Afghanistan: les habitants de Lashkar Gah tentent de fuir, avant la contre-attaque de l'armée

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Un membre du personnel de sécurité afghan inspecte le site de l'explosion d'une voiture piégée à Kaboul, le 4 août 2021
Un membre du personnel de sécurité afghan inspecte le site de l'explosion d'une voiture piégée à Kaboul, le 4 août 2021
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© AFP, WAKIL KOHSAR

publié le mercredi 04 août 2021 à 08h45

Les habitants de Lashkar Gah, dans le sud de l'Afghanistan, tentaient mercredi de fuir pour échapper à une contre-attaque de l'armée destinée à  déloger de la ville les talibans qui s'en prennent désormais aux centres urbains du pays.

Dans la capitale Kaboul, trois personnes ont été blessées dans la matinée dans l'explosion d'une mine, au lendemain d'un attentat suicide meurtrier près du domicile du ministre de la Défense.

A Lashkar Gah, capitale de la province du Helmand, un fief des insurgés où ont eu lieu quelques-uns des combats les plus violents en 20 ans d'intervention internationale, les habitants cherchaient à s'enfuir mercredi, conformément aux consignes de l'armée.

"Les familles qui ont les moyens financiers ou une voiture ont quitté leur maison. Mais les familles qui ne peuvent pas se le permettre, comme nous, doivent rester chez elles. On ne sait pas où aller, ni comment", a déclaré Halim Karimi, un habitant de Lashkar Gah.

"Il n'y a aucun moyen de s'échapper de la zone, car les combats sont incessants. Il n'y a aucune garantie qu'on ne sera pas tué sur le chemin. Le gouvernement et les talibans nous détruisent", a affirmé Saleh Mohammad, un autre résident.

Les civils, pris au piège des combats, ont déjà payé un lourd tribut au conflit à Lashkar Gah, ville de 200.000 habitants. Au moins 40 civils ont été tués et 118 blessés au cours des dernières 24 heures, avait annoncé mardi la Mission des Nations unies en Afghanistan (Unama).

Dans un message audio qu'il a demandé aux médias de diffuser, le général Sami Sadat, plus haut gradé de l'armée dans le Sud afghan, avait appelé mardi les habitants à évacuer la ville en prévision d'une grande contre-attaque.

- Le gouvernement vacille -

"Nous vous demandons de quitter vos maisons dès que possible. Nous allons affronter (les insurgés) et les combattre durement", avait-il lancé, promettant de ne pas laisser "un seul taliban en vie".

Deux grosses explosions ont secoué Kaboul mardi soir, à deux heures d'intervalle. Huit civils ont été tués et une vingtaine blessés, selon un bilan actualisé mercredi matin du ministère de l'Intérieur.

Un véhicule piégé conduit par un kamikaze a d'abord explosé devant la maison d'un député, voisine de celle du ministre de la Défense, le général Bismillah Mohammadi, sain et sauf. Plusieurs assaillants sont ensuite parvenus à entrer dans le domicile du député, ont indiqué à l'AFP plusieurs sources sécuritaires.

Les forces de sécurité ont mis environ cinq heures pour briser la résistance des assaillants, qui ont tous été tués, l'un dans l'explosion du véhicule et les trois autres dans les échanges de coups de feu, selon le ministère de l'Intérieur.

L'attaque n'a pas été revendiquée, mais Washington a estimé qu'elle portait la "marque" des talibans.

Survenue tout près de la zone verte, enceinte ultra-fortifiée abritant notamment le palais présidentiel et des ambassades, elle illustre une nouvelle fois les difficultés auxquelles est confronté le gouvernement, qui vacille face aux assauts coordonnés des talibans dans tout le pays.

- Effet psychologique dévastateur -

Les talibans se sont emparés ces trois derniers mois de vastes territoires ruraux d'Afghanistan et de postes-frontières clés lors d'une offensive éclair lancée à la faveur du retrait des forces internationales, qui doit être complètement achevé d'ici le 31 août.

Après avoir rencontré une faible résistance dans les campagnes, ils ont tourné depuis quelques jours leur attention vers les grands centres urbains, encerclant plusieurs capitales provinciales. Ces villes restent contrôlées par l'armée, mais la chute d'une d'entre elles aurait un effet psychologique dévastateur pour le pouvoir.

Des combats opposent aussi depuis plusieurs jours les talibans aux forces gouvernementales aux abords de Kandahar (sud) et Hérat (ouest), les deuxième et troisième ville d'Afghanistan.

Les autorités de la province d'Hérat ont toutefois affirmé mardi que les forces afghanes avaient repris plusieurs zones des faubourgs de la capitale provinciale aux talibans, qui étaient parvenus ces derniers jours aux portes de la ville.

Lundi soir à Hérat et mardi soir à Kaboul, des Afghans sont montés sur les toits ou descendus dans les rues pour exprimer, aux cris de "Allah Akbar" (Dieu est le plus grand), leur soutien à l'armée et leur haine des talibans.

Le spectre d'un retour au pouvoir des talibans, qui ont gouverné l'Afghanistan entre 1996 et fin 2001 en imposant un régime islamique ultra-rigoriste, avant d'être chassés par une coalition internationale menée par les États-Unis en raison de leur refus de livrer Oussama ben Laden, dans la foulée des attentats du 11-Septembre, inquiète nombre d'Afghans, qui ont pris goût à la liberté acquise depuis lors.

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