Taylor, Noriega, Fujimori... Ces anciens présidents passés par la case prison

Taylor, Noriega, Fujimori... Ces anciens présidents passés par la case prison

Déjà condamné en 2010 pour blanchiment d'argent à 10 ans de prison, Manuel Noriega a été condamné l'année suivante aux Etats-Unis pour disparition d'opposants sous sa dictature (1983-1989).

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leparisien.fr, publié le vendredi 06 avril 2018 à 17h32

Ces dix dernières années, plusieurs anciens chefs d'Etat ont été condamnés. Certains purgent encore leur peine entre les murs d'une prison.

Hasard du calendrier : alors que l'ancien président brésilien Lula était ce vendredi en passe d'être incarcéré, l'ex-présidente sud-coréenne Park Geun-Hye, a elle été condamnée à 24 ans de prison. Et à l'autre bout du monde, le Sud-Africain Jacob Zuma, contraint à la démission de la présidence voilà quelques semaines, a appris - toujours ce vendredi - que son procès pour corruption allait débuter le 8 juin prochain.

Le fait pour un dirigeant élu de faire un passage derrière les barreaux n'a pourtant rien de nouveau. Ces dernières années, de nombreux chef d'Etat ont en effet été rattrapés par la justice pour des crimes commis avant ou pendant leurs mandats.

Pour le politologue Pascal Perrineau, interrogé par Le Parisien, ces condamnations montrent même que « le pouvoir judiciaire de ces démocraties -parfois jeunes- a acquis une indépendance et une marge de manœuvre qu'il n'avait peut-être pas auparavant. Cette volonté de transparence souligne une culture de l'égalité devant la loi, ce qui fait de ces régimes des démocraties. » Cela dit, pointe l'ancien directeur du Centre de recherches politiques de Sciences Po Paris (CEVIPOF), « ces condamnations pour corruption ou mélange des intérêts publics et privés peuvent renforcer un climat de défiance envers la démocratie. Cela peut déboucher sur une volonté de revenir à des régimes plus autoritaires... Ce qui est une mauvaise nouvelle pour la démocratie représentative et pluraliste ».

Tour d'horizon de ceux qui sont passés de la tête d'un Etat à la prisonAlberto Fujimori (Pérou), condamné en 2009 pour crime contre l'humanité. Lui a dirigé des « escadrons de la mort » contre la population péruvienne durant son mandat (1990-2000) : il a ordonné la destruction de villages et les massacres de villageois soupçonnés de soutenir la guérilla maoïste Sentier Lumineux. Il a également été accusé d'avoir mené des campagnes de stérilisation forcée contre des femmes indigènes du Pérou. Poursuivi pour meurtre, kidnapping et crime contre l'humanité, ce Péruvien d'origine japonaise a été condamné à 25 ans de prison en 2009. Alberto Fujimori a été incarcéré dans des conditions confortables puisqu'il disposait, selon Le Figaro, « 10 000 m2 alloués à son seul usage, d'un jardin planté de 5 000 rosiers, d'une clinique privée, d'un atelier de peinture et d'un salon de réception où défilaient ses visiteurs jour et nuit. » Fin 2017, il a finalement bénéficié finalement d'une grâce présidentielle en raison de son état de santé... mais le répit du septuagénaire pourrait être de courte durée puisqu'un tribunal péruvien a ordonné en début d'année que l'ancien leader soit à nouveau jugé pour les meurtres de six villageois en 1992.

Manuel Noriega (Panama), condamné en 2011 pour disparition d'opposants. Il n'a jamais été officiellement chef de l'Etat du Panama, mais c'est tout comme. Ce militaire a la tête des armées panaméennes - et de facto du pays- de 1983 à 1989 a connu les murs de la Prison de la Santé (Paris) où il a été condamné à 10 ans de prison en 2010 pour blanchiment d'argent de la drogue. Cet ancien proche de la CIA a ensuite été extradé en 2011 vers le Panama où il a été condamné à trois peines de 20 ans de réclusion pour la disparition d'opposants politiques sous sa dictature. Il est décédé à l'hôpital en 2017 après une hémorragie cérébrale. Il avait 83 ans.

Moshé Katzav (Israël), condamné en 2011 pour viols. Président de 2000 à 2007, il a été condamné en 2011 pour les viols de deux collaboratrices dans les années 1990 alors qu'il était ministre du Tourisme. Lors de son procès, l'ancien dignitaire répondait également « d'actes indécents, harcèlement sexuel, subornation de témoin et entrave à la justice. Incarcéré à la prison de Ramla, il a remporté le titre de « Premier et plus haut dignitaire israélien à s'être retrouvé derrière les barreaux ». Avec le jeu des remises de peine, il a été libéré en 2016.

Charles Taylor (Liberia), condamné en 2012 pour crimes contre l'Humanité. Après six ans à la tête du pays (1997-2003), il est condamné en 2012 par la justice internationale pour crimes de guerre et contre l'humanité commis pendant la guerre civile en Sierra Leone qui a fait 120 000 morts. Il purge ses 50 ans de prison dans un établissement de haute-sécurité de Frankland, dans le nord-est de l'Angleterre. Charles Taylor est le premier ex-chef d'État à être condamné par la justice internationale depuis le tribunal militaire de Nuremberg qui jugea les dignitaires nazis au lendemain de la Seconde guerre mondiale.

Alfonso Portillo (Guatemala), condamné en 2013 pour blanchiment. L'ancien président conservateur (2000-2004) a passé plus d'un an dans une prison américaine. Il avait été extradé vers les Etats-Unis en 2013 et condamné à cinq ans et 10 mois de prison pour blanchiment d'argent sale dans des banques américaines, mais la justice a reconnu que les années passées en prison au Guatemala - où il a été détenu à partir de 2010 - pouvaient être incluses dans la peine. Durant son procès, Portillo a également reconnu avoir touché 2,5 millions de dollars de pots-de-vin de Taïwan.

Svetozar Marovic (Serbie-et-Monténégro), condamné en 2016 pour corruption. L'ancien président a été condamné en septembre 2016 à trois ans et dix mois de prison pour corruption. Il lui était reproché d'avoir utilisé sou pouvoir politique pour faciliter l'achat par l'entreprise de son fils d'un terrain dans une station balnéaire de l'Adriatique. Il a été l'unique président de l'union Serbie-et-Monténégro de 2003 à 2006, année où le Monténégro a proclamé son indépendance.

Ollanta Humala (au Pérou), poursuivi pour blanchiment d'argent. L'ancien président (2011-2016) et son épouse Nadine Heredia ont été placés en détention préventive pour 18 mois en février 2017 pour blanchiment d'argent lors de la campagne présidentielle 2011. Ils sont toujours dans l'attente de leur procès. Ironie du sort, Ollanta Humala s'est retrouvé un temps dans la même prison qu'Alberto Fujimori qu'il accusait de « gestion autocratique »...

Otto Perez Molina (au Guatemala), poursuivi pour corruption. L'ex-président conservateur (2012-15) a été placé en détention provisoire en septembre 2015, au lendemain de sa démission, accusé d'avoir organisé un réseau de corruption et perçu 800.000 dollars (710.000 euros) en pots-de-vin. La justice a décidé en octobre 2017 de le juger pour corruption.

Slobodan Milosevic (ex-Yougoslavie), poursuivi pour crimes de guerre. Il n'a jamais été condamné mais est décédé dans sa cellule de La Haye (Pays-Bas) en 2006 alors qu'il était jugé pour crimes contre l'humanité, génocide et crimes de guerre. Celui que l'on avait surnommé le Boucher de Belgrade avait été à la tête de la Serbie de 1989 à 1997 et président de la République fédérale de Yougoslavie de 1997 à 2000 durant les conflits qui ont donné lieu à des nettoyages ethniques en Serbie.

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