Scènes d'apocalypse dans le camp de Yarmouk reconquis par le régime syrien

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Un soldat syrien marche au milieu des décombres à l'entrée du camp palestinien de Yarmouk, à la périphérie sud de la capitale Damas, le 21 mai 2018
Un soldat syrien marche au milieu des décombres à l'entrée du camp palestinien de Yarmouk, à la périphérie sud de la capitale Damas, le 21 mai 2018
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© AFP, LOUAI BESHARA

AFP, publié le lundi 21 mai 2018 à 20h25

Un paysage apocalyptique s'étend du camp de Yarmouk au quartier de Hajar al-Aswad à Damas: au milieu des amas de ruines, des soldats syriens tirent en l'air pour célébrer la victoire après une bataille remportée contre les jihadistes.

Dans les rues, les immeubles témoignent de l'intensité des combats, a constaté un correspondant de l'AFP dans le cadre d'une tournée de presse organisée par le ministère de l'Information.

A certains endroits, les monticules de béton et de pierre bloquent totalement le passage des piétons. Les quelques voitures ayant tenté l'impossible à travers les amas de ruines ont été contraintes de rebrousser chemin.

Des colonnes de fumée se dégagent toujours de certains secteurs, tandis que des voitures et des immeubles sont encore en feu.

Les combats ont été marqués par un déluge de raids aériens et de tirs d'artillerie ayant fait 250 morts parmi les forces prorégime, contre 233 jihadistes et plus de 60 civils tués, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui dispose d'un vaste réseau de sources dans le pays en guerre.

Au milieu de ce chaos, des soldats syriens, aux visages marqués par l'épuisement et couverts de poussière, s'allongent à même le sol. L'un d'eux a la main en sang.

Dans le "quartier 30" du camp de Yarmouk, d'autres soldats ayant investi les lieux après la défaite du groupe Etat islamique (EI), jubilent, affirmant espérer le retour définitif de la sécurité et de la paix à Damas, place forte du régime.

"C'était la dernière bataille. Je me sens très heureux", confie à l'AFP le lieutenant Mohsen Ismail. 

"Damas redeviendra comme avant. J'espère que nous oublierons ces heures d'obus et de sang. La victoire nous fera tout oublier", ajoute ce responsable militaire de 22 ans. 

- "Dormir tranquilles" -

Le régime de Bachar al-Assad a annoncé lundi contrôler "totalement" Damas et ses environs pour la première fois depuis 2012, après avoir chassé les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) de leur dernier réduit dans la capitale syrienne, au terme d'un mois d'une vaste offensive. 

La télévision d'Etat a retransmis, en début d'après-midi, des images de soldats tirant en l'air et agitant des drapeaux syriens pour marquer la victoire. 

"Hier (dimanche), nous étions à l'assaut d'un immeuble. Cinq de mes collègues ont étés tués par des francs-tireurs", raconte Mohsen Ismail.

"La bataille ici était différente de toutes les autres. Ils ont compté davantage sur les suicidaires, qui se faisaient exploser lorsqu'ils étaient coincés pour ne pas capituler", ajoute-t-il. 

"Quand je suis arrivé de Jobar (autre quartier de Damas, ndlr) et que j'ai vu tout cela, je me suis dit que je n'en sortirais pas vivant".

Le lieutenant affirme avoir échappé de justesse à la mort. "J'étais avec un officier au milieu d'un complexe d'immeubles que nous venions de conquérir. Mon collègue a été tué par un franc-tireur qui, par la suite, a visé durant une heure la colonne derrière laquelle je m'étais caché".

"J'ai senti que je vivais les derniers moments de ma vie avant que d'autres soldats réussissent à me tirer de ma cachette", raconte-t-il.

Selon Wissam, un autre soldat âgé d'une vingtaine d'années, la difficulté de la bataille résidait dans l'exiguïté des rues et la proximité des immeubles les uns des autres, en sus d'un grand nombre de francs-tireurs dans cette zone congestionnée.

Mais le plus important selon lui est que "les gens peuvent désormais dormir tranquilles".

La reconquête de l'ultime fief de l'EI à Damas couronne une série de gains territoriaux dans la capitale et ses environs au cours des derniers mois.

Avant le déclenchement du conflit syrien en 2011, quelque 160.000 personnes vivaient à Yarmouk, le plus grand camp de réfugiés palestiniens en Syrie. Seules quelques centaines y résident encore. 

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