Premier ramadan paisible dans une ville syrienne divisée

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Vue générale d'une rue du souk de Hassaké, dans le nord-est de la Syrie, le 11 juin 2018, lors du ramadan, le mois de jeûne musulman.
Vue générale d'une rue du souk de Hassaké, dans le nord-est de la Syrie, le 11 juin 2018, lors du ramadan, le mois de jeûne musulman.
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© AFP, Ayham al-Mohammad

AFP, publié le jeudi 14 juin 2018 à 08h41

Malgré la nuit tombée, Khaled accueille encore des clients dans sa confiserie. Pour la première fois depuis des années, le souk de Hassaké a pu rester ouvert tard tout le mois du ramadan, illustrant un climat de détente inédit dans cette ville syrienne divisée.

A la veille de l'Aïd el-Fitr, la fête marquant la fin du jeûne musulman et considérée comme un temps fort de la consommation des ménages, les rues commerçantes de Hassaké, dans le nord-est de la Syrie, grouillent de monde.

Pour certains, l'accalmie est révélatrice d'un timide rapprochement entre le régime et les forces kurdes après des années de heurts sporadiques entre les deux camps qui se partagent le contrôle de cette ville.

"Par le passé, il n'y avait rien de tel, c'était fermé la nuit. Maintenant, c'est tout le contraire, c'est la prospérité", se réjouit Khaled, derrière un comptoir recouvert de nougats enveloppés dans des emballages aux couleurs vives.

Les heurts entre les forces de Damas, qui contrôlent un quart de la ville, et la police kurde des Assayech, se déroulaient souvent dans le souk, obligeant les commerçants à baisser leur rideau de fer avant le coucher du soleil.

Même en période de ramadan, les adversaires pouvaient s'affronter, empêchant les habitants d'aller se ravitailler pour confectionner leur repas de rupture du jeûne.

"Avant, il y avait des heurts entre les deux camps (...) mais cette année la situation est calme", indique Anas al-Abbas dans sa boutique où il vend des montres ou des boucles d'oreilles bon marché.

- "Les choses ont changé" -

Avant, le souk était pris "entre deux feux: les Assayech d'un côté, et l'armée syrienne de l'autre", explique-t-il. 

Aujourd'hui, des badauds de tout âge ainsi que des jeunes hommes en uniforme militaire déambulent sur l'artère principale, jetant un coup d'oeil aux devantures.

Durant tout le ramadan le souk est resté ouvert bien après minuit, parfois même jusqu'au souhour, dernière collation avant le lever du soleil et le début de la journée de jeûne.

Ce calme inédit illustre les efforts de médiation entre la communauté kurde et le régime syrien. Par le passé, Damas a toujours critiqué avec virulence l'autonomie de facto arrachée par la minorité à la faveur du conflit qui ravage la Syrie depuis 2011.

Le président Bachar al-Assad avait même récemment menacé de recourir à la force pour reconquérir les territoires contrôlés par cette communauté longtemps opprimée, en cas d'échec d'une solution négociée.

Peu après, le bras politique d'une coalition de combattants kurdes et arabes a annoncé être prêt à des pourparlers sans conditions préalables avec Damas.

"On sent que les choses ont changé à Hassaké ces derniers jours. Le souk est ouvert de nuit, l'activité économique est visible", se réjouit Sami al-Saleh, venu acheter des bonbons chez Khaled.

"On espère qu'il y aura une solution politique. Vu toutes les difficultés que nous avons connues par le passé, le pays ne peut rien supporter de plus", lâche le trentenaire.

- "Solution politique" -

Ramadan oblige, les rues sont illuminées de lampions colorés tandis que les taxis jaunes avancent pare-chocs contre pare-chocs, se frayant difficilement un chemin au milieu de la foule.

Dans certaines rues, quelques mètres seulement séparent le drapeau du régime de portraits du leader kurde Abdullah Öcalan, chef historique du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) emprisonné en Turquie.

Abou Khaled, un entraîneur sportif, souhaite que le dialogue entre les deux camps mette fin à la division de la ville.

"On entend dire qu'il y a des négociations entre l'armée syrienne et (la milice kurde) des YPG, les Unités de protection du Peuple. Espérons qu'ils arriveront à une solution", soupire le quadragénaire venu acheter des lunettes de soleil.

"Cette terre appartient à tout le monde. Nos frères des YPG sont Syriens et c'est leur terre aussi", souligne cet Arabe de 45 ans.

Ahmad Antar, un vendeur de parfums kurde, se veut optimiste.

"Mes cousins sont mariés à des Arabes. Moi aussi je vais épouser une Arabe", lance le marchand de 58 ans.

"On veut une solution politique (...) C'est mieux et c'est plus facile car une solution militaire est synonyme de destruction et personne n'y gagnera", plaide-t-il.

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