Robert Mueller, le procureur silencieux qui a fait trembler Trump

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Le procureur spécial Robert Mueller quitte l'église Saint John, proche de la Maison Blanche, le dimanche 24 mars à Washington
Le procureur spécial Robert Mueller quitte l'église Saint John, proche de la Maison Blanche, le dimanche 24 mars à Washington
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AFP, publié le mercredi 29 mai 2019 à 19h49

Robert Mueller a dérogé mercredi à son image de procureur spécial mutique en sortant de son silence, pour la première et sans doute dernière fois, sur l'ultra-sensible enquête russe qui a fait trembler la Maison Blanche pendant près de deux ans.

Sa déclaration, dans une salle sans âme du ministère de la Justice, est fidèle à sa réputation: précise et factuelle. Mais une voix tremblante et quelques tics trahissent l'émotion de ce haut-fonctionnaire de 74 ans, qui annonce son départ du ministère pour retourner "à la vie privée".

"Je parle aujourd'hui car notre enquête est terminée", rappelle-t-il, en référence au rapport rendu public par le ministre de la Justice, Bill Barr, dans une version expurgée mi-avril.

Reprenant les principales lignes du pavé de 448 pages, il laisse le soin au Congrès de décider de la suite.

Et malgré les demandes des parlementaires, il n'en dira pas plus devant eux. "Le rapport est mon témoignage", dit-il pour couper court à toute audition.

- Dans l'ombre -

Pendant 20 mois, Robert Mueller a fait peser une menace silencieuse sur le locataire de la Maison Blanche sans jamais dévoiler les éléments dont il disposait.

Indifférent au vacarme politique et médiatique, le procureur spécial a tiré méthodiquement sur tous les fils à sa disposition pour faire émerger la vérité et a réussi à préserver le respect qu'il inspire et qui transcende les camps partisans.

Né en août 1944, Robert Mueller n'a que deux ans de plus que Donald Trump. Comme lui, il est républicain, né dans une famille aisée du Nord-Est américain, et a fréquenté des écoles prestigieuses. La comparaison s'arrête là.

Autant le président est flamboyant, voire outrancier, omniprésent dans les médias, autant Robert Mueller affiche une austérité calculée.

Eternel costume sombre, cheveux blancs bien coiffés, il ne cherche pas à attirer les regards. En 2008, lors d'un discours pour les 100 ans du FBI, il cite le tennisman noir Arthur Ashe, pour qui "le vrai héroïsme est remarquablement sobre et très peu spectaculaire". 

A la tête de l'enquête russe, Robert Mueller a toujours pris soin de rester dans l'ombre, s'exprimant par l'entremise de documents judiciaires largement protégés par le secret.

Il déléguait les audiences à ses lieutenants. Jamais il n'a communiqué avec la presse, laissant son porte-parole livrer de laconiques "pas de commentaire".

Sa boussole? La vérité. "Un jour, il m'a dit: +quoi que tu révèles, sois bien sûr que ce soit vrai+", a raconté au magazine GQ un de ses anciens subordonnés au FBI, John Miller. 

Le président Trump s'est gardé de l'attaquer frontalement, même s'il a dénoncé en boucle une injuste "chasse aux sorcières". Il lui a bien reproché d'être "hors de contrôle" ou d'être "partial", mais sans la virulence qui caractérise souvent ses tweets.

- Unanimement respecté -

Robert Mueller est un ancien officier des Marines, médaillé pour sa bravoure lors de la guerre au Vietnam -- une autre différence avec Donald Trump, exempté pour raisons médicales. Il a ensuite consacré sa vie au service public.

Après des études de droit, Robert Mueller a notamment servi comme procureur fédéral, enquêtant avec la même ténacité contre le gang des Hells Angels, la mafia ou des banquiers malhonnêtes.

En tant que numéro deux du ministère de la Justice sous la présidence de George Bush père, il a notamment supervisé l'enquête sur l'attentat contre un avion de la Pan Am au-dessus de Lockerbie (Ecosse), qui avait tué 270 personnes en 1988.

Nommé à la tête de la puissante police fédérale américaine une semaine avant les attentats du 11 septembre 2001, Robert Mueller avait menacé de démissionner trois ans plus tard si le président George Bush fils persistait avec un programme d'écoutes extra-judiciaires controversé.

En 2011, à l'expiration de son mandat après dix ans de service, le président démocrate Barack Obama lui avait demandé de rester deux ans supplémentaires. Une extension approuvée à l'unanimité par les sénateurs, preuve du respect unanime pour sa personne.

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