Sommet Trump-Kim : «On aura au mieux un accord de principe»

Sommet Trump-Kim : «On aura au mieux un accord de principe»
Le dirigeant nord-coréen a quitté Pyongyang pour Singapour le 10 juin.

leparisien.fr, publié le lundi 11 juin 2018 à 07h30

Sommet historique la nuit prochaine à Singapour entre l'Américain Trump et le Nord-Coréen Kim Jong-un. Mais attention, avertit l'expert Mathieu Duchâtel, le désarmement total n'est pas pour demain.

Mathieu Duchâtel est directeur adjoint du programme Asie et Chine du Conseil européen pour les relations internationales (ECFR).

Pourquoi cette rencontre improbable entre Trump et Kim Jong-Un va-t-elle finalement avoir lieu ?

MATHIEU DUCHÂTEL. Parce que chacune des deux parties pense en retirer un gain potentiel. Pour le dirigeant nord-coréen, le gain est déjà acquis. Le seul fait que cette rencontre se tienne, c'est la réalisation d'un objectif de la Corée du Nord qui date de Kim Il-sung, le grand-père de l'actuel président : un tête à tête, sur un pied d'égalité, avec un président américain pour parler paix et sécurité.

C'était déjà l'objectif de son grand-père ?

Oui, c'est un objectif constant pour les Nord-Coréens et Kim Jong-un l'a obtenu sans concession préalable. Les Américains voulaient naguère obtenir auparavant un geste sur la dénucléarisation, c'était la ligne Obama.

Entre Trump et Kim, le courant passe ?

On a l'impression qu'ils se comprennent mieux qu'Obama et Kim Jong-un. Même s'ils se sont un moment insultés avec Trump, il y a entre eux une sorte de respect mutuel. Trump a dit pendant la campagne qu'il était prêt à aller manger un hamburger avec Kim Jong-un et qu'il admirait la manière dont il a réussi à se défaire de la vieille garde.

Les Nord-Coréens sont-ils réellement prêts à renoncer à la bombe atomique ?

Non, bien sûr. Le désarmement « complet, irréversible et vérifiable », selon la formule officielle, n'est pas du tout à l'ordre du jour. On ne peut pas imaginer à Singapour un désarmement unilatéral de la Corée du Nord en échange de quoi que ce soit. Cela ne correspond pas du tout à leur approche ni à l'histoire de leur programme nucléaire. Le mieux que l'on peut espérer, c'est un accord de principe avec une feuille de route pour des négociations. Mais tout accord qui ferait un pas vers le désarmement se heurterait à la question de la vérification, en particulier de celle du démantèlement des capacités d'enrichissement d'uranium. Est-ce que les Nord-Coréens ne vont pas tricher de nouveau comme ils l'ont déjà fait plusieurs fois ?

Quel serait le meilleur scénario pour Singapour ?

Ce serait un accord avec quelques gains immédiats pour l'une et l'autre parties. Et surtout lancer un processus permettant d'avancer vers la dénucléarisation. La photo sera historique, cela pourrait être un tournant mais tout cela est très fragile et réversible.

Trump ne cherche-t-il pas surtout un gain de politique intérieure ?

On ne devrait pas le sous-estimer en pensant qu'il est purement dans une perspective de gagner les élections de mid-term. Le dossier coréen, avec celui de l'Iran, est presque sa priorité aujourd'hui en matière de politique étrangère, celui sur lequel il joue sa crédibilité. Il faut se rappeler que fin 2017 tout le monde dans la région prenait vraiment au sérieux la possibilité de frappes américaines contre les installations de missiles de la Corée du Nord. Il y a chez Trump une volonté d'arriver à quelque chose, même si on ne sait pas jusqu'à quel point c'est précis dans son esprit.

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