Bizutage mortel en Belgique: 18 étudiants condamnés à des travaux d'intérêt général

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Un des prévenus et son avocat, Me Frédéric Thiébaut, arrivent au palais de justice de Hasselt, en Belgique, pendant le procès en première instance le 22 avril 2022
Un des prévenus et son avocat, Me Frédéric Thiébaut, arrivent au palais de justice de Hasselt, en Belgique, pendant le procès en première instance le 22 avril 2022
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© AFP, ERIC LALMAND, BELGA

publié le vendredi 26 mai 2023 à 15h00

Le calvaire de Sanda Dia, mort en 2018 des suites de son bizutage après avoir bu de l'huile de poisson, avait ému la Belgique. Dix-huit camarades de l'étudiant ont été condamnés vendredi à des travaux d'intérêt général pour coups et blessures ayant involontairement entraîné la mort.

Des peines allant de 18 à 50 mois de prison avaient été réclamées en mars, lors du procès devant la cour d'appel d'Anvers (nord).

Mais la cour a été plus clémente, écartant notamment la prévention d'"administration de substance nocive ayant entraîné la mort".

Une référence à la mixture très salée à base d'huile de poisson qu'avait dû ingurgiter le "bizut", et dont les médecins ont estimé qu'elle était la cause de l'œdème cérébral fatal.

La décision a été accueillie par la famille Dia avec "soulagement" et "frustration", selon les mots de Sven Mary, avocat du père.

Lors du procès, ce dernier, Ousmane Dia, avait dit que mettre les coupables en prison "ne lui rendra(it) pas son fils", a rappelé l'avocat.

"Mais il reste un grand vide et des questions auxquelles la famille n'aura jamais de réponse", a déploré Me Mary. Il a fustigé l'"omerta" qui a régné durant toute la procédure au sein du cercle étudiant Reuzegom à l'origine de ce bizutage.

Anversois né d'un père mauritanien, Sanda Dia, 20 ans, entamait ses études d'ingénieur à la prestigieuse université catholique de Louvain (KU Leuven) à l'automne 2018.

Le 4 décembre, au lendemain d'une épreuve de vente de roses dans la rue dont il était ressorti mal classé, il avait dû ingurgiter une quantité phénoménale d'alcool.

L'enquête a montré qu'après plusieurs bières, il avait bu à lui seul un litre de gin, et que l'objectif était de ne pas le laisser désaoûler. Le robinet du lavabo de son appartement de Louvain avait été scellé au ruban adhésif pour l'empêcher de s'hydrater.

Le lendemain, les épreuves s'étaient poursuivies autour d'un chalet isolé de la périphérie d'Anvers. Cette fois, le "bizut" devait séjourner dehors dans le froid dans un trou rempli d'eau glacée, après avoir avalé cette mixture à base d'huile de poisson.

Quand Sanda Dia est admis le 5 décembre au soir aux urgences d'un hôpital proche, la température de son corps est tombée à 28,7 degrés, une hypothermie rendant "toute prise de sang impossible", a raconté lors du premier procès en 2021 un des médecins l'ayant examiné.

Il est rapidement transféré en soins intensifs dans un autre hôpital, où son décès est constaté le 7 décembre. L'œdème cérébral fatal résulte de teneurs en sodium anormalement élevées dans son corps, dit le dossier médical.

- "Peines de travail" -

En définitive les 18 étudiants renvoyés en correctionnelle deux ans après les faits sont tous reconnus coupables de "coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner".

Ils écopent selon les cas de 200, 250 ou 300 heures de travaux d'intérêt général --des "peines de travail" selon la terminologie belge--, ainsi que de 400 euros d'amende, sans compter les milliers d'euros de dommages et intérêts dus aux parties civiles.

Outre l'administration de substance nocive, la cour a aussi écarté la prévention de "non assistance à personne en danger".

Les membres de Reuzegom, fraternité aujourd'hui dissoute, "ont fait le nécessaire dès qu'ils ont vu qu'il (Sanda Dia) était en danger", a commenté une porte-parole de la cour d'appel citant les motivations de l'arrêt.

Après l'épisode du puits d'eau glacée, "ils lui ont donné des vêtements secs, ont essayé de le réchauffer", a affirmé cette porte-parole. 

Entamé à l'automne 2021 à Hasselt (nord-est), le procès en première instance avait été suspendu au printemps 2022 et délocalisé à Anvers.

Le tribunal correctionnel de Hasselt ne s'estimait compétent que pour les événements survenus dans le chalet de la région anversoise, pas ceux de Louvain la veille.

Sven Mary a salué vendredi le fait que la cour d'appel ait donné raison à la famille en réexaminant le dossier de A à Z. "L'horreur, il faut la voir dans son entièreté", disait-il à l'AFP en avril 2022.

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