Révélations sur les tentaculaires réseaux d'influence chinois à travers le monde

Révélations sur les tentaculaires réseaux d'influence chinois à travers le monde©Pixabay (photo d'illustration)

publié le lundi 20 septembre 2021 à 11h19

L'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (Irsem) a publié un rapport de 650 pages sur les impressionnants réseaux d'influence de la Chine dans le monde, rapporte Radio France.

C'est à en rester bouche bée. En quelques années, la Chine a tissé, telle une toile, d'immenses réseaux d'influence.

L'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (Irsem) s'est penché sur ce sujet et a publié un rapport de 650 pages, consulté en avant-première par Radio France. Dans un article publié lundi 20 septembre, elle met l'accent sur des opérations chinoises de désinformation. Elles ont été menées grâce à des réseaux marqués par une professionnalisation ultra-rapide. En plus des relais classiques et légaux, comme les diasporas, les diplomates, les universités ou bien encore le cinéma, la Chine recourt également à des opérations de désinformation à grande échelle. Parfois, des millions de personnes sont impliquées dans la propagation de fake news.



Pour ce faire, la Chine dispose d'un quartier général des opérations d'influence : la base 311 de l'Armée populaire. Basée à Fuzhou dans le sud du pays, elle se cache derrière l'adresse d'une piscine voisine. Forte de neuf unités identifiées par le rapport, elle mène des opérations d'influence via des stations de radio, des maisons d'édition, des universités. Encore plus monumentale, liste Radio France. Pour parvenir à ses fins, elle n'hésite pas à rémunérer des anonymes. Cette armée de trolls touche de quelques centimes à l'équivalent de quelques dizaines d'euros pour propager de fausses informations.

Des trolls professionnels

Le rapport chiffre à deux millions le nombre de citoyens chinois payés à temps plein pour relayer la propagande de Pékin. Ils seraient quelque 20 millions à œuvrer à temps partiel, au gré des besoins. Une quantité suffisante pour inonder les réseaux sociaux et donner l'illusion qu'il s'agit de mouvements spontanés. En plus d'internautes, la Chine peut compter sur de nombreux sites, comme ceux des réseaux Qiqi et Happytify, indique Radio France. L'empire du Milieu a aussi externalisé des centaines de "fermes de contenus". En Malaisie, notamment.

C'est grâce à ses réseaux qu'en mars 2020, le pouvoir chinois a monté une opération de désinformation pour accuser les États-Unis d'être à l'origine de la pandémie de Covid-19. Celle-ci s'appuyait sur les travaux fictifs d'un "scientifique" renommé Larry Romanoff. Selon le rapport, si ce dernier existe, le Canadien fait, en fait, de l'import-export à Calgary et est notamment connu pour avoir créé un site conspirationniste à Shanghai.

Des liens avec la fondation de Jean-Pierre Raffarin

Parmi les cibles favorites de la Chine, qui multiplie les actions contre Taïwan et le Canada, la Suède doit son statut à son positionnement géographique. Elle est la porte d'entrée vers l'Arctique et l'Europe, mais aussi à ses secteurs technologiques de pointe ou à son image de pays modèle. Selon le rapport, la France n'est pas une priorité pour la Chine, même si elle garde un œil attentif sur la Nouvelle-Calédonie. Les réseaux chinois mettraient bien cette zone sous leur coupe, et du même coup, ses ressources de nickel, indique Radio France. Pour autant, Pékin dispose de liens étroits avec certaines maisons d'édition, fondations ou think tanks basés dans l'Hexagone. Notamment, la maison d'édition La Route de la Soie et sa revue Dialogue Chine France, qui est éditée par un organisme lié au Parti communiste chinois. La fondation Prospective et Innovation présidée par Jean-Pierre Raffarin, le think tank Iris qui, sur certains événements ponctuels, n'hésitent pas non plus à relayer les positions de Pékin.

Pour mettre un pied sur le continent africain et s'y trouver des alliés, la Chine a enfin opté pour une autre méthode. Au cours des cinquante dernières années, les compagnies chinoises ont construit ou rénové 186 bâtiments gouvernementaux en Afrique, notamment en Namibie, en Angola, au Ghana, en Ouganda. 24 palais présidentiels ou de Premiers ministres ont profité des faveurs chinoises. Le rapport liste également des créations de réseaux de télécommunication gouvernementaux sensibles et l'équipement en informatique de 35 gouvernements.

Pourtant, selon les auteurs du rapport, la stratégie chinoise tous azimuts est souvent inefficace, voire contre-productive. Le choix de l'agressivité ternit son image de manière durable à l'étranger, même si la priorité de Pékin reste l'entière maîtrise de la situation à l'intérieur du pays.

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