Sahel : Emmanuel Macron promet une action pour "décapiter" les groupes affiliés à Al-Qaïda

Sahel : Emmanuel Macron promet une action pour "décapiter" les groupes affiliés à Al-Qaïda
Emmanuel Macron en visioconférence à Paris lors du sommet du G5 Sahel le 16 février 2021.

publié le mardi 16 février 2021 à 12h36

Le chef de l'Etat a appelé mardi 16 février lors du sommet du G5 Sahel de N'Djamena à renforcer la lutte contre Al-Qaïda et au retour de l'Etat sur les territoires délaissés de la région.



Depuis lundi 15 février, la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad et la France sont réunis en sommet pour faire le point sur la lutte antijihadiste dans la région du Sahel, où Paris voudrait voir ses alliés assumer le relais militaire, mais aussi politique.  Un an après le sommet de Pau, "nous avons réussi à obtenir de véritables résultats dans la zone des trois frontières", entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso, et le principal groupe visé, l'organisation Etat islamique au grand Sahara (EIGS), "a perdu son emprise et subit de nombreuses pertes", a salué Emmanuel Macron mardi lors d'une intervention en visioconférence depuis Paris. 

Mais les organisations affiliées à Al-Qaïda, le GSIM (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans) et la katiba Macina, "dont la plus haute hiérarchie continue à nourrir un agenda jihadiste", constituent toujours une menace au Sahel, a souligné le président français en promettant "une action renforcée" pour "essayer d'aller décapiter ces organisations". Il a dans la foulée salué la décision annoncée la veille par le président tchadien Idriss Déby Itno d'envoyer 1.200 soldats dans cette zone des "trois frontières".

C'est "une décision forte et courageuse qui viendra conforter la force du G5 Sahel", a-t-il commenté.

Par ailleurs, "la mobilisation internationale en faveur du Sahel n'a au fond jamais été aussi puissante", a fait valoir le locataire de l'Elysée en remerciant les pays européens participant au nouveau groupement de forces spéciales Takuba, "qui acceptent ainsi de mutualiser le risque du sacrifice ultime que prennent nos soldats".

"Une impulsion au plus haut niveau de l'Etat" réclamée

Au-delà du volet militaire, le président français a insisté sur la nécessité de "donner une perspective aux populations du Sahel", en appelant à un "deuxième sursaut : celui du retour de la sécurité et des services aux populations" et en réclamant "une impulsion au plus haut niveau de l'Etat" pour réinvestir les territoires délaissés de la région.

"C'est par le collectif et l'action concrète sur le terrain que nous réussirons. La France continuera d'y prendre sa part parce que je sais que chacun est ici mobilisé", a-t-il conclu.

Les effectifs de Barkhane maintenus

la France ne comptait pas réduire "dans l'immédiat" les effectifs de son opération antijihadiste Barkhane, a par ailleurs précisé Emmanuel Macron. "Des évolutions sans doute significatives seront apportées à notre dispositif militaire au Sahel en temps voulu mais elles n'interviendront pas dans l'immédiat", a-t-il précisé. "Un retrait français, retirer massivement les hommes, qui est un schéma que j'ai étudié, serait une erreur", a-t-il ajouté. 

Paris envisageait il y a encore quelques semaines d'amorcer un retrait dès ce début d'année en rappelant les 600 soldats envoyés en renfort au Sahel il y a un an. L'opération antijihadiste française Barkhane mobilise actuellement 5.100 soldats. Emmanuel Macron a estimé qu'"il serait paradoxal d'affaiblir notre dispositif au moment où nous disposons d'un alignement politique et militaire favorable à la réalisation de nos objectifs"

Le président français a cependant ouvert la voie à une baisse progressive de la présence militaire française. "Dans la durée et au delà de l'été, je souhaite qu'on travaille avec nos partenaires pour une évolution de notre présence", ininterrompue depuis huit ans au Sahel, a-t-il insisté.


Des succès, mais le tableau reste sombre

Le sommet de N'Djamena a lieu un an après celui de Pau, qui, devant la menace d'une rupture sous les coups de boutoir jihadistes, avait débouché sur un renforcement militaire dans la zone des "trois frontières" et l'envoi de 600 soldats français supplémentaires, les faisant passer de 4.500 à 5.100.

En dépit des succès tactiques revendiqués, le tableau demeure très sombre au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Plus de huit ans après le début de la crise, quasiment pas un jour ne passe sans une attaque armée, l'explosion d'une mine artisanale ou des exactions contre les civils. La barre des deux millions de déplacés a été franchie en janvier.

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