Pour avoir accusé Israël "d'apartheid", une ONG est bannie des écoles

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Hagai El-Ad, directeur de l'ONG de défense des droits humains B'Tselem, le 5 février 2016 à Tel-Aviv
Hagai El-Ad, directeur de l'ONG de défense des droits humains B'Tselem, le 5 février 2016 à Tel-Aviv
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© AFP, JACK GUEZ

, publié le mercredi 20 janvier 2021 à 09h56

Israël est-il un "régime d'apartheid" du fait de sa politique envers les Palestiniens? Oui, a récemment affirmé une importante ONG locale presque aussitôt bannie des écoles par les autorités pour avoir utilisé ce terme tabou et contesté.

Sensible, la sémantique du conflit israélo-palestinien est propice aux controverses parfois virulentes, en particulier sur les réseaux sociaux.

Et l'organisation israélienne de défense des droits humains B'Tselem a jeté un énorme pavé dans la mare la semaine dernière en publiant, pour la première fois depuis sa création à la fin des années 1980, un rapport décrivant la politique menée par l'Etat hébreu de la mer Méditerranée au fleuve du Jourdain.

"Nous en sommes venus à la conclusion qu'il n'y avait pas deux régimes de la mer au fleuve (l'un israélien, l'autre palestinien), mais un seul, et que ce régime oeuvre à développer et à consolider la suprématie d'un groupe sur un autre, les Juifs sur les Palestiniens", dit à l'AFP Hagai el-Ad, directeur de B'Tselem.

"C'est la définition, dans les manuels scolaires, d'un régime d'apartheid", ajoute-t-il, affirmant que son organisation ne prenait pas la chose "à la légère" en utilisant un terme évoquant l'ancienne politique de l'Afrique du Sud à l'égard de la population noire.

Côté palestinien, de nombreuses personnes ou ONG dénoncent aussi une politique "d'apartheid" en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza, des territoires par ailleurs qualifiés d'"occupés" par l'ONU.

Mais voir la plus grande ONG israélienne de défense des droits humains leur emboîter le pas a aussi montré des divisions. La presse hébraïque n'a presque pas mentionné la nouvelle position de B'Tselem, contrairement à la presse locale en anglais et aux médias arabes et internationaux.

Cette position est "révolutionnaire", a écrit le commentateur Gideon Levy dans la version anglaise du Haaretz, grand quotidien du centre-gauche israélien, car elle évoque non seulement une "suprématie juive" dans les Territoires occupés mais plus largement de la Méditerranée au Jourdain.

"Habituez-vous au mot: apartheid. Un régime d'apartheid. Nous y vivons, nous en faisons partie, nous en sommes les partenaires. C'est notre pays", a ajouté le commentateur honni de la droite israélienne.

- Pas dans les écoles -

Deux éléments ont poussé l'ONG à changer sa définition de ce qu'elle considère être la réalité sur le terrain, explique M. El-Ad.

Primo, la promulgation en 2018 de la loi de l'Etat-Nation, qui consacre le caractère juif d'Israël et donc le statut de "seconde zone", selon l'ONG, des Arabes israéliens --les Palestiniens et leurs descendants vivant en Israël depuis la création du pays en 1948.

Secundo, les discussions au cours de la dernière année sur l'annexion par Israël de pans de la Cisjordanie --qui ne se sont toutefois pas matérialisées.

Le ministre israélien de l'Education Yoav Galant a interdit dimanche aux écoles israéliennes d'inviter certains membres d'organisations "nommant Israël de façon désobligeante et erronée", une information qui cette fois est parue dans la presse locale hébraïque.

Le lendemain, Hagai el-Ad devait intervenir par téléconférence --coronavirus oblige-- devant des élèves d'une école secondaire de Haïfa (nord). Sa présentation a été maintenue malgré l'interdiction et les adolescents ont talonné le directeur de l'ONG.

"L'une des questions était de savoir si nous étions une organisation extrémiste. J'ai répondu que notre position n'était pas extrême mais que c'est la réalité qui l'était", raconte M. El-Ad, jugeant hostiles les interrogations des élèves à son égard, et en "phase" avec la position du gouvernement.

- Appel à Biden? -

"Au cours des dernières années, il y a eu une détérioration du discours que j'attribue en grande partie à l'inaction internationale. Il y a davantage de colonies (juives en Cisjordanie), davantage d'apartheid et aucune conséquence", dit-il. "La relation avec l'Europe va bien, celle avec la France aussi, et celle avec les Etats-Unis s'est même améliorée".

Si les colonies israéliennes ont bourgeonné pendant la présidence du républicain Donald Trump, allié clé du Premier ministre Benjamin Netanyahu qui prônait une annexion de territoires en Cisjordanie, qu'en sera-t-il sous le démocrate Joe Biden?

B'Tselem souhaite voir "l'aile progressiste" du parti démocrate faire pression sur M. Biden, qui s'est engagé à promouvoir les droits humains, pour atténuer son soutien à la politique actuelle d'Israël.

La publication du rapport peu avant l'investiture de Joe Biden est-elle délibérée? "C'est une coïncidence qui tombe bien", rétorque M. El-Ad, qui cherche à nourrir un dialogue à l'étranger à défaut pour l'heure d'en ouvrir un en Israël.

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