Près de Manchester, lassitude et confusion face aux restrictions anti-Covid

Chargement en cours
Des clients dans un pub de Leigh, dans le Grand Manchester, en Angleterre, le 22 octobre 2020
Des clients dans un pub de Leigh, dans le Grand Manchester, en Angleterre, le 22 octobre 2020
1/4
© AFP, Oli SCARFF

, publié le vendredi 23 octobre 2020 à 18h39

"Je préfère mourir avant plutôt que ne pas voir mes enfants !" Pour Barry, retraité attablé dans un pub de l'agglomération de Manchester, la dernière bière avant l'entrée en vigueur des dernières restrictions contre le coronavirus a un goût particulièrement amer.

Dans ce bastion travailliste arraché pour la première fois par les conservateurs lors des dernières élections, comme une partie du "Red Wall", cette zone autrefois ouvrière du nord de l'Angleterre, le soutien au gouvernement de Boris Johnson s'émousse.

Cette région défavorisée fait partie des premières où ont été imposées, dès l'été, des premières règles locales face à la résurgence du virus. Au sein d'une population qui se sent déjà souvent méprisée par Londres, lassitude et confusion montent, l'étau ne cessant de se resserrer.

Depuis vendredi, les pubs de Manchester ne peuvent servir à boire qu'aux clients qui prennent un repas. Salles de jeux et de sport ferment et les rencontres entre membres de foyers différents sont proscrites.

"J'en ai absolument ras-le-bol", s'exclame Barry, habitué du Thomas Burke, pub de Leigh, à une quinzaine de kilomètres à l'est de Manchester. "J'ai dit à ma fille ce matin, viens la semaine prochaine" en dépit de l'interdiction, poursuit-il. "Tout le monde fait pareil".

"Je ne pense pas que les gens vont suivre les règles" vu leur complexité, explique son camarade de pub, Christian Best, 36 ans, qui dirige une entreprise de conception de sites web juste à côté de l'établissement. 

Le gouvernement a imposé ces restrictions à Manchester sans parvenir à trouver un accord avec le maire travailliste Andy Burnham à l'issue de plus de dix jours de joutes autour du soutien financier aux entreprises locales.

Pendant ce bras de fer, l'élu s'est illustré par ses appels au secours émus devant son hôtel de ville. Il est ainsi devenu l'une des voix de l'épuisement du Nord face à la crise actuelle, avec la retraitée Maureen Eames, 83 ans, dont la diatribe anticonfinement sur la BBC a fait le tour des réseaux sociaux.

- "Coups tordus" -

Le Premier ministre "s'en fiche de tout le monde", estime Christine McAllastar, 59 ans, au milieu de produits pour Halloween, dans le magasin d'articles de fête où elle travaille.

"Je ne comprends tout simplement pas les ouvriers qui votent Tory", explique cette travailliste, qui aimerait voir Andy Burnham Premier ministre et accuse Johnson de creuser le fossé entre le nord et le sud du pays en "punissant" Manchester, à l'inverse de sa promesse de campagne de "nivellement par le haut" l'an dernier.

Pour l'élue locale Anita Thorpe, le gouvernement a fait des "coups tordus" au maire, car ils ne voulaient pas voir "Andy sortir vainqueur".

Pour Tammy Perry, 45 ans, qui travaille dans un hôpital, le gouvernement "fait du mieux qu'il peut face à quelque chose de totalement inconnu".

Dans la salle de bingo, son amie Joanne Else, 45 ans, déplore que l'établissement doive fermer, mais se réconforte avec le sens qu'elle trouve dans son travail, dans une maison de retraite.

Les résidents "ne peuvent pas voir leurs familles et je trouve simplement que le temps est précieux", explique cette femme de 45 ans, qui a elle-même contracté le virus en mars.

"On ne sait pas combien de temps encore ils vont être en vie. Si leur santé diminue et qu'ils meurent, ils ne reverront pas leurs familles."

Les autres joueurs de bingo soulignent les règles parfois contradictoires entre les régions. Pour Mary Hilton, 76 ans, les habitants perdent "absolument" confiance dans le Premier ministre mais elle "n'aimerait pas être à sa place".

Soutien des travaillistes de longue date, Michele Holden renchérit: "Je fume et joue un peu au bingo, les gens viennent ici pour se détendre, et ils privent tout le monde". "Tout le monde est en colère, il n'y a vraiment pas de mots."

Ambulancière, Louise Harvey, 47 ans, appelle quant à elle à suivre les règles, expliquant que "les hôpitaux se remplissent" par rapport à la première vague. "Pour nous qui travaillons en première ligne, tout compte."

En sommeil, l'hôpital de campagne monté au printemps à Manchester doit rouvrir en fin de semaine prochaine pour absorber la vague de patients atteints du Covid-19.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.