Honduras/Covid-19 : le système de santé saigné à blanc par la corruption

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Des proches enterrent une victime du nouveau coronavirus au cimetière du Parque Memorial Jardin de los Angeles, 14 km au nord de Tegucigalpa, le 4 juillet 2020
Des proches enterrent une victime du nouveau coronavirus au cimetière du Parque Memorial Jardin de los Angeles, 14 km au nord de Tegucigalpa, le 4 juillet 2020
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© AFP, ORLANDO SIERRA

, publié le lundi 06 juillet 2020 à 08h42

La corruption qui mine depuis toujours le Honduras saigne à blanc le système de santé, laissant sans défense la population face à l'épidémie de coronavirus, dénoncent les experts consultés par l'AFP.

"Nous en avons marre de voir comment on vole l'argent destiné à la lutte contre la pandémie", tempête Joel Guardado, un journaliste qui s'est mêlé à une manifestation devant l'hôpital universitaire de Tegucigalpa.

Les gens "vont continuer à mourir à cause de tout ce vol dans le pays", dit-il en brandissant une pancarte proclamant "Dehors JOH (d'après les initiales du président, Juan Orlando Hernandez) et sa bande de criminels".

Le gouvernement a payé 47 millions de dollars pour sept hôpitaux de campagne de 400 lits qui n'ont pas été livrés. En outre les matériels de protection sont arrivés au compte-gouttes, laissant les soignants sans défense face à la contagion.

Avec une population de 9,3 millions d'habitants, le Honduras compte officiellement plus de 22.000 malades du coronavirus, dont au moins 600 sont décédés. Et moins de 1.300 tests sont réalisés chaque jour...

"Le système de santé est la principale victime de la corruption au Honduras... et ce n'est pas d'hier. Cela fait 12 ans que j'enquête sur la corruption", explique à l'AFP le directeur de l'Association pour une Société Plus Juste (ASJ), Carlos Hernandez.

-Le scandale des hôpitaux de campagne-

Pour lui, le scandale des hôpitaux de campagne est emblématique : "ils ont été payés d'avance, sans garantie (...) et s'ils n'arrivent pas, on ne sait pour quelle raison, nous n'avons pas de possibilité de faire de réclamation", dénonce-t-il.

Le directeur d'Investissement stratégiques (IS), la centrale d'achat de l'Etat, Marco Bogran, a versé 47 millions pour l'achat de ces hôpitaux auprès d'une entreprise turque, selon la justice qui a ouvert une enquête le 26 juin.

L'entreprise d'Ankara, SDI Global LLC, a expliqué dans un communiqué avoir été contactée par un dénommé Axel Lopez, basé à Miami (Floride, Etats-Unis), en disant agir comme intermédiaire.

Cependant, Axel Lopez a utilisé le devis de Global LLC A.S. pour faire un "faux bon de commande", selon les premiers éléments de l'enquête.

"Global LLC A.S. a découvert que le paiement a été réalisé par virement bancaire" sur le compte de la société d'Axel Lopez à Miami, a assuré l'entreprise turque, qui a annoncé avoir "engagé des poursuites" contre le soit-disant intermédiaire.

De son côté, le gouvernement du Honduras a relevé samedi Marco Bogran de ses fonctions à la tête de centrale d'achat publique.

En attendant, les hôpitaux ne sont toujours pas livrés, et "il n'y a pas moyen de récupérer l'argent", se lamente le directeur d'ASJ.

Marco Bogran a cependant affirmé que deux hôpitaux sont en route par voie maritime, et que les cinq restants arriveront en septembre.

-Où est l'argent ?-

Si le Congrès a voté un budget d'urgence de 3,5 milliards de dollars pour la lutte contre le coronavirus, seulement 120 à 140 millions de dollars ont été engagés, notamment pour l'achat des hôpitaux de campagne, relève le représentant du Forum Social de la Dette Extérieure et pour le Développement du Honduras (Fosdeh), Ismael Zepeda. Le destin du reste des fonds est inconnu, souligne-t-il.

"Des irrégularités sans nombre ont été commises pour les achats", dénonce M. Zepeda. 

La corruption a battu son plein dans les procédures d'achat de respirateurs artificiels, d'oxygène, de tests rapides, et de matériels de protection pour les soignants, détaille la présidente du conseil de l'ordre des médecins, Suyapa Figueroa.

"Dix confrères sont morts" à cause du manque de protection, et "un grand nombre de médecins sont malades de pneumonie à la maison", dénonce-t-elle.

Les hôpitaux publics sont "débordés" et "il y a des cliniques (privées) qui demandent un demi-million de lempiras (environ 25.000 dollars) seulement pour l'admission" d'un patient, affirme le Dr. Figueroa.

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