Faire sonner Big Ben pour le Brexit: le dernier combat des europhobes

Chargement en cours
Le drapeau britannique flotte près de la célèbre horloge de Big Ben le 17 janvier 2020
Le drapeau britannique flotte près de la célèbre horloge de Big Ben le 17 janvier 2020
1/3
© AFP, DANIEL LEAL-OLIVAS

, publié le vendredi 17 janvier 2020 à 19h25

Il ne reste que quelques jours avant le Brexit mais les europhobes britanniques n'ont pas fini leur combat. Face au refus des autorités de faire sonner Big Ben pour cet événement historique, ils en appellent à la mobilisation populaire et ont déjà levé des fonds impressionnants.

Les partisans les plus farouches de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne n'en démordent pas: la cloche la plus célèbre du monde doit retentir le 31 janvier à 23H00 (locales et GMT) dans le centre de Londres.

Âgée de 160 ans et logée dans la tour Elizabeth du Palais de Westminster, Big Ben est réduite au silence depuis plus de deux ans en raison de vastes travaux de restauration. Elle ne sonne plus qu'en de très rares occasions comme le Nouvel an ou des commémorations historiques.

Pourquoi ne pas la mettre à contribution pour le divorce européen, après près d'un demi-siècle de mariage? Trop cher, a conclu mardi le Parlement. Faire sonner Big Ben le 31 janvier supposerait de relancer le mécanisme actuellement arrêté et retarderait l'avancée des travaux. La facture pourrait atteindre les 500.000 livres (585.000 euros).

C'est le Premier ministre Boris Johnson, fervent partisan du Brexit, qui a alors lancé l'idée d'une souscription publique, soutenue rapidement par les journaux et élus eurosceptiques.

Quelque peu embarrassés, ses services ont dû ensuite calmer leurs ardeurs, expliquant que le Parlement n'était en réalité pas autorisé à utiliser de tels fonds

Mais la machine s'est déjà emballée. Lancé sur le site GoFundMe, notamment par le député conservateur Mark Francois, l'appel aux fonds réunissait vendredi presque 230.000 livres (270.000 euros). La cagnotte a notamment bénéficié d'un don de 50.000 livres de l'homme d'affaires millionnaire Arron Banks, selon ses organisateurs. 

- "Ridicule" -

Pour Helen Mayer, du mouvement anti-UE Standup4Brexit, le succès de la cagnotte, abondée par plus de 11.000 participants, révèle "une véritable vague de fond derrière tout ça, que les gens sentent que c'est la bonne chose à faire".

Le Parlement est pourtant resté inflexible dans son refus d'utiliser les fonds.

"C'est ridicule", s'étrangle le président du Parti du Brexit, Richard Tice. "Nous sommes en bonne voie pour réunir l'argent", assure-t-il à l'AFP, reprochant aux "bureaucrates grincheux du Parlement" d'empêcher l'utilisation des fonds.

Il promet de réunir "des dizaines de milliers de personnes" devant le Parlement le 31 janvier et "si nécessaire", de diffuser le son enregistré de la cloche de Big Ben.

Le gouvernement est "embarrassé par le Brexit et n'en est pas fier", a de son côté attaqué Nigel Farage, figure de la campagne en faveur de la sortie de l'Union européenne lors du référendum de 2016.  

Certains médias eurosceptiques ont accusé les partisans du maintien dans l'Union européenne d'avoir gonflé l'estimation des coûts pour faire sonner Big Ben, relevant que la cloche avait bien retenti pour célébrer le Nouvel an. 

Mais ce combat est loin de faire l'unanimité, même au sein des partisans du Brexit. "Vous avez perdu la boule?", titre une parodie virale de la Une du tabloïd Daily Express, pointant du doigt ceux qui "veulent dépenser un demi-million pour faire sonner une cloche" malgré la pauvreté et en pleine crise climatique.  

Downing Street a assuré que des événements seraient bien organisés pour marquer ce "moment historique". Mais en privé, certains reconnaissent le danger que constituerait tout forme de triomphalisme dans un pays encore divisé par la sortie de l'Union européenne. 

"Pour beaucoup de monde, ce ne sera pas un moment de joie", a averti le député indépendantiste écossais Patrick Grady, dont la formation est résolument pro-européenne. 

Face au refus persistant du gouvernement, un commentateur a proposé que chacun amène sa propre cloche lors d'un rassemblement prévu le jour J devant le Parlement.

Une levée de fonds concurrente a en outre été lancée par une Londonienne, au profit d'une association aidant les réfugiés. Elle y promet de "se tenir à côté de Big Ben et de crier +bong+ très fort".

Vos réactions doivent respecter nos CGU.