Plan Trump: les colons israéliens se réjouissent mais rejettent tout Etat palestinien

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Vue de la colonie de Maalé Adoumim, en Cisjordanie, le 28 janvier 2020
Vue de la colonie de Maalé Adoumim, en Cisjordanie, le 28 janvier 2020
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© AFP, MENAHEM KAHANA

, publié le mardi 28 janvier 2020 à 22h18

A Maalé Adoumim, une des plus grandes colonies de Cisjordanie occupée, "ça fait des années" que les habitants attendent une annexion par Israël. Alors on se réjouit du plan américain qui la prévoit, tout en tiquant sur la création d'un éventuel Etat palestinien.

"Je suis né ici et depuis que je suis petit, on entend parler d'annexion", raconte à l'AFP Guy Yifrach, 37 ans, maire adjoint de cette colonie située près de Jérusalem.

M. Yifrach a suivi mardi soir à la télévision, depuis son bureau, la présentation du plan de paix américain pour le Moyen-Orient.

Celui-ci est fondé sur une solution à "deux Etats", israélien et palestinien, et accorde à Israël nombre de garanties parmi lesquelles l'annexion des colonies en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967 par l'Etat hébreu.

"Ca fait des années qu'on attend que la Judée-Samarie (nom donné à la Cisjordanie par les autorités israéliennes, ndlr), et principalement Maalé Adoumim, soient annexées", dit M. Yifrach. "Nous espérons que ça va enfin arriver".

Plus de 400.000 Israéliens vivent actuellement dans des colonies en Cisjordanie occupée, et 42.000 d'entre eux à Maalé Adoumim, considérée par ses habitants comme une banlieue résidentielle de Jérusalem.

Peu après la présentation du plan, l'ambassadeur des Etats-Unis à Jérusalem David Friedman a affirmé qu'Israël pourrait annexer sans délai à son territoire les colonies en Cisjordanie.

"Israël ne doit pas attendre du tout", a affirmé David Friedman. Et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ne semble pas vouloir attendre, lui va demander dès dimanche à son cabinet d'annexer des parties de la Cisjordanie, ont confirmé mardi soir à l'AFP des sources gouvernementales.

Les Palestiniens, qui avaient appelé au boycott du plan avant même qu'il ne soit dévoilé, ont de leur côté affirmé qu'il ne "passerait pas".

- "Sur le terrain" -

Si M. Yifrach se réjouit d'une étape franchie vers l'annexion, sa joie n'est pas complète.

"Je suis contre la création d'un Etat palestinien au coeur de l'Etat d'Israël", peu importe la forme qu'il prendrait, explique le jeune édile visiblement tendu par cette partie du projet américain.

Les mains soit serrées l'une contre l'autre, soit collées à son visage, il cite l'exemple de la bande de Gaza, dont s'est retiré Israël en 2005 et où le Hamas a pris le pouvoir deux ans plus tard. Depuis 2007, l'Etat hébreu et le mouvement islamiste se sont livré trois guerres.

M. Yifrach craint que la Cisjordanie ne devienne une nouvelle bande de Gaza, d'où tomberaient "les missiles vers le coeur d'Israël".

Il rejoint ainsi les propos du ministre de la Défense Naftali Bennett, chef du parti de droite radicale Yamina, qui s'oppose farouchement au projet d'Etat palestinien, même amputé. 

"Nous ne permettrons pas que le gouvernement israélien reconnaisse un Etat palestinien sous aucune forme", a déclaré M. Bennett, qui a appelé le gouvernement à "imposer la souveraineté israélienne sur toutes les colonies dans les jours à venir".

Avant la présentation du plan américain, David Elhayani, président du Conseil de Yesha, la principale organisation représentative des colons, avait fait part de sa préoccupation.

"Nous sommes vraiment perturbés. Nous ne pouvons souscrire à un plan prévoyant la création d'un Etat palestinien qui poserait une menace à la sécurité d'Israël et menacerait notre futur", avait-il déclaré.

La colonisation israélienne en Cisjordanie occupée a pris de l'essor sous Benjamin Netanyahu --au pouvoir sans discontinuer depuis une décennie-- et plus particulièrement depuis l'arrivée de son allié Donald Trump à la Maison Blanche.

Malgré les sourires affichés par MM. Trump et Netanyahu à Washington mardi soir, M. Yifrach reste circonspect. "La paix ne se fait pas à Washington mais sur le terrain", clame-t-il.

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