En plein été, une guerre des glaces entre Israël et Palestiniens

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Un drapeau israélien devant l'usine de fabrication de glaces Ben & Jerry's à Beer-Touvia, en Israël, le 21 juillet 2021
Un drapeau israélien devant l'usine de fabrication de glaces Ben & Jerry's à Beer-Touvia, en Israël, le 21 juillet 2021
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© AFP, Emmanuel DUNAND

publié le vendredi 23 juillet 2021 à 08h46

Avi Zinger a l'habitude d'accrocher des sourires aux lèvres des enfants avec ses glaces parfumées. Mais l'Israélien, patron de la franchise locale de Ben & Jerry's, se trouve depuis quelques jours plongé au coeur du conflit israélo-palestinien.

"Nous allons continuer à vendre partout", lance à l'AFP M. Zinger dans son usine plantée dans le village agricole de Beer-Touvia, au sud de Tel-Aviv, où travaillent l'été 160 employés.

Lundi, le fabricant de glace américain s'est engagé dans le conflit, en suivant les appels à une campagne de boycott des colonies juives à Jérusalem-Est annexé et en Cisjordanie occupée. Dans ces Territoires palestiniens, quelque 670.000 Israéliens vivent dans des colonies considérées contraires au droit international. 

Dans les cercles propalestiniens, l'annonce de Ben & Jerry's -- qui revendique des engagements progressistes et joue la carte de la protection de l'environnement -- a été accueillie comme une victoire.

Le député arabe israélien, Ayman Odeh, a diffusé sur les réseaux sociaux une photo de lui avec un pot de glace de l'entreprise. "Le régime se porte bien", a-t-il écrit en légende pour souligner son soutien à la décision de boycott.

M. Zinger pourrait en théorie se réjouir de cette publicité gratuite. Mais l'Etat hébreu a aussitôt répliqué en lançant une contre-campagne contre le fabricant de glaces.

Le gouvernement israélien combat farouchement depuis des années le mouvement BDS, qui appelle au boycott économique, culturel ou universitaire d'Israël, visant à obtenir la fin de l'occupation et de la colonisation dans les Territoires palestiniens. 

- "Sonnette d'alarme" -

L'ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis a demandé à 35 Etats américains d'utiliser contre Ben & Jerry's les lois anti-BDS qu'ils ont adoptées et qui considèrent le boycott d'Israël "antisémite". 

Le Premier ministre israélien, Naftali Bennett, a appelé la direction d'Unilever, géant alimentaire propriété de la marque, tandis que le président Isaac Herzog a qualifié la décision de boycott de "terrorisme économique".

"Mais le président devrait remercier Ben & Jerry's car ils ont tiré la sonnette d'alarme: ou bien Israël entend le message et oeuvre à mettre fin à son occupation, ou bien il fera face à un boycott total", a indiqué l'Autorité palestinienne. 

Le fabricant américain a toutefois précisé qu'il resterait en Israël, bien que ses produits ne soient plus vendus dans les territoires occupés.

Quoiqu'il en soit, Avi Zinger craint pour ses glaces et dit vouloir vendre à tous: aux Palestiniens comme aux Israéliens, qu'ils vivent à Tel-Aviv ou dans une colonie. 

Il affirme ne pas avoir "le droit de refuser à quiconque d'acheter des glaces" quand le mercure dépasse les 35 degrés l'été en Israël et dans les Territoires palestiniens.

Selon M. Zinger, c'est face à son refus d'obtempérer que le fabricant a décidé de ne pas renouveler son accord de licence, qui expire en fin d'année prochaine. En attendant, l'usine de Beer-Touvia continue de tourner mais des employés s'inquiètent pour leur emploi.

- "Séparer politique et glaces" -

"Je crains pour mon emploi et ceux de mes amis qui travaillent ici", confie à l'AFP Ayelet Damlao, 38 ans. "Ce n'est pas simple de découvrir tout d'un coup que tu peux perdre ton travail" pour une histoire de glace, déplore la contrôleuse de qualité.

Sur les réseaux sociaux israéliens, les appels à boycotter le glacier se sont multipliés, avant que la tendance ne s'inverse rapidement et que des Israéliens ne s'empressent de soutenir la franchise locale opposée à la décision de la marque américaine.

"Je suis venu soutenir Ben & Jerry's en Israël, qui a refusé de se plier à la demande du groupe de ne plus vendre dans les territoires occupés et qui va continuer à vendre à tout le monde", explique Moshé Weizman à l'AFP, venu se ravitailler dans le magasin de l'usine avec sa femme et ses deux fils.

"Il faut séparer politique et glaces, ça n'a rien à voir", poursuit l'homme originaire de la ville d'Ofakim, plus au sud. "Encore plus de gens qu'avant viennent acheter des glaces pour nous soutenir", affirme Omer Granada, 19 ans, vendeur de glaces.

En "optimiste" convaincu, Avi Zinger qui a importé l'enseigne il y a 35 ans, espère que Ben & Jerry's fera marche arrière, à l'instar d'Airbnb en 2019.

La plateforme de réservation de logements en ligne avait annoncé qu'elle renonçait à faire des offres dans les colonies israéliennes de Cisjordanie occupée. Mais Airbnb, poursuivie en Israël, était revenue sur sa décision.

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