Scandale des vaccins: les Chinois piqués au vif

Scandale des vaccins: les Chinois piqués au vif
Une infirmière prépare une injection de vaccin contre la rage, le 24 juillet 2018 dans un centre médical de Huaibei, dans l'est de la Chine
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AFP, publié le mardi 24 juillet 2018 à 12h13

Un énième scandale sanitaire, cette fois-ci autour de vaccins de mauvaise qualité, suscite l'exaspération des Chinois, qui prennent d'assaut les réseaux sociaux pour critiquer l'industrie pharmaceutique et dénoncer une possible affaire de corruption.

Malgré le très étroit contrôle de l'information dans le pays communiste, la révélation il y a plus d'une semaine que la compagnie Changchun Changsheng avait vendu des centaines de milliers de vaccins contre la rage non conformes avait déjà provoqué un tollé.

Mais celui-ci a été décuplé ce weekend lors de la diffusion virale sur les réseaux sociaux d'un article accusant l'entreprise d'avoir corrompu les autorités pour pouvoir écouler ses produits.

Les censeurs de l'internet se sont empressés d'empêcher sa diffusion. Mais des millions d'internautes en colère l'avaient déjà partagé, ainsi que d'autres articles dénonçant les travers du secteur.

En plein scandale, les autorités de la province du Hebei (nord) ont révélé lundi que près de 150.000 personnes avaient reçu un vaccin diphtérie-tétanos-coqueluche de qualité inférieure, produit par une autre entreprise.

Une annonce qui a encore accentué la défiance contre les médicaments chinois. Et poussé les parents inquiets à s'approvisionner en produits étrangers.

"Je ne fais plus confiance aux vaccins fabriqués ici", a déclaré mardi à l'AFP Mme Zhou, une maman qui patientait avec sa fille dans un hôpital pédiatrique de Pékin. 

Elle dit désormais préférer payer des doses importées plutôt qu'utiliser celles fournies par le gouvernement.

A Hong Kong (sud), qui jouit d'une vaste autonomie, une hausse de la demande de vaccins a été constatée dans les hôpitaux, de la part de clients originaires du reste de la Chine, selon des sources médicales.

- 'Odieuses' -

Les autorités s'évertuent désormais à canaliser la crise.

L'administration chargée de la régulation des médicaments et des aliments (CFDA) a assuré -- sans vraiment rassurer -- qu'il n'y avait "absolument aucune nécessité" d'importer des vaccins, car la Chine dispose d'un système "complet" pour garantir leur qualité. 

Le gouvernement a promis de faire tomber des têtes si des négligences étaient avérées.

Et le président Xi Jinping, depuis l'Afrique où il se trouve en déplacement, a dénoncé les pratiques "odieuses et choquantes" de la compagnie pharmaceutique incriminée.

La sécurité des enfants est un sujet explosif en Chine, où la plupart des parents n'ont longtemps eu droit d'avoir qu'un seul bébé, en raison de la politique de limitation des naissances.

L'opinion publique s'était ainsi enflammée en 2008 lors d'un retentissant scandale de lait en poudre infantile frelaté, qui avait tué six enfants et rendu malade 300.000 autres.

Selon de nombreux experts, la Chine améliore progressivement son système de contrôle des médicaments. Mais l'immensité du pays et son manque d'ouverture constituent des difficultés.

- Les autorités crédibles? -

La CFDA a décrété dimanche soir l'arrêt de l'ensemble de la production à l'usine de Changchun Changsheng. La police a interpellé cinq dirigeants de l'entreprise, dont sa PDG.

Et la province du Jilin (nord-est), où la firme est basée, a annoncé mardi une enquête anticorruption pour savoir si des responsables provinciaux étaient impliqués dans d'éventuelles malversations.

Mais le scepticisme semble dominer au sein de la population. Car le gouvernement a déjà fait ces dernières années de nombreuses promesses sans lendemain en matière de sécurité sanitaire.

"Le problème, c'est surtout à qui on confie ces enquêtes", s'indigne un utilisateur du réseau social Weibo. "Si vous enquêtez uniquement sur vous-même, à quel type de conclusion pouvez-vous bien aboutir?"

Après un premier scandale de vaccins en 2016, les autorités avaient arrêté 200 personnes, jurant de s'attaquer à ce que le Premier ministre Li Keqiang décrivait alors comme des "failles réglementaires".

Mais nombre d'internautes restent dubitatifs, pointant l'exemple de Sun Xianze, un haut responsable chargé de la sécurité alimentaire durant le scandale du lait en poudre en 2008.

Il a depuis été promu... directeur adjoint de la CFDA, de hautes fonctions qu'il a assumées jusqu'en début d'année.

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