Syrie : «Nous sommes obligés d'intervenir, c'est la loi du Bon Samaritain»

Syrie  : «Nous sommes obligés d'intervenir, c'est la loi du Bon Samaritain»

Raphaël Pitti s'est rendu de nombreuses fois en Syrie, où il a été médecin urgentiste et formateur.

leparisien.fr, publié le lundi 09 avril 2018 à 16h03

Le professeur Raphaël Pitti, spécialiste des zones de guerre et fin connaisseur du conflit syrien, appelle à une intervention humanitaire pour mettre fin au conflit.

Le docteur français Raphaël Pitti, responsable d'ONG, est sans doute l'un des Occidentaux qui connait le mieux la Syrie. Il s'y est rendu à de nombreuses reprises depuis 2012 comme urgentiste et formateur. Sur la base d'images reçues par ses contacts sur place, il n'a aucun doute sur la nature chimique de la récente attaque sur la zone rebelle de la Ghouta, près de Damas.

Pourquoi est-il si difficile d'établir les preuves d'une attaque chimique ?

Les preuves sont bien tangibles. Ça s'est bien passé avant-hier. C'est le coupable qui est difficile à identifier. Dans une telle situation de guerre, n'importe qui peut avoir envoyé ce missile, les rebelles comme le régime.

Le but de cette attaque n'était-il pas de faire craquer les rebelles et les forcer à évacuer la zone ?

C'est un scandale. Puisque les rebelles étaient d'accord pour quitter la zone, pourquoi faire aussi sortir la population ? Quel est l'objectif ? Les convois de l'ONU auraient pu venir en aide à cette population qui a subi huit mois de siège. Le but est tout autre : on trie la population. On sépare les communautés : chiites au sud, sunnites au nord.

Vous alertez depuis des mois sur la catastrophe humanitaire qui se déroule là-bas, êtes-vous en colère ?

J'en veux aux gouvernants. Je m'insurge depuis 7 ans contre le fait que cette population subit des crimes de guerre constants quels que soient les protagonistes. Ça suffit maintenant ! C'est une catastrophe humanitaire qui a déjà fait 450 000 morts, 10 millions de personnes déplacées. Depuis 7 ans, on cherche des solutions politiques qui n'existent pas car les acteurs du conflit ne répondent qu'à leurs propres intérêts. Aujourd'hui, il y a une obligation d'intervenir. C'est la loi du bon samaritain.

Comment ?

Il y a nécessité de protéger les populations. Ou on ouvre les frontières ou on décide qu'une zone du territoire syrien sort du conflit pour que les populations puissent s'y réfugier. Il faut mettre la Syrie sous tutelle, destituer ce gouvernement et le remplacer par un gouvernement mis en place par l'ONU. Mettre en place une force d'intervention internationale, la première guerre du Golfe a prouvé que c'était possible, et il faut désarmer l'ensemble des belligérants.

La réaction d'Emmanuel Macron est-elle suffisante ?

Quand Emmanuel Macron propose de bombarder les bases de Bachar... à quoi ça sert ? Les bombardements ne changeront rien. Ce n'est pas la solution. La seule solution est humanitaire. Une bande d'exclusion aérienne, des couloirs humanitaires. Ça suffit, la solution politique, on ne la trouve pas.

Les dernières déclarations du président ressemblaient pourtant à un ultimatum...

Les menaces n'ont pas empêché le régime d'agir depuis 2015. L'ultimatum consisterait à dire : « A partir de cette date, nous intervenons pour établir une situation de pacification » malgré l'opposition russe. S'il n'y a pas un plan de pacification de la Syrie, il ne se passera rien. Le régime n'a pas envie de négocier alors qu'il gagne sur le terrain. Pour Assad, il n'y aura pas de trêve. Il y aura que sa paix à lui : la « Pax Russia », voire iranienne. Le risque, c'est de transformer la Syrie en Afghanistan.

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