Rencontre Kim Jong-un - Trump : ce que signifie la mise en garde de la Corée du Nord

Rencontre Kim Jong-un - Trump : ce que signifie la mise en garde de la Corée du Nord
Les deux dirigeants doivent se rencontrer le 12 juin.

leparisien.fr, publié le mercredi 16 mai 2018 à 17h05

Pyongyang a annoncé qu'elle pourrait « reconsidérer » sa participation à la rencontre prévue entre les deux dirigeants.

Rendez-vous était pris le 12 juin. Mais le sommet historique entre Donald Trump et Kim Jong-un aura-t-il bien lieu ? Mercredi, le ministre adjoint des Affaires étrangères nord-coréen, Kim Kye Gwan, a laissé entrouverte la possibilité d'annuler cette rencontre, estimant qu'il était possible de « reconsidérer la question ».

Si l'administration américaine « nous met au pied du mur et exige unilatéralement que nous renoncions à l'arme nucléaire, nous n'aurions plus d'intérêt pour des discussions », a-t-il fait valoir auprès de l'agence officielle KCNA. Au point de les clore avant même de les avoir ouvertes ? Pas si simple.

Selon les experts de la péninsule coréenne, ce revirement ne remet fondamentalement pas en cause la rencontre des deux dirigeants. « C'est une tactique diplomatique », estime Kim Hyun-wook, professeur à l'Académie diplomatique nationale de Corée, pour qui cette « politique du précipice » servirait d'abord à infléchir la position américaine dans les négociations qui entourent le sommet.

Une « posture diplomatique »

Les crispations concernent notamment « la dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible » de la Corée du Nord exigée par les Etats-Unis. « Fin janvier, Pyongyang avait annulé une réunion intercoréenne... finalement déplacée deux jours plus tard. C'est une posture diplomatique finalement assez classique du pouvoir coréen », rappelle Antoine Bondaz, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique et enseignant à Sciences Po, interrogé par le Parisien.

Cette mise en garde intervient néanmoins alors que des responsables américains martelaient récemment que la politique américaine des « pressions maximum » sur Pyongyang avait fini par contraindre le régime coréen à discuter.

Ce ton « triomphaliste » pourrait avoir sincèrement irrité le Nord, analyse Joshua Pollock, de l'Institut Middlebury des études internationales. « Les Nord-Coréens sont mécontents de ce qu'ils voient et entendent, affirme-t-il. Il y a toujours un gouffre béant entre les attentes de Pyongyang et celles de Washington. »

« Je ne peux réprimer mon indignation »

Le ministre nord-coréen a notamment tiré à boulets rouges sur le conseiller américain à la Sécurité nationale, John Bolton. Celui-ci avait évoqué le « modèle libyen » pour la dénucléarisation du Nord. Or le leader libyen Mouammar Khadafi avait été tué lors d'un soulèvement soutenu par des bombardements de l'Otan justement après avoir renoncé à son programme atomique...

Il s'agit d'une « tentative sinistre d'imposer à notre digne Etat le destin de la Libye et de l'Irak », a fustigé Kim Kye Gwan. « Je ne peux réprimer mon indignation [...] et suis contraint de douter de la sincérité » des Etats-Unis, a-t-il ajouté.

En visant le secrétaire d'Etat, Pyongyang « montre qu'elle sera beaucoup moins conciliante avec la ligne dure défendue par John Bolton qu'elle pourrait l'être avec d'autres personnalités du pouvoir américain identifiées comme plus tempérées, comme le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo », estime Antoine Bondaz.

Rejeter la faute sur les Etats-Unis

« Le fait que l'avertissement vienne d'un ministre, et non de Kim Jong-un lui-même, et que les critiques se concentrent sur un conseiller américain plutôt que sur Donald Trump, accréditent d'ailleurs l'idée que les discussions ne sont pas encore rompues », ajoute-t-il.

Reste que si les négociations venaient à tourner court, les récents avertissements de Pyongyang pourraient servir à rejeter plus facilement la responsabilité de cet échec sur les Etats-Unis. D'autant que la Corée du Nord n'a pas lésiné pour multiplier les signes d'ouverture ces derniers temps.

Après s'être rendu en Chine pour son premier déplacement officiel, fin mars, Kim Jong-un a rencontré son homologue sud-coréen, Moon Jae-in, un mois plus tard. Ce que n'avait pas tardé à applaudir... Donald Trump. « Les Etats-Unis et le peuple américain devraient être très fiers de ce qui se passe en Corée », avait alors commenté le locataire de la Maison-Blanche sur Twitter.

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