Surpeuplées, les prisons thaïlandaises submergées par le Covid-19

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Une opération de vaccination dans une prison de Bangkok, le 22 mai 2021, fournie par le ministère thaïlandais de la Justice
Une opération de vaccination dans une prison de Bangkok, le 22 mai 2021, fournie par le ministère thaïlandais de la Justice
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© AFP, Handout, THAILAND MINISTRY OF JUSTICE
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publié le samedi 29 mai 2021 à 12h51

Une vague de Covid-19 se répand dans les prisons  thaïlandaises, jetant une lumière crue sur la surpopulation carcérale dans le royaume, où certains détenus ont moins d'espace pour dormir que dans un cercueil.

Samedi, plus de 25.000 prisonniers avaient été testés positifs. Les détenus ont reçu consigne de garder leur masque à tout moment, même la nuit quand ils dorment parfois collés les uns contre les autres.

Selon la Fédération internationale des droits de l'homme, la population carcérale s'élève à environ 311.000 personnes en Thaïlande, plus de deux fois et demi la capacité officielle du système.

Pour tenter de freiner la propagation du virus, les autorités accordent des libérations anticipées aux prisonniers souffrant de problèmes de santé et ont annoncé davantage de tests.

Mais ces mesures arrivent tard, d'anciens détenus affirmant n'avoir pas été informés du danger de l'épidémie lorsqu'ils étaient derrière les barreaux.

"Les prisonniers n'ont pas les connaissances nécessaires pour se protéger", a déclaré à l'AFP Somyot Prueksakasemsuk, un militant poursuivi pour crime de lèse-majesté. 

Libéré sous caution le mois dernier, Somyot n'a pas été testé une seule fois pour le Covid-19 au cours de ses 10 semaines de détention.

En prison, il ne se savait pas particulièrement en danger.

"Mais après cela, j'ai tellement peur" pour ceux encore détenus, "si vous êtes à l'intérieur de la prison, vous êtes en danger, c'est inévitable", dit-il.

De dix cas il y a un mois, l'épidémie dans les prisons thaïlandaises est montée en flèche et a été portée à l'attention du public après que des militants connus ont contracté la maladie.

La dirigeante étudiante Rung, une des principales animatrices des rassemblements de l'an dernier qui réclamaient des réformes politiques dans le royaume, a annoncé avoir été testée positive après sa libération sous caution début mai.

- "Moins de place que dans un cercueil" -

Les prisons thaïlandaises sont surpeuplées en raison d'une loi très sévère contre le trafic de drogue.

Près de quatre détenus sur cinq sont emprisonnés pour ce motif, et on peut se retrouver condamné à une peine de dix ans de prison pour quelques comprimés de méthamphétamines.

Dans de nombreuses cellules, les prisonniers sont obligés de vivre entassés, dormant les uns sur les autres.

"C'est moins de place pour un corps que dans un cercueil", a reconnu le ministre de la Justice Somsak Thepsutin dans une déclaration aux médias locaux en février.

Ces dernières semaines, les tests ont concerné 36.000 prisonniers, et une campagne de vaccination est en cours pour les détenus et le personnel pénitentiaire. 

Selon le ministre, une grâce royale serait à l'étude pour les prisonniers les plus fragiles.

Après une quarantaine, ils seraient autorisés à rentrer chez eux.

"Pour que nous puissions libérer quelqu'un ou faire quoi que ce soit, cela doit être fait correctement", a déclaré Somsak aux journalistes cette semaine.

"Nous ne pouvons pas leur permettre de propager des infections".

Pour les ONG de défense des droits de l'homme, il faut aller plus loin et libérer aussi les délinquants non-violents.

"Les autorités devraient réduire la population... en libérant ceux qui sont détenus pour des motifs politiques ou pour des délits mineurs", a déclaré Brad Adams de Human Rights Watch.

bur-lpm/rma/gle/del/dth/cac

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