Suisse: Coup d'envoi du procès du magnat franco-israélien Beny Steinmetz

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Le procureur de Genève Yves Bertossa arrive au tribunal pour le procès du magnat franco-israélien Beny Steinmetz le 11 janvier 2021
Le procureur de Genève Yves Bertossa arrive au tribunal pour le procès du magnat franco-israélien Beny Steinmetz le 11 janvier 2021
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© AFP, Fabrice COFFRINI

, publié le lundi 11 janvier 2021 à 18h36

Le procès à Genève de l'homme d'affaires franco-israélien Beny Steinmetz, pour corruption de hauts dignitaires guinéens en échange de droits miniers, s'est ouvert lundi sans qu'aucune des demandes préjudicielles de la défense ne soit acceptée.

L'affaire qui occupe cette semaine le tribunal correctionnel de Genève remonte à la fin des années 2000, lorsque le gouvernement guinéen de l'ancien président Lansana Conté avait déchu, peu avant sa mort en 2008, le groupe anglo-australien Rio Tinto de l'exploitation d'un des plus importants gisements de fer au monde à Simandou en Guinée. Ceci au profit du groupe Beny Steinmetz Resources (BSGR), dans lequel le diamantaire a le titre de conseiller.

Au coeur du dossier d'accusation dirigé par le parquet genevois: des pots-de-vin présumés d'environ 10 millions de dollars (8,2 millions d'euros) qui auraient transité notamment via des comptes suisses, et un "pacte de corruption" qui aurait été passé entre Beny Steinmetz et ses représentants en Guinée, et l'ancien président guinéen Lansana Conté (décédé en 2008) ainsi que sa quatrième épouse, Mamadie Touré.

Elle doit être entendue comme témoin mercredi, mais beaucoup doutent de sa venue.

"C'est le personnage clé dans cette affaire mais il est peu probable que Mamadie Touré assiste en personne au procès. Elle vit aujourd'hui aux Etats-Unis, où elle bénéficie d'un statut de témoin protégé", a expliqué à l'AFP la porte-parole de l'ONG suisse Public Eye, Géraldine Viret, qui en 2013 avait publié un organigramme très complexe de BSGR.

- "Témoin de la Couronne" -

Au cours de cette première journée d'audience, essentiellement dédiée au traitement des questions préjudicielles, la défense a réclamé - en vain - que le témoignage de Mamadie Touré recueilli pendant l'instruction soit retiré de la procédure au motif que son statut aux Etats-Unis de "témoin de la Couronne" (accord de renonciation aux poursuites) n'est pas valable en Suisse.

C'est "un cas de subornation de témoin", a assuré Me Marc Bonnant.

Sa demande a toutefois été refusée par la présidente du tribunal, Alexandra Banna, qui a expliqué que rien ne s'opposait à ce que la justice suisse prenne en considération les déclarations d'un "témoin de la Couronne" à l'étranger.

Beny Steinmetz, 64 ans, qui était domicilié à Genève lorsque les faits qui lui sont reprochés se sont déroulés, conteste entièrement les conclusions du parquet genevois qui l'accuse de "corruption d'agents publics étrangers et de faux dans les titres".

La défense clame que Beny Steinmetz "n'a jamais versé un centime à Mme Mamadie Touré", et assure que cette dernière n'était pas l'épouse du président Conté, mais une maîtresse n'exerçant aucune influence.

En complet gris et cravate bleue, l'homme d'affaires, qui ne s'est pas exprimé à son arrivée au tribunal, devrait être entendu mardi. Le verdict devrait être publié en fin de semaine prochaine.

Beny Steinmetz est jugé aux côtés de deux partenaires d'affaires: le Français Frédéric Cilins, qui a été condamné à de la prison ferme aux Etats-Unis en 2014 dans ce dossier, et la Belge Sandra Merloni Horemans qui a répondu lundi aux questions du tribunal sur son rôle d'ex-administratrice d'entités liées à BSGR.

- "Opacité" -

"L'affaire Steinmetz illustre les ravages de l'opacité lorsque des groupes s'en servent pour réaliser des profits gigantesques sur le dos de pays pauvres", a expliqué Géraldine Viret.

En 2013, Beny Steinmetz avait affirmé dans une interview à un journal français avoir investi 170 millions de dollars dans cette mine, avant d'en revendre 51% en 2010 au groupe brésilien de matières premières Vale pour 2,5 milliards de dollars, soit presque 30 fois plus cher. 

A la suite de son élection en 2010, le nouveau président Alpha Condé avait lancé une remise à plat de tous les permis d'exploitation minière accordés par son prédécesseur, annulant notamment en 2014 les droits de BSGR.  

Après des années de bataille, Beny Steinmetz et la nouvelle présidence guinéenne étaient parvenus début 2019 à un accord convenant que BSGR renonce aux droits sur Simandou en échange d'un abandon des poursuites pour corruption.

Cet arrangement n'a toutefois pas mis fin aux poursuites du parquet genevois.

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