Plantes et bibliothèque: sous sa tente, un déplacé syrien réinvente sa maison perdue

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Wissam Diab, un déplacé syrien de 19 ans, joue de l'oud devant sa tente aménagée, dans une oliveraie d'Atmé, dans la province d'Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 19 novembre 2020
Wissam Diab, un déplacé syrien de 19 ans, joue de l'oud devant sa tente aménagée, dans une oliveraie d'Atmé, dans la province d'Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 19 novembre 2020
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© AFP, AAREF WATAD

, publié le mardi 24 novembre 2020 à 09h45

Au milieu des oliviers, dans le nord-ouest de la Syrie, Wissam Diab gratte les cordes de son oud, assis près des plantes garnissant l'entrée de sa tente de déplacé.

À l'intérieur, encore plus de plantes et une collection de petits cactus, mais aussi, sur une table recouverte d'une nappe blanche des dizaines de livres: des ouvrages en arabe, du romancier égyptien Naguib Mahfouz par exemple, ou encore une traduction de Dostoïveski ou de Haruki Murakami.

Contraint de fuir son village natal avec sa famille dans une Syrie déchirée par la guerre, le jeune homme de 19 ans, déplacé dans la province d'Idleb, a cherché à reconstituer le décor de sa maison d'enfance.

"Cela fait quatre ans, et nous n'avons pu ni trouver une maison ni rentrer chez nous", déplore le jeune aux yeux verts et aux longs cheveux bruns. "Ce que j'ai fait avec la tente, c'est pour essayer de m'accommoder."

Wissam vit dans sa propre tente, plantée à côté de celle de ses parents et ses deux soeurs, dans une oliveraie d'Atmé, près de la frontière turque.

Une coquette allée de pierres mène à l'entrée, au milieu des plantes et arbustes à fleurs s'épanouissant dans son jardin aménagé.

À l'intérieur, un drap blanc dissimule la bâche qui constitue la tente. Des banquettes à même le sol font office de canapé, sur un grand tapis rouge.

"Notre maison était comme ça (...) mais en mieux", se souvient Wissam. "Nous avions un jardin, une bibliothèque, nous avions beaucoup de fleurs."

- Retour impossible -

Déclenchée en 2011, la guerre en Syrie a fait plus de 380.000 morts, jetant sur la route de l'exil des millions de personnes.

A Idleb, dernier grand bastion jihadiste et rebelle qui échappe au pouvoir de Bachar al-Assad, la moitié des trois millions d'habitants sont des déplacés.

Ils vivent bien souvent dans des camps informels surpeuplés, après avoir fui les combats meurtriers qui rythment les offensives et avancées successives du régime et de son allié russe.

c'est après la mort de son frère dans une énième opération du régime que Wissam et sa famille ont quitté, en octobre 2016, leur village dans la province voisine de Hama.

Sur son téléphone portable, le jeune homme fait défiler des images de la maison familiale à Kafr Zita, touchée par les bombardements, dit-il.

Lors de leur fuite précipitée, Wissam a réussi à emporter quelques livres. Mais sa collection compte aujourd'hui 85 ouvrages.

La famille s'est d'abord installée dans un camp de déplacés avant d'élire domicile dans cette oliveraie isolée il y a huit mois, craignant la propagation du nouveau coronavirus.

Pour faire passer le temps, le garçon à peine sorti de l'adolescence apprend à jouer du oud grâce à des tutoriels sur la plateforme de vidéos YouTube.

Ses voisins ont été surpris par les efforts consacrés à embellir sa tente. 

Wassim confie: c'est parce que "je sais que nous resterons ici pendant un bout de temps".

En attendant, il s'occupe de sa collection de cactus et arrose son jasmin rampant.

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