Le pape plaide "la réconciliation" à la veille de sa visite en Irak

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Des forces de sécurité irakiennes patrouillent à Bagdad avant la visite du pape, le 3 mars 2021
Des forces de sécurité irakiennes patrouillent à Bagdad avant la visite du pape, le 3 mars 2021
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© AFP, Sabah ARAR

, publié le jeudi 04 mars 2021 à 13h43

A la veille d'un voyage historique en Irak, le pape François a adressé jeudi un message vibrant et très personnel aux Irakiens, évoquant leurs "années de guerre et de terrorisme" et appelant à "la réconciliation".

"Je désire tant vous rencontrer, voir vos visages, visiter votre terre, berceau antique et extraordinaire de la civilisation", a lancé dans un message vidéo le pape argentin, qui visitera les quatre coins de l'Irak --la Mésopotamie antique-- pendant trois jours, à la rencontre tout particulièrement d'une communauté chrétienne fortement réduite par l'exil.

La visite sera néanmoins tout aussi virtuelle pour une grande partie des Irakiens, qui devront se contenter de regarder cette star planétaire à la télévision, le pays étant placé à partir de jeudi minuit en confinement strict avec plus de 5.000 contaminations au Covid-19 chaque jour désormais. 

- "Réconciliation après le terrorisme" -

En arrivant vendredi à Bagdad, c'est sans aucun doute dans une voiture blindée que le pape découvrira une capitale aux rues vides mais ornée de posters à son effigie et même d'un immense arbre lumineux aux couleurs du Vatican sur l'emblématique place Tahrir où fin 2019 une révolte avait éclaté.

A l'époque le pape François avait évoqué les manifestants et condamné la répression sanglante qui s'abattait sur eux.


"Je viens comme pèlerin, comme pèlerin pénitent pour implorer du Seigneur pardon et réconciliation après tant d'années de guerre et de terrorisme", a dit le pape, qui place son déplacement sous le signe de "la paix" et de "la fraternité".

"Vous êtes tous frères et sœurs", a insisté un souverain pontife, qui n'a de cesse de marteler ces mots, au point d'y avoir consacré récemment une longue encyclique intitulée "Fratelli tutti" ("Tous frères").  

Le pape se rend d'ailleurs très symboliquement sur la terre natale d'Abraham, personnage de l'ancien Testament, "qui réunit en une seule famille musulmans, juifs et chrétiens", rappelle-t-il. Là, il priera avec des dignitaires sunnites, chiites, yazidis et sabéens.

Cet appel à la fraternité a pris depuis un an une résonance particulière en plein désastre sanitaire et économique dû au Covid. "En ces temps difficiles de pandémie, aidons-nous les uns les autres à renforcer la fraternité, à construire ensemble un avenir de paix", a ainsi souligné l'Argentin Jorge Bergoglio. 

- "Reconstruire et recommencer" -

"Vous avez encore dans vos yeux les images de maisons détruites et d'églises profanées, et dans vos cœurs les blessures des attachements brisés et des maisons abandonnées", a-t-il déploré à l'adresse spécifique des "trop nombreux martyrs" chrétiens d'Irak, un pays dont un tiers du territoire a subi de 2014 à 2017 le joug du groupe jihadiste Etat islamique (EI).

"Je voudrais vous apporter la caresse affectueuse de toute l'Église, qui est proche de vous et du Moyen-Orient tourmenté et qui vous encourage à aller de l'avant. Ne permettons pas que les terribles souffrances que vous avez vécues, et qui m'affligent tant, l'emportent", a-t-il ajouté.

Au début des années 2000, l'Irak comptait 1,5 million de chrétiens. Aujourd'hui, ils seraient entre 300.000 et 400.000 (1% de la population totale).

Depuis le début de son pontificat voici huit ans, François a souvent adressé des messages aux Irakiens et à la Syrie voisine, en guerre depuis dix ans. En se rendant sur place, il applique ce qu'il demande au clergé catholique, sortir et aller au chevet de ceux qui souffrent aux "périphéries" de la planète.

"J'ai beaucoup pensé à vous pendant ces années, à vous qui avez beaucoup souffert mais qui ne vous êtes pas laissés abattre. A vous, chrétiens, musulmans, à vous, peuples, comme les Yazidis, qui avez tant souffert", a lancé le pape François, en appelant à "l'espoir qui nous encourage à reconstruire et à recommencer".


Le souverain pontife est attendu vendredi à Bagdad, samedi à Ur et dimanche à Erbil, capitale du Kurdistan irakien, où il célébrera son unique messe dans un stade devant plusieurs milliers de fidèles. Il se rendra aussi à Mossoul, ex-"capitale" de l'EI en Irak.

Pour la première fois de l'Histoire, un pape sera reçu aussi samedi dans la ville sainte de Najaf (sud) par le grand ayatollah Ali Sistani en personne. Cet homme frêle de 90 ans, plus haute autorité pour de nombreux chiites d'Irak et du monde, n'apparaît normalement jamais en public. 

Pour Nouar Mohieddine, un Irakien chiite qui vit à Najaf, "cette visite va à la fois montrer une image lumineuse de l'Irak" et envoyer un message de "coexistence pacifique et de respect des autres religions".

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