Plaidoyer du pape pour la fraternité, haro contre "le dogme néolibéral"

Plaidoyer du pape pour la fraternité, haro contre "le dogme néolibéral"
Le pape Francois durant la prière de l'Angelus, au Vatican le 4 octobre 2020

, publié le dimanche 04 octobre 2020 à 14h56

Flagellant un monde cynique et individualiste, le pape François a publié dimanche un long plaidoyer contre les inégalités sociales intitulé "Fratelli tutti" (tous frères), appelant de ses voeux un monde solidaire avec les plus faibles, en rupture avec "le dogme néolibéral".

Dans sa troisième lettre encyclique, le pape argentin reprend des commentaires distillés au fil de sept ans et demi de pontificat pour "contribuer à la réflexion" sur un "nouveau rêve de fraternité et d'amitié sociale" jugé indispensable au temps de la pandémie.

"On peut aspirer à une planète qui assure terre, toit et travail à tous", écrit-il.

Utopie, vision romantique? François veut croire que non, même s'il constate amèrement que "l'individualisme radical est le virus le plus difficile à vaincre" dans une société malade "tournant le dos à la souffrance".

Or "tout être humain a le droit de vivre dans la dignité et se développer pleinement".

En rédigeant son texte, le pape était le spectateur d'une pandémie  "qui a mis à nu nos certitudes"; des personnes âgées sont mortes par manque de respirateurs "conséquence du démantèlement, année après année, des systèmes de santé".

-Réhabiliter la polique-

Sans surprise, le chef des 1,3 milliard de catholiques s'en prend au "dogme de foi néolibéral", "une pensée pauvre, répétitive".

"La spéculation financière, qui poursuit comme objectif principal le gain facile, continue à faire des ravages", déplore-t-il, alors même que "la fragilité des systèmes mondiaux face aux pandémies a mis en évidence que tout ne se résout pas avec la liberté de marché". 

"Nous ne devons pas tout attendre de nos gouvernants; ce serait puérile", reconnaît-il. 

Mais le pape demande à la politique de se réhabiliter auprès de l'opinion publique en "visant le bien commun". Et tant pis si "investir en faveur des personnes fragiles ne peut pas être rentable". 

Cette vision comprend la défense du droit au travail et à l'alimentation (car "la faim est un crime") ou encore l'égalité pour les femmes. Elle implique aussi une réflexion sur la dette des pays pauvres.

Le pape, né en Argentine dans une famille de migrants italiens, lance un nouvel appel à l'accueil des migrants, en dénonçant "les nationalismes fondés sur le repli sur soi". 

"Les groupes populistes fermés défigurent le terme +peuple+", juge-t-il encore, en dénigrant des dirigeants "qui répondent à des exigences populaires afin de garantir des voix".

-Non à l'échec de la guerre-

Avocat inlassable d'une "culture de la rencontre" et de "la paix", il prodigue ses conseils sur la façon de sortir des conflits, sans appeler à la vengeance et à la haine.

"Si parfois les plus pauvres et les exclus réagissent par des actes qui paraissent antisociaux, il est très important de comprendre que ces réactions sont très souvent liées à une histoire de mépris et de manque d'inclusion sociale", commente-t-il dans une possible allusion aux émeutes raciales aux Etats-Unis.

Enfin pour lui, "la guerre est toujours un échec de la politique et de l'humanité, synonyme "de civils massacrés" et "d'enfants mutilés".

Le pape réitère son appel à l'élimination totale des armes nucléaires, et rappelle un objectif qu'il a inscrit dans le catéchisme de l'Eglise: l'abolition de la peine de mort.

François consacre aussi un chapitre à la défense de la voix religieuse dans des sociétés de plus en plus sécularisées. "Il est inadmissible que, dans le débat public, seuls les puissants et les hommes ou femmes de science aient droit à la parole", dénonce-t-il.

Ce texte, signé samedi par le pape à Assise, constitue un nouvel hommage à Saint François d'Assise, dont le jésuite argentin Jorge Bergoglio a choisi le nom après son élection, car il a "semé la paix partout et côtoyé les pauvres, les abandonnés, les malades, les marginalisés, les derniers".

En écho, le chef du gouvernement Giuseppe Conte, à Assise dimanche pour la fête du saint, a estimé que la crise du coronavirus poussait "à repenser ce qui compte vraiment dans la vie" et à prôner "un nouvel humanisme" pour choisir les politiques des prochaines années.

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