Syrie: à Idleb, une famille vit du recyclage de munitions

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Des Syriens travaillent dans une casse à Maaret Misrine, dans la province syrienne d'Idleb, le 10 mars 2021
Des Syriens travaillent dans une casse à Maaret Misrine, dans la province syrienne d'Idleb, le 10 mars 2021
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© AFP, Aaref WATAD

, publié le vendredi 12 mars 2021 à 21h21

Dans une casse semblable à un dépôt de munitions dans la province syrienne d'Idleb, le petit Malek empile des obus de mortier neutralisés que sa famille a appris à démanteler pour en vendre le fer et pouvoir vivre.

"Ces outils de meurtre et de crime utilisés pour bombarder la population sont devenus un gagne-pain", affirme à l'AFP Hassan Jouneid, le père de l'enfant âgé de 9 ans.

Le père de Malek, qui gère cette entreprise familiale dans la localité de Maaret Misrine, dans le sud d'Idleb, dernier grand bastion anti-régime en Syrie.  

Dans un vaste terrain vague où s'entassent pêle-mêle munitions et ferrailles, trois enfants se reposent à l'arrière d'un camion rouillé, jouant avec des obus de mortier vidés de leur contenu explosif. 

Un autre enfant peine à porter un obus faisant sa taille avant et de le lâcher parmi un amas d'armes et d'objets ferreux.

En 2016, Hassan, aujourd'hui âgé de 37 ans, avait fui la localité de Latamné, dans le nord de la province de Hama, alors en proie à des bombardements et des combats, pour se réfugier à Maaret Misrine.

Ici, le père de quatre enfants, parmi lesquels Malek, a décidé de renouer avec son métier de quincailler, ajoutant aux rondelles, clous, pièces de voitures et panneaux métalliques un nouveau genre de marchandise: des obus et des munitions.

"Quand je suis arrivé ici, nous avons trouvé un nouveau produit (...), des obus utilisés par le régime pour bombarder mais qui n'avaient pas explosé", raconte-t-il à l'AFP.

Dans cette "usine" à ciel ouvert qu'il dirige avec ses frères, Hassan travaille avec 15 personnes, dont des enfants, tous membres de sa famille.  

Après l'étape cruciale de neutralisation du contenu explosif, "nous vendons le fer aux industriels".

"Certains nous l'achètent pour fabriquer des appareils de chauffage, d'autres (...) pour en faire des barres d'acier" pour la construction, explique-t-il.  

Quant aux matières explosives, elles sont le plus souvent vendues aux carrières pour le dynamitage des roches.

Le matériel amassé provient d'ex-zones de combats défrichées par l'équipe et par l'acquisition d'armes trouvées par des habitants. 

- "Nous jouons et travaillons" -

Les mines et les restes d'explosifs de guerre, tous difficiles à détecter, continuent de menacer la vie de millions de personnes en Syrie, selon le Service d'action antimines de l'ONU. 

"La vraie crainte" est que ces bombes à retardement restent clairsemés "parmi la population", affirme Abou Ahmad, un ancien officier de l'armée syrienne qui aide Hassan dans cette activité périlleuse.  

Le régime de Damas, soutenu par l'aviation russe, a mené plusieurs offensives d'envergure contre Idleb avant l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu en mars 2020.

"Notre travail augmente en temps de guerre et régresse durant les accalmies", confie l'ex-officier.  

Le conflit syrien, qui entre dans sa onzième année le 15 mars, a lourdement pénalisé les enfants du pays, dont plus de la moitié n'ont pas d'accès à l'éducation, selon l'ONU.  

Pour Malek et ses acolytes, tous déscolarisés, travail et loisirs fusionnent dans cet univers au parfum de souffre. 

"Nous jouons entre les voitures et travaillons également dans le tri des obus", raconte Abdel Karim, dix ans, qui dit toutefois craindre les mésaventures.  

"Nous connaissons maintenant le missile +Grad+, les obus de mortier, les mitrailleuses et les bombes à fragmentation. Ils nous parviennent sous différentes formes et couleurs", dit-il. 

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