Près de 100.000 plaintes pour abus sexuels déposées contre les Scouts américains

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Un ranger ferme le portail du camp scout américain de Maple Dell dans l'Utah, le 8 mai 2018.
Un ranger ferme le portail du camp scout américain de Maple Dell dans l'Utah, le 8 mai 2018.
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© AFP

, publié le mardi 17 novembre 2020 à 04h39

Près de 100.000 personnes se sont déclarées victimes d'abus sexuels chez les Boy Scouts of America entre février et lundi, date limite pour bénéficier d'un fonds d'indemnisation mis en place par la principale organisation de scoutisme des Etats-Unis.

"A ce jour, 95.000 plaintes ont été déposées" par des Américains âgés de 10 à plus de 90 ans, a déclaré à l'AFP Paul Moses, avocat de certaines victimes, à l'issue de ce recensement. 

Ces chiffres, qui révèlent l'ampleur des abus présumés commis pendant des décennies par des chefs scouts, surpassent nettement les plaintes déposées ces dernières années contre le clergé catholique. 

"A notre connaissance, il y a eu 11.000 plaintes globalement contre l'Eglise catholique", soit huit fois moins que chez les Boy Scouts, a relevé Andrew Van Arsdale, membre d'une équipe d'avocats qui représente les victimes de ces abus.

"C'est de loin le plus gros scandale d'abus sexuel aux Etats-Unis", a renchéri Paul Moses, en soulignant que le scoutisme avait longtemps offert un environnement "parfait" pour pédophiles: "les garçons prêtent un serment de loyauté, sont éloignés de leur parents, et isolés en pleine nature." 

"Nous sommes horrifiés par le nombre de vies ayant souffert des abus passés chez les Scouts et touchés par le courage de ceux qui sont sortis du silence", a commenté, sans confirmer les chiffres, Boy Scouts of America (BSA) dans un communiqué. 

"Nous avions volontairement ouvert un processus facile d'accès pour aider les victimes à demander des compensations. Leur réponse est déchirante, nous sommes sincèrement désolés", ajoute cette organisation, fondée en 1910 et qui compte environ 2,2 millions d'adhérents âgés de 5 à 21 ans.

- "Dossiers de la perversion" -

Plombée par des accusations d'abus sexuels qui ont déjà donné lieu à de coûteux procès, elle a déposé le bilan en février afin de geler toutes les demandes de dédommagement déposées par d'anciens boy-scouts devant la justice et de les rediriger vers un fonds d'indemnisation.

Les Scouts américains, qui évaluent leurs actifs à plus d'un milliard de dollars, n'ont pas indiqué quel montant ils entendaient consacrer à ce fonds.

Vont désormais s'ouvrir des négociations entre les groupes de victimes, Boy Scouts of America et leurs assureurs pour déterminer les montants à allouer. 

"Les scouts vont probablement devoir vendre certaines de leurs propriétés", c'est un processus "compliqué" qui pourrait durer un ou deux ans, selon Me Moses qui, en 2010, avait obtenu près de 20 millions de dollars pour un ancien boy scout abusé par son chef. 

Le verdict de ce procès avait également entraîné la publication d'archives secrètes, surnommés les "dossiers de la perversion", qui contenait les noms de milliers de chefs scouts, soupçonnés d'avoir commis des agressions sexuelles sur les enfants dont ils avaient la charge. 

La plupart n'avaient jamais été signalés aux autorités, l'organisation se bornant à les écarter. 

Les actions en justice se sont depuis multipliées contre Boy Scouts of America, notamment après l'allongement par plusieurs Etats des délais de prescription pour les agressions pédophiles.

- "Culture cléricale" -

Egalement secouée par des scandales pédophiles, l'Eglise catholique américaine a réuni lundi ses évêques pour leur conférence annuelle, en mode virtuel.

Leur ordre du jour a été modifié pour qu'ils puissent discuter d'un rapport accablant du Vatican, publié la semaine dernière, sur les abus du cardinal défroqué Theodore McCarrick et le silence de ses pairs.

Le document de 450 pages détaille les signalements effectués auprès de plusieurs évêques américains par de jeunes prêtres et séminaristes agressés sexuellement par le prélat, qui n'ont pas entraîné d'enquête. 

"Il va nous falloir du temps pour digérer toutes les leçons" de ce rapport qui détaille "de multiples erreurs sur plusieurs années" liées "à notre culture cléricale", a déclaré Jose Gomez, archevêque de Los Angeles et président de la conférence.

"Individuellement, et collectivement, nous nous excusons pour les traumatismes causés", a-t-il ajouté, avant d'entamer le dialogue avec les autres évêques qui ont suggéré tour à tour d'améliorer "la transparence" dans l'Eglise, la "formation" et la "sélection" des prêtres, mais aussi de "prier et de faire pénitence".

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