"Sauvez-nous", crient des Syriens fuyant les bombardements turcs

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 Des Syriens ayant fui les bombardements turcs à Jandairis, dans le nord-ouest de la Syrie, arrivent dans la ville d'Afrine, tenue par les Kurdes, le 25 janvier 2018.

Des Syriens ayant fui les bombardements turcs à Jandairis, dans le nord-ouest de la Syrie, arrivent dans la ville d'Afrine, tenue par les Kurdes, le 25 janvier 2018.

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© AFP, George OURFALIAN

AFP, publié le vendredi 26 janvier 2018 à 14h02

Après s'être caché trois jours dans un sous-sol pour échapper aux bombardements turcs sur le nord-ouest de la Syrie, Merhi Hassan a émergé, sauvé son père des décombres et fui avec toute sa famille vers la ville d'Afrine.

Dans l'urgence, lui et les siens ont récupéré quelques maigres effets dans les ruines de leur maison puis ils se sont entassés avec d'autres dans un pick-up rouillé pour fuir leur ville de Jandairis, située à quelques encablures de la frontière avec la Turquie. 

Destination: la ville d'Afrine, à une vingtaine de kilomètres plus au nord-est. Chef-lieu du canton du même nom, la cité est en effet plus éloignée de la frontière turque et donc des frappes que mène l'armée d'Ankara.

"A cause des bombardements, nous n'avons pas dormi", raconte M. Hassan à son arrivée dans la ville, des larmes au coin des yeux.

Après trois jours terré dans un sous-sol, ce quadragénaire a finalement pris le risque de sortir pour convaincre son père âgé de fuir.

"Il ne voulait pas partir", relate le Syrien. Jusqu'à ce qu'une nouvelle série de bombardements touche à nouveau leur quartier. Il sauve alors son père en l'extrayant d'un amas de vitres brisées par les déflagrations.

- 'Je serais mort' - 

Pour ajouter à la complexité de la guerre qui ravage la Syrie depuis 2011, la Turquie et des rebelles syriens qui lui sont alliés ont lancé le 20 janvier une offensive contre les Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde considérée comme "terroriste" par Ankara, mais alliée des Etats-Unis dans la lutte antijihadistes.

Les YPG contrôlent le canton d'Afrine, frontalier de la Turquie. Ankara voit d'un mauvais oeil cette autonomie de fait de Kurdes liés au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) qui livre une guérilla meurtrière en Turquie depuis 1984.

Depuis près d'une semaine, les localités du canton d'Afrine situées à la frontière sont bombardées et un grand nombre de personnes ont fui pour se réfugier dans la ville éponyme.

"Les roquettes ont frappé tous les quartiers, elles ont touché les générateurs et les boulangeries. Il n'y a plus rien", raconte Merhi Hassan.

"Notre maison est détruite. Celle de nos voisins est détruite. Si je n'avais pas fui, je serais mort", dit-il.

Selon l'ONU, plus de 300.000 personnes vivent dans le canton d'Afrine, dont 120.000 qui ont déjà été déplacées au moins une fois par la guerre dans le pays.

Pour ceux qui, comme la famille Hassan, fuient les localités frontalières, trouver un toit à Afrine relève d'une mission quasi impossible et beaucoup doivent se contenter d'abris de fortune.

- Partis pieds nus -

 

Dans un bâtiment en construction, des femmes et des enfants sont assis sur des matelas posés sur le sol en terre, au milieu de parpaings, de chaussures et de réchauds de camping.

Sans arrêt, des nouvelles familles arrivent avec ce qu'elles ont réussi à emporter: ustensiles de cuisine, nourriture, sacs de vêtements.

Zarifa Hussein et ses enfants n'ont même pas eu le temps de prendre quoi que ce soit. "Nous avons fui notre maison pieds nus et nous avons passé la nuit dans un abri" pour nous protéger des bombes.

Enceinte, elle a été touchée par un parpaing en quittant son domicile visé par un bombardement. "Nous avons voulu aller récupérer des affaires, mais nous avons trouvé notre maison démolie".

Dans le plus grand hôpital de la ville d'Afrine, Arze Sido veille nerveusement sur son fils, immobile et le bras perfusé.

Arze, son fils blessé, ses deux filles et sa belle-mère ont fui la ville frontalière de Midan Akbas en début de semaine pour rejoindre des proches à Afrine.

"Mon fils voulait aller chercher du pain, mais je lui ai dit, 'reste ici, il y a des bombardements'", raconte Arze. "Au moment où il allait finalement en chercher, l'armée turque nous a bombardés et nous avons dû le sortir des décombres et l'emmener à l'hôpital. Il y est depuis trois jours".

Pour Joumaa Hassan Hassoun, les grandes puissances devraient intervenir pour arrêter l'attaque turque. "J'ai fui avec ma femme et mes enfants, sept filles et deux garçons", raconte cet homme de 56 ans originaire de Jandairis.

"Nous voulons que le monde entier entende nos voix qui crient: 'sauvez-nous de tout ça'!"

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