L'inquiétante montée des agressions de Canadiens d'origine chinoise

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Trixie Ling, le 22 mai 2020 à Vancouver, au Canada
Trixie Ling, le 22 mai 2020 à Vancouver, au Canada
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© AFP, David P. BALL

, publié le jeudi 28 mai 2020 à 11h37

"J'ai ressenti un mélange de choc, de dégoût et de tristesse quand ça m'est arrivé", déplore Trixie Ling, une habitante de Vancouver d'origine chinoise, victime d'une agression raciste début mai en pleine pandémie.  

Un inconnu l'a insultée avant de lui cracher au visage. Elle n'avait jamais été agressée avant l'arrivée du coronavirus au Canada, dit-elle à l'AFP. "Je savais que je n'étais pas la seule à qui c'était arrivé". 

Du crachat aux attaques violentes, des agressions verbales au vandalisme de sites culturels, les résidents d'origine chinoise de la troisième plus grande ville du Canada - qui représentent 26% de sa population, selon le recensement de 2016 - disent se sentir de plus en plus en danger dernièrement. 

Un habitant de Colombie-Britannique d'origine asiatique sur quatre (dont 70% sont Chinois) indique qu'un membre de son ménage a été ciblé par des "insultes à caractère racial ou des injures" depuis mars, selon un sondage mené par l'institut de Vancouver ResearchCo auprès de 1.600 personnes.

La police de Vancouver enquête actuellement sur 29 incidents contre des membres de la communauté asiatique survenus ces deux derniers mois, soit sept fois plus par rapport à la même période l'an dernier.

- "Remarques, gestes obscènes" -

Une Vancouvéroise, elle aussi victime de racisme durant la pandémie, a lancé un site permettant à chacun de partager à travers un formulaire son agression de façon anonyme.

Ellen, qui préfère être citée par son seul prénom, indique que cette base de données visera à appuyer la lutte contre le racisme. 

"Des remarques et des gestes obscènes, inappropriés, désobligeants, j'en ai fait l'expérience et pas qu'un peu, la plupart en référence au fait d'être asiatique", souligne-t-elle. "Penser à ce qui pourrait m'arriver est assez stressant, effrayant et perturbant". 

La semaine dernière, une statue de lion en pierre, à l'entrée du quartier chinois de Vancouver, vieux de 125 ans, a été recouverte de graffitis mentionnant les termes "Chine" et "Covid".

Les fenêtres d'un centre culturel chinois, situé à proximité, ont aussi été vandalisées. Depuis ces incidents, une caméra de la police surveille la zone. 

Autre exemple: le rockeur canadien Bryan Adams a présenté ses excuses après avoir été accusé de racisme anti-chinois. L'artiste avait fustigé dans un tweet "des p... de mangeurs de chauve-souris et vendeurs dans des marchés d'animaux qui créent le virus, cupides bâtards". 

La ville chinoise de Wuhan a été identifiée comme le berceau du Covid-19, qui pourrait venir du marché spécialisé dans la vente en gros de fruits de mer et de poissons, où l'on vendait également des animaux sauvages. 

- "Le racisme est un virus" -

Selon le pasteur de Vancouver Daniel Louie, qui a co-organisé mi-mai un événement en ligne contre le racisme, les critiques à l'encontre du gouvernement chinois doivent être distinguées des stéréotypes visant les Chinois.

Des propos haineux ont également visé des personnes prises pour des Chinois, notamment celles ayant des origines japonaises, coréennes, ou vietnamiennes.

ResearchCo note ainsi que 24% des personnes originaires d'Asie du sud ont rapporté avoir été victimes d'insultes racistes. 

"C'est un chiffre tellement élevé que j'ai dû vérifier les calculs, pour être sûr qu'il n'y avait pas d'erreur avec les chiffres", a indiqué à l'AFP le sondeur Mario Canseco, alors que la marge d'erreur du sondage est de 2,5%.

Après avoir éternué à cause de ses allergies, Dakota Holmes, une autochtone, rapporte qu'un homme lui a dit de "retourner en Chine" avant de lui donner un coup de poing à la tête, qu'il l'a fait tomber.

"Il a dit toutes ces insultes à caractère racial", se rappelle Mme Holmes. "Je suis autochtone, pas asiatique: il s'en fichait". 

Face à l'ampleur du problème, le Premier ministre Justin Trudeau lui-même est monté au créneau vendredi, dénonçant des agressions "inacceptables". 

"Le racisme est un virus", a pour sa part lancé le Premier ministre de la Colombie-Britannique John Horgan.

Plus que des déclarations politiques, certains attendent des actions de prévention plus fortes de la part des autorités: un soutien financier en faveur des organisations de la communauté sino-canadienne qui offrent des services d'écoute ou des initiatives de sensibilisation quant aux comportements à adopter en cas d'agression.

"Des gens ont peur de sortir non pas à cause du Covid, mais en raison de leur couleur de peau", assure Trixie Ling.

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