "confiant" face au virus.

"Peu m'importe le prix de toutes ces amulettes dans mon taxi", dit-il à l'AFP, en se frayant un chemin dans les ruelles du vieux Bangkok. "L'essentiel est la valeur qu'elle ont pour moi".

Acheter, vendre, collectionner les amulettes est si populaire que Bangkok possède un marché qui leur est entièrement dédié dans le quartier historique. Celles qui ont été bénies par un religieux célèbre s'échangent à prix d'or.

Particulièrement fréquenté par les personnes âgées, le bazar a été fermé plusieurs fois par les autorités depuis le début de la crise du Covid-19, pour limiter les contaminations au sein des populations fragiles.

"Les plus chers en ma possession coûtent environ 10.000 à 20.000 bahts (320 à 640 dollars)", explique Wasan Sukjit, un chauffeur de taxi de 43 ans, qui dit avoir reçu certaines de ces amulettes rares en cadeau. 

Le plafond de son véhicule est également recouvert d'un tissu tendu représentant un moine bouddhiste, qui semble veiller sur lui lors de ses déplacements dans la circulation dense de Bangkok.

Chez les chauffeurs de taxi, la croyance en ces objets sacrés est alimentée par des histoires de chauffeurs ayant survécu miraculeusement à des accidents de voiture, dans un pays connu pour la dangerosité de ses routes.

Derrière la Libye, pays en guerre, la Thaïlande se classe deuxième au monde en terme de mortalité, selon un classement de l'OMS.

"Certaines voitures décorées d'amulettes bouddhistes ont été victimes d'accidents, mais leurs conducteurs n'ont eu que des blessures légères", explique Wasan à l'AFP, ajoutant que la décoration de son taxi "contribue également à attirer les clients".

Sa vaste collection peut donner aux passagers la tranquillité d'esprit face au virus. 

"Mais bien sûr, les protections réelles et physiques restent le masque et le gel hydroalcoolique", dit-il, son masque chirurgical toujours accroché au visage.

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