Primaires américaines : difficile unité républicaine autour de Donald Trump

Primaires américaines : difficile unité républicaine autour de Donald Trump
Après le retrait de ses deux derniers adversaires, Donald Trump devrait engranger la plupart des délégués restants à attribuer lors des neuf dernières primaires, jusqu'au 7 juin.

Orange avec AFP, publié le vendredi 06 mai 2016 à 08h35

Le milliardaire Donald Trump est désormais seul en course pour le ticket républicain à la Maison Blanche mais sa campagne a totalement divisé son camp. Le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, et la famille Bush refusent de le soutenir.

Donald Trump a quasiment remporté l'investiture - après le retrait de ses deux derniers rivaux Ted Cruz et John Kasich - mais sa victoire est loin d'être un sacre.

Pour mener la bataille contre Hillary Clinton, candidate probable des démocrates, Donald Trump devra rassembler son camp. Mardi, le président du parti républicain, Reince Priebus, a appelé son camp à se rassembler derrière le milliardaire pour battre les démocrates. Mais l'unité est loin d'être acquise : le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a déjà conditionné son soutien à la capacité du candidat à "faire plus pour unifier le parti et ensuite séduire tous les Américains, quelle que soit leur origine, et une majorité d'indépendants". "Pour être tout à fait franc avec vous, je ne suis pas encore prêt" à soutenir Donald Trump, a déclaré Paul Ryan jeudi sur CNN. "Peut-être que dans le futur, nous pourrons travailler ensemble et nous mettre d'accord sur ce qui est le mieux pour le peuple américain", a réagi Donald Trump. Mais "je ne suis pas prêt à soutenir le programme de Paul Ryan".

Outre Paul Ryan, de nombreux républicains - des modérés comme des conservateurs - refusent absolument de se ranger derrière Donald Trump, ce qui pourrait se révéler problématique s'ils boudaient les urnes en novembre. Les anciens présidents américains George W. Bush (2001-2009) et son père George H. W. Bush (1989-1993) ont également refusé de se rallier derrière Donald Trump, échaudés par les attaques lancées par le milliardaire contre leur frère et fils Jeb Bush. Ce dernier, ancien gouverneur de Floride, s'était lancé dans la course à la Maison Blanche avec le costume de favori dans son camp, mais a dû jeter l'éponge en février, après une succession de débâcles à la fois dans les urnes et lors des débats.


DES RÉPUBLICAINS PRÊTS À VOTER CLINTON

Le candidat de 69 ans a malgré tout reçu mercredi soir le soutien du chef de file républicain au Sénat Mitch McConnell, qui a estimé que la priorité était "d'empêcher ce qui serait de fait un troisième mandat pour Barack Obama". Certains ex-détracteurs républicains ont déjà mangé leur chapeau, comme l'ancien gouverneur de Louisiane Bobby Jindal qui traitait Donald Trump de narcissique égocentrique l'année dernière. Mais d'autres républicains n'entendent pas être passifs et promettent de résister jusqu'au bout à Donald Trump, quitte à voter pour Hillary Clinton.

"Le parti républicain va investir un type qui lit le National Enquirer et croit que c'est de son niveau", a par exemple écrit Mark Salter, ancien conseiller du sénateur John McCain, dans un tweet très repris (le National Enquirer est un grand tabloïde américain). "Je suis avec elle", a-t-il ajouté, en reprenant l'expression fétiche des pro-Clinton.

LES "NEVER TRUMP" VONT CONTINUER À SE MOBILISER

Depuis mardi, des républicains envahissent ainsi Twitter pour jurer de ne jamais voter pour Donald Trump, certains brûlant leur carte électorale, comme Lachlan Markay, un journaliste conservateur. "Je me suis officiellement désinscrit en tant que républicain", a annoncé Philip Klein, rédacteur en chef de la revue conservatrice Washington Examiner. Erick Erickson, un auteur conservateur très influent, a éreinté Donald Trump mercredi pour "avoir soutenu des nationalistes blancs et des colporteurs de racisme". Mais il s'en est aussi pris au parti pour n'être pas parvenu à "placer une limite" contre les déclarations d'intolérance du candidat. "Pourquoi le parti républicain n'a-t-il pas dit que c'était inacceptable?", a-t-il écrit sur le site "The Resurgent", déclarant qu'il n'aiderait pas les électeurs à "commettre un suicide national".

Le parti républicain se retrouve ainsi face au dilemme de devoir soutenir son porte-flambeau à la présidentielle, tout en apaisant le mouvement du "tout sauf Trump". La publication "The Hill" a recensé une centaine de personnalités républicaines s'étant publiquement engagées à ne pas voter pour Donald Trump, dont les sénateurs Lindsey Graham et Ben Sasse, ou le représentant Justin Amash et Mitt Romney, candidat à la présidentielle de 2012 battu par Barack Obama. Ben Sasse s'est dit ouvert mercredi à la possibilité d'un candidat tiers, qui représenterait les valeurs conservatrices en novembre.

Le mouvement "NeverTrump" ("Jamais Trump") a annoncé qu'il continuerait à se mobiliser, notamment pour aider les candidats républicains au Congrès qui souhaiteraient se distinguer du milliardaire dans l'esprit des électeurs. Si Donald Trump adoucissait réellement son ton pour devenir, comme il le dit, "plus présidentiel", il est probable qu'une partie des républicains sceptiques reviendraient au bercail dans les six prochains mois. Mais certains assurent être perdus pour de bon. "Je voterai sans doute pour Gary Johnson", le candidat du parti libertaire, a expliqué le consultant conservateur Brad Marston. "Je ne trouve plus ma place dans le parti républicain actuel".

"J'AIME LES HISPANIQUES !"

Donald Trump a tenté jeudi d'amadouer les électeurs hispaniques en postant sur les réseaux sociaux une photo de lui-même mangeant un taco, avec pour légende "J'aime les Hispaniques!". Les Américains d'origine hispanique sont un électorat de plus en plus important aux États-Unis. Mais les sondages montrent qu'environ trois quarts d'entre eux ont une opinion défavorable du milliardaire, qui a insulté les immigrants mexicains l'an dernier en les traitant notamment de "violeurs". Il a également promis d'expulser des millions d'immigrés sans papiers, en grande majorité originaires d'Amérique latine, et de construire un mur le long de la frontière avec le Mexique pour endiguer l'immigration clandestine et l'importation de drogues.

Dans les minutes qui ont suivi, sa probable adversaire démocrate Hillary Clinton a répliqué. Faisant référence directement à la déclaration d'affection de Donald Trump pour les Hispaniques, elle a ajouté une citation du milliardaire mercredi sur NBC où il disait qu'"ils vont tous être expulsés". Elle a ajouté un tweet en espagnol qualifiant la politique étrangère de Donald Trump d'"irresponsable".

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