Relance de la zone euro : Merkel répond à Macron huit mois après

Relance de la zone euro : Merkel répond à Macron huit mois après
Le 10 mai Emmanuel Macron a reçu le prix Charlemagne des mains d'Angela Merkel à Aix-la-Chapelle (Allemagne). Une distinction qui couronne ceux qui s'engagent pour « l'unification européenne ».

leparisien.fr, publié le dimanche 03 juin 2018 à 19h26

La chancelière a lâché un peu de lest sur la zone euro. Un tournant dans la position allemande, selon l'Elysée.

Huit mois après les propositions formulées par Emmanuel Macron pour relancer l'Europe, Angela Merkel a détaillé dimanche sa réponse au gouvernement français sur l'avenir de la zone euro, en acceptant un budget d'investissement limité au moment où un gouvernement eurosceptique s'installe au pouvoir en Italie.

La chancelière «se rapproche des vues françaises» sur la réforme de l'Union européenne et de la zone euro, s'est félicité l'Elysée dimanche. Les deux chefs d'Etat, qui se verront en marge du G7 au Canada des 8 et 9 juin, ont prévu de présenter une feuille de route commune de réforme de l'Europe lors du sommet européen des 28 et 29 juin.

La chancelière allemande a profité d'une interview à l'édition dominicale du quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung pour lever une grande partie du voile, à moins d'un mois d'un sommet européen sur le sujet. Elle convient qu'il faut une plus grande convergence économique entre Etats membres au sein de la zone euro. Elle accepte le principe de deux mécanismes limités d'entraide entre pays de la zone euro : un budget d'investissement et un système nouveau de prêts pour les Etats en difficultés. «Peu à peu», a titré Der Spiegel, en français dans le texte.

Merkel disposée à discuter avec Conte. La chancelière s'est dite dans ce contexte « tout à fait disposée à parler avec le nouveau gouvernement italien dirigé par Giuseppe Conte des moyens d'aider davantage de jeunes à trouver un travail », alors que leur taux de chômage est très élevé en Italie. A cet égard, le milliardaire américain George Soros a appelé l'Europe à aider l'Italie plutôt qu'à lui donner des leçons, dans une lettre publiée dimanche dans le Corriere della Sera. « L'UE fait face à un grand nombre de problèmes mais l'Italie est devenu le plus pressant », a-t-il mis en garde.

Des investissements, oui mais limités. Angela Merkel fixe un cadre strict au budget dédié aux investissements. La chancelière a mentionné un montant « limité à deux chiffres en milliards d'euros », soit quelques dizaines de milliards d'euros. Très loin des souhaits de départ du président français. Emmanuel Macron avait l'an dernier appelé de ses vœux un budget équivalant à « plusieurs points du PIB de la zone euro », soit plusieurs centaines de milliards d'euros. Mais l'opinion allemande redoute de devoir payer au final pour les pays trop dispendieux.

Berlin redoute toujours une « union de l'endettement ». L'arrivée au pouvoir en Italie d'un gouvernement formé d'un parti d'extrême droite (la Ligue) et d'un mouvement antisystème (M5S) n'a pas arrangé les affaires du chef de l'Etat français car elle renforce l'appréhension de l'Allemagne. Sous pression de son opinion, et elle-même fragilisée politiquement pour son quatrième mandat, Angela Merkel a ainsi fixé sa ligne rouge pour réformer la zone euro. « La solidarité entre partenaires de la zone euro ne doit jamais conduire à une union de l'endettement », a-t-elle prévenu.

Un Fonds monétaire européen et des prêts à plus court terme. La chancelière a détaillé dans ce cadre la proposition allemande d'un Fonds monétaire européen (FME), qui viendrait en aide aux pays en difficultés, en échange toutefois d'une surveillance étroite. « Nous voulons nous rendre un peu indépendants du Fonds monétaire international (FMI) », a-t-elle expliqué, avec « la possibilité d'une ligne de crédit à plus court terme, cinq ans par exemple » pour les pays confrontés à des crises d'origine extérieure, a souligné la chancelière. En contrepartie, les pays concernés devraient accepter - comme pour le FMI aujourd'hui - que ce FME ait un droit de regard et d'intervention dans leurs politiques nationales.

L'Elysée salue un mouvement positif. «C'est un mouvement positif qui témoigne de l'engagement européen de la chancelière et de son gouvernement », s'est réjoui l'Elysée. « C'est la seule voie possible pour renforcer la zone euro et l'Union européenne. Nous y restons pleinement engagés avec le même niveau d'ambition ».

Un pas aussi vers une Europe de la défense. Angela Merkel a lancé une autre branche d'olivier à Emmanuel Macron dans le domaine militaire, en se disant « favorable » à sa proposition de force commune européenne d'intervention. Berlin s'est montré pendant longtemps sceptique sur le sujet, en raison de son atlantisme traditionnel et du mauvais état de son armée nationale, chroniquement sous-équipée.

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