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Après l'attentat de Bagdad, premières exécutions et des centaines en attente

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Des membres du groupe jihadiste Etat islamique condamnés à mort, photo diffusée le 29 juin 2018 par les autorités irakiennes
Des membres du groupe jihadiste Etat islamique condamnés à mort, photo diffusée le 29 juin 2018 par les autorités irakiennes
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© AFP, Handout, Iraq Justice Minister

, publié le lundi 25 janvier 2021 à 17h13

Trois hommes condamnés pour "terrorisme" ont été pendus lundi en Irak, des exécutions qui confirment les craintes des défenseurs des droits humains après des gages donnés par la présidence pour des actes forts à la suite d'un attentat à Bagdad.

Dimanche, un responsable à la présidence a affirmé à l'AFP que "plus de 340 ordres d'exécution pour des faits criminels ou de terrorisme" avaient été ratifiés mais pas mis en oeuvre jusqu'alors, pouvant entraîner à tout moment des pendaisons.

Le lendemain, une source au sein des services de sécurité a indiqué à l'AFP que trois Irakiens reconnus coupables de "terrorisme", avaient été pendus dans la prison de Nassiriya (sud) où sont envoyés tous les condamnés à mort du pays.

Pour procéder à une exécution, l'administration pénitentiaire doit obtenir un ordre ratifié par la présidence. Les plus de 340 documents signés l'ont été depuis 2014, soit en quasi-totalité sous la présidence de Fouad Massoum, au pire de la percée du groupe jihadiste Etat islamique (EI), selon un autre responsable à la présidence.

Les ratifications ont "continué" sous le mandat entamé en 2018 de Barham Saleh, connu pour être contre la peine de mort, a indiqué le premier responsable cité.

Si l'Irak a procédé en 2019 à plus d'une exécution sur sept dans le monde --soit 100 condamnés pendus en un an--, il est coutumier des exécutions dans la foulée d'un attentat ayant choqué l'opinion.

L'ex-Premier ministre Haider al-Abadi a frappé fort en juin 2018 en faisant exécuter treize jihadistes et en publiant pour la première fois les photos des pendaisons, pour calmer les critiques contre son manque de fermeté après l'assassinat de huit civils par l'EI.

- "Outil politique" -

Un attentat revendiqué par l'EI a fait jeudi 32 morts sur un marché très fréquenté de Bagdad, provoquant un choc chez une population habituée à une relative tranquillité depuis la défaite militaire de l'EI fin 2017 en Irak.

L'annonce de la présidence est donc, relève Belkis Wille de Human Rights Watch, une nouvelle preuve que "la peine de mort est un outil politique".

"Les dirigeants usent de ce genre d'annonces pour dire aux gens qu'ils agissent pour eux, sans prendre en considération le fait que les procès sont viciés", affirme-t-elle à l'AFP.

Depuis l'attentat de jeudi, M. Saleh est accusé sur les réseaux sociaux de ne "pas appliquer les sentences" à l'encontre des prisonniers jihadistes.

Une manifestation a été en outre annoncée pour mardi à Nassiriya, en vue de réclamer "la mort des jihadistes et la vengeance après les attentats".

Pris entre une opinion publique réclamant vengeance et des appareils politique, sécuritaire et judiciaire incapables d'arrêter les attentats, "l'Irak se retrouve toujours avec des options limitées", explique à l'AFP Ali Bayati, membre de la Commission gouvernementale des droits humains.

"La peine de mort est légale et nous n'avons pas de centre de déradicalisation, alors certains jihadistes transforment les prisons en centres de recrutement", souligne-t-il.

- "Privation de vie arbitraire" -

Pour la haute-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU Michelle Bachelet, il y a en Irak "de fréquentes violations des droits à un procès équitable, une représentation juridique inefficace, une trop grande confiance dans les aveux et de nombreuses accusations de torture et de mauvais traitements". Donc l'application de la peine de mort y relève plutôt "de la privation arbitraire de la vie par l'Etat", a-t-elle indiqué fin 2020.

La communauté internationale a mené campagne en novembre 2020 après l'exécution de 21 condamnés, quasiment tous pour "terrorisme".


Aucune exécution n'a été signalée depuis mais toutes ne sont pas annoncées officiellement.

En 2020, l'AFP a eu connaissance d'une trentaine d'exécutions. L'Irak est le quatrième pays qui exécute le plus au monde derrière la Chine, l'Iran et l'Arabie saoudite, selon Amnesty International.

Depuis plusieurs années, les tribunaux irakiens ont ordonné des centaines de peines capitales et de condamnations à perpétuité car le Code pénal prévoit une sentence jusqu'à la mort pour quiconque a rejoint "un groupe terroriste", que l'accusé ait combattu ou non dans ses rangs.

Jusqu'ici, aucun des étrangers de l'EI condamnés à mort en Irak n'a été pendu mais onze Français et un Belge attendent actuellement leur exécution.

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