"Tellement effrayés": les caves pour fuir les bombardements près du Nagorny Karabakh

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Tatiana Pachaïeva en larmes alors qu'elle s'abrite dans une cave avec d'autres habitants pendant un bombardement dans la ville de Terter, en Azerbaïdjan, le 13 octobre 2020
Tatiana Pachaïeva en larmes alors qu'elle s'abrite dans une cave avec d'autres habitants pendant un bombardement dans la ville de Terter, en Azerbaïdjan, le 13 octobre 2020
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© AFP, Bulent Kilic

, publié le mardi 13 octobre 2020 à 19h53

Les larmes n'ont jailli dans les yeux de Tatiana Pachaïeva que lorsque les obus ont commencé à exploser, lui laissant à peine le temps de se réfugier dans une cave, du côté azerbaïdjanais de la frontière avec le Nagorny Karabakh en guerre.

"Je suis tellement, tellement effrayée. Personne ne nous a prévenu que la guerre allait commencer", raconte à l'AFP cette femme de 56 ans dans la ville de Terter, située à environ sept kilomètres de la ligne de front entre l'armée azerbaïdjanaise et les forces arméniennes de cette enclave séparatiste.

Les hostilités ont commencé le 27 septembre dans cette région montagneuse du Caucase et ont depuis fait plus de 600 morts, selon des bilans très partiels, tandis que les combats montent quasiment chaque jour en intensité.

Tatiana Pachaïeva et plus de 20 autres habitants, principalement des personnes âgées, vivent depuis dans une cave sous terre. La ville de Terter affiche aujourd'hui parmi les stigmates les plus visibles des bombardements.

Une équipe de l'AFP a vu des lance-roquettes multiples azerbaïdjanais filer à toute allure et tirer des salves rapides vers les montagnes du Nagorny Karabakh. Des tirs répétés d'obus ont plu sur la ville désertée quelques instants plus tard, l'endommageant fortement.

"Les Arméniens nous bombardent sans arrêt. Ecoutez, ils nous bombardent avec des missiles, des bombes, des tanks, des roquettes. Ils utilisent tout", témoigne Akif Aslanov, un retraité.

Les journalistes de l'AFP ont été témoins de scènes similaires les deux semaines précédentes du côté arménien du front, dans la capitale Stepanakert et d'autres villes et villages, où les civils se terrent aussi dans les abris.

 - "Pas le choix" -

Les duels à l'artillerie lourde ont forcé la plupart des civils qui n'ont pas fui les combats à vivre sous terre. A Terter, ces caves sont basiques: sols en gravier et murs qui s'écaillent, faiblement éclairés par quelques rares ampoules. 

Certaines familles disposent de radios à batterie qu'ils allument pour se tenir informées des combats qui font rage à la surface. Elles sont aussi ravitaillées en produits de première nécessité par les services d'urgence azerbaïdjanais, qui se déplacent durant les accalmies.

"Que pouvons-nous faire d'autre? Nous n'avons pas le choix", explique Roza Alieva, 85 ans, qui s'est blessée alors qu'elle se précipitait dans la cave lors de la première attaque. "Je fuis, je tombe, je me relève, je me blesse et maintenant je suis ici, je me cache", résume-t-elle.

Les deux camps se sont accordé dimanche à Moscou sur une trêve humanitaire, mais cette dernière a volé en éclat avant même son entrée en vigueur. A Terter, les locaux disent devoir s'endormir au son des bombardements depuis plus de deux semaines, les combats n'ayant jamais cessé.

"En général, nous ne pouvons pas dormir. Quand ils arrêtent de bombarder pendant une heure, une heure et demi, on ferme les yeux et on fait une sieste", raconte Azer Mammadov, un vétéran de la guerre qui a secoué la région dans les années 1990, qui avait déjà fait 30.000 morts.

D'autres affrontements meurtriers avaient notamment eu lieu en avril 2016.

Sariïa Makharramova, une autre retraitée, dit elle être prête à endurer les difficultés si cela veut dire récupérer le Nagorny Karabakh, que la communauté internationale considère comme faisant partie intégrante de l'Azerbaïdjan.Ses fils et son petit-fils sont actuellement au front, en train de combattre.

"Je ne peux pas les laisser et quitter la ville. Je ne suis pas parti en 1992, je ne suis pas partie en 2016 et je ne partirai pas maintenant. Je ne partirai jamais", lance-t-elle.

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