Séder confiné: les juifs new-yorkais fêtent la Pâque malgré la pandémie

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Des membres de la communauté juive orthodoxe à Brooklyn, le 8 avril 2020
Des membres de la communauté juive orthodoxe à Brooklyn, le 8 avril 2020
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© AFP, Angela Weiss

, publié le mercredi 08 avril 2020 à 22h48

Matsa, vin et herbes amères ont beau s'être vendus comme des petits pains, les quartiers juifs de Brooklyn étaient étrangement calmes mercredi, avec des sirènes d'ambulance et une procession funèbre pour principales animations, loin de l'ambiance festive habituelle de la Pâque juive.

Avec la pandémie qui ravage l'Etat de New York - épicentre de la maladie aux Etats-Unis, avec plus de 6.200 morts du coronavirus - les juifs new-yorkais se préparaient à vivre un Séder confiné à partir de mercredi soir, début de huit jours de fête de Pessah, marquant l'exode des Hébreux hors d'Egypte et la fin d'un esclavage de plus de 400 ans. 

Quelques heures avant le début de la fête, on sentait le chametz - les aliments au levain interdits pendant la Pâque, que l'on brûle avant la célébration - dans tout le quartier de Crown Heights, en attendant d'allumer les bougies au coucher du soleil.

Quelques membres de la communauté hassidique s'étaient rassemblés, en restant à distance les uns des autres, pour honorer l'un de leurs rabbins les plus éminents, mort à 88 ans des complications du coronavirus. En temps normal, ses funérailles auraient attiré une foule immense.

Mais avec les synagogues fermées, comme tous les lieux de culte, les interdictions de voyager, et de nombreux "anciens" de la communauté hospitalisés, les responsables religieux ont prévenu que la fête serait "inhabituellement difficile".

"En tant que communauté, nous devons faire de notre mieux pour protéger ceux qui sont les plus vulnérables", ont indiqué des responsables communautaires spécialistes des questions sanitaires, en appelant les gens à rester chez eux.

Les beaux-parents de Yigel Niasoff vivent à une rue de chez lui, dans le quartier du siège mondial du mouvement Loubavitch. En temps normal, ils se seraient retrouvés mercredi soir. Cette année, ils resteront chez eux.

Sa mère de 71 ans fêtera Pessah seule: elle a attrapé le virus il y a quelques semaines, et est en quarantaine depuis.

"Pessah se fête en famille et entre amis", explique M. Niasoff, 45 ans, depuis son balcon. "C'est habituellement un bon et joyeux moment. Mais avec la pandémie, c'est un moment très triste."

- "Peste maléfique"

Comme les responsables religieux, le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, a prévenu que l'heure n'était pas aux rassemblements. 

"Nous avons déjà payé ce prix, nous avons appris notre leçon", a-t-il averti, faisant allusion à la façon dont le virus s'était répandu dans la communauté juive en mars, à New Rochelle, au nord de New York, lors des célébrations de la fête de Purim.

Les règles de distanciation sont particulièrement dures pour la communauté orthodoxe qui, pendant les fêtes, interdit à ses membres d'utiliser téléphones ou autres technologies de communication. 

Dans d'autres communautés moins strictes, les responsables organisent cette année des Séder virtuels, permettant de retrouver parents et amis en ligne. 

Mais les responsables des Loubavitch, l'une des principales sectes hassidiques, se sont prononcés contre.

La seule façon de s'en sortir est de "garder la foi", estime M. Niasoff. "Avec un peu de chance, nous vaincrons cette peste maléfique".

Ce père de famille espère que les jeunes seront à la hauteur. "D'habitude, pour les fêtes on se tourne vers les aînés, vers le grand-père (...) Cette fois c'est nous, les papys et mamies". 

"Tout le monde doit y mettre du sien. J'ai prévenu mes enfants l'autre jour, je veux que tout le monde prépare de belles histoires à raconter pour le Séder...On va y arriver, ce sera très bien".

- Commandement divin -

Bien que de nombreux magasins aient fermé ou limité le nombre de personnes pouvant entrer faire leurs courses, beaucoup de commerçants ont fait des heures supplémentaires pour s'assurer que les gens trouveraient ce qu'il faut.

Shlomo Raskin, poissonnier qui continue à livrer à domicile, souligne que "la communauté en général essaie de s'entraider".

"Maintenant, la communauté, c'est le monde entier", dit-il.

Des camions qui servent habituellement de sortes de synagogues ambulantes, à destination des juifs non religieux, ont été transformés en camions de livraison, déposant des boîtes de pain azyme aux portes des nécessiteux.

Jake Dell, propriétaire du célébrissime deli new-yorkais Katz, souligne que les clients sont malgré tout nombreux à acheter boulettes de matzo ou gâteaux au miel.

"On nourrit les gens...On est heureux de continuer à le faire", a-t-il indiqué à l'AFP.

M. Niasoff lui fait valoir que rester vigilant face à l'épidémie est un devoir. 

"Un des commandements dit que nous devons prendre garde...et protéger notre corps", dit-il. "Notre corps appartient à Dieu."

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